Orphée aux enfers à l'Opéra de Marseille

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Le mois de décembre amène souvent les directeurs de maisons d'opéra à programmer le même type d'ouvrages, en cette période de fêtes, et en première place les opérettes de Jacques Offenbach. L'Opéra de Marseille ne faillit pas à cette tradition, en choisissant de présenter la mise en scène très réussie de Claire Servais d'Orphée aux enfers, production étrennée à l'Opéra Royal de Wallonie en 2006, et reprise à celui de Lausanne l'hiver dernier. Après un début original – l'Opinion publique est changée en présentatrice de télévision réalité -, la régie revient à une approche plus traditionnelle de l'œuvre qui, bien qu'actualisée dans ses décors et ses costumes, dispensent les habituels froufous, perruques et bottines à la fin. Il y a là néanmoins une fantaisie qui fait mouche, des trouvailles qui sont toutes de bonne venue, sans lourdeur, et, si l'on passe sur quelques longueurs dans les passages parlés (notamment dans la scène de l'Olympe), le rythme d'ensemble ne faiblit guère.

Cela, on le doit aussi à la direction nerveuse de Samuel Jean, qui connaît bien son Offenbach, mène avec entrain le Chœur et l'Orchestre de l'Opéra de Marseille, quitte à se laisser un peu trop emporté dans le finale du premier acte.

L'ouvrage offenbachien est défendu par quelques excellents acteurs-chanteurs. A commencer par la soprano suisse Brigitte Hool qui campe une Eurydice pleine de verve et de fraîcheur, en se montrant à l’aise autant sur scène que dans les vocalises de son air du début du troisième acte « Ah, quelle triste destinée ». Le ténor Loïc Félix (Aristée/Pluton) s'avère toujours aussi remarquable, tant par son jeu que par sa voix - et quelle diction exemplaire, la meilleure de la distribution ! Il vole ainsi un peu la vedette à l'Orphée de Philippe Talbot, qui ne manque pourtant pas d’assurance, de talent comique et possède par ailleurs une fort jolie voix de tenorino.

Doyen de la troupe, Francis Dudziak est un grand héritier de la tradition française, prêtant son timbre de baryton clair, sa diction soignée et sa solide projection au Dieu Jupiter. Grande habituée de la maison phocéenne, la mezzo montpelliéraine Marie-Ange Todorovitch offre, quant à elle, son mezzo riche et onctueux - qui s’ouvre volontiers vers les graves - au personnage de l'Opinion publique. Le Mercure de Franck Cassard déçoit un peu en délivrant son air « Eh Hop, eh Hop » avec une émission aussi prudente qu'instable, et un cruel manque de projection vocale. Jennifer Michel incarne une déesse Diane à l’accent germanique, dont les manières martiales et le carré noir de jais évoquent la Loulou de Pabst. Yves Coudray livre une composition inénarrable du rôle de John Styx, offrant un one man show désopilant, à la variété de tons et de caractères impressionnante ! Le reste de la distribution ne démérite pas, et nous aurons une mention particulière pour la prestation de Chloé Briot, Cupidon espiègle et pétillant.

C’est tout naturellement une longue ovation que le public marseillais adresse à tous ces formidables artistes au moment des saluts, et c’est avec un formidable entrain qu’il bat la mesure sur le célèbre « Cancan » final, repris de nombreuses fois. En ces temps de morosité ambiante, c’est toujours ça de pris !

Emmanuel Andrieu

 

Orphée aux enfers à l'Opéra de Marseille

Jusqu'au 5 janvier 2014

 

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