Anna Pirozzi : « Je reprends peu à peu confiance… »

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Alors qu’elle vient de défendre avec panache le rôle-titre d’Aïda au Teatro di San Carlo de Naples (mais en extérieur, sur la fameuse Piazza del Plebiscito, conditions sanitaires obligent…), nous avons profité de l’événement pour recueillir une interview de cette chanteuse lyrique native de Naples, considérée comme la meilleure Abigaille du moment (nous l’avons d’ailleurs entendue dans le rôle à l’Opéra de Monte-Carlo en 2016), et plus largement comme l’une des meilleures soprano lirico-spinto de notre époque. En plus d’un timbre très attachant, elle réussit notamment l’exploit de toujours allier musicalité et puissance, comme nous avons pu également le constater à nouveau, en mars dernier toujours à Monaco, avec le rôle d’Imogene dans Il Pirata de Vincenzo Bellini

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Opera-Online : J’ai lu que vous aviez commencé le chant avec la musique Pop… Est-ce véridique ?

Anna Pirozzi : Oui c’est vrai, je chante depuis toujours, et notamment lors de mariages et même dans les restaurants ! Puis à l’âge de 25 ans, j’ai décidé d’étudier le chant lyrique, et me voilà chanteuse d’opéra !

L’avant-dernière fois que nous vous avons entendue, c’était pour votre prise de rôle d’Imogene dans Il Pirata à l’Opéra de Monte-Carlo. Que pouvez-vous nous dire du rôle et du répertoire belcantiste qui n’est pas au départ votre registre de prédilection ?...

Le Pirate a été pour moi un vrai défi et une authentique découverte. Sûrement l’un des rôles belcantistes le plus difficile aux côtés de Norma, mais j’ai beaucoup aimé l’interpréter, et je voudrais continuer à le fréquenter le plus possible.

Mais votre grand rôle, celui qui vous a fait connaître et pour lequel vous êtes demandée sur toutes les grandes scènes internationales, c’est celui d’Abigaille…

Oui Abigaille m’a apporté beaucoup de chance, je suis presque arrivée à cent représentations en huit ans de carrière... Je l’ai chanté dans tous les grands théâtres du monde, ou presque, et j’en ai encore beaucoup à l’affiche dans l’avenir, même si je dois avouer que je ne l’aime pas trop en fait ce rôle…

Puccini est également un compositeur important pour vous ? Vous deviez notamment interpréter à plusieurs reprises le personnage de Turandot cette saison…

Puccini est pour moi très important aussi, et je chante depuis mes débuts le rôle de Tosca, auquel j’ai adjoint plusieurs autres rôles pucciniens comme Suor Angelica, Giorgetta dans Il Tabarro, Turandot, et je ferai bientôt mes débuts dans Madama Butterfly, en 2021 ici au Teatro di San Carlo. Turandot m’a portée aussi beaucoup de chance, car après ma première fois à l’Israeli Opera de Tel Aviv, avec Zubin Mehta comme chef, tous les théâtres m’ont demandé de l’interpréter, mais moi je ne veux pas exagérer avec ce rôle terrible vocalement parlant, même s'il reste moins lourd que certains grands rôles verdiens !

Les compositeurs ont le plus souvent confié à votre type de voix des personnages au destin hors-normes. Aimez-vous ces femmes et comment les abordez-vous sur scène ?

Les héroïnes verdiennes, je les aime beaucoup, car elles ont toutes une vie tourmentée et une fin tragique, généralement par amour ou par goût du pouvoir. J'y mets  toujours beaucoup de mon caractère et de ma personnalité, qui sont à la fois forts, mais aussi délicats et sensibles. J’adore en tout cas les interpréter…

Comment avez-vous vécu le confinement ? Quel impact cela a-t-il eu sur votre agenda et votre vie en général ?

Ça faisait longtemps que je voulais rester un peu à la maison avec mes enfants et mon mari, et voilà que le confinement est arrivé, et je dois bien avouer que ça m’a beaucoup plu les premiers mois, mais après c’est devenu très dur, et j’ai même déprimé un peu, car tous mes contrats ont été au fur et à mesure annulés, ce qui n’était pas de bon augure pour le futur... J’ai essayé d’étudier de nouveaux rôles, mais le manque de moral m’en a empêchée. Finalement, avec le déconfinement et mon retour sur scène avec cette Aida à Naples, avant un concert à Taormina en août, et un opéra en septembre au Teatro Real de Madrid, je reprends peu à peu confiance…

Cette Aida – à Naples où vous vivez – aux côtés de Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Anita Rachvelishvili a dû constituer une bonne surprise quand Stéphane Lissner vous l’a proposée ?

Quand on m’a proposé d'interpréter Aida à Naples en plein air, j’ai tout de suite dit oui, et le fait de chanter avec Jonas Kaufmann et Anita Rachvelishvili pour la première fois, j’étais encore plus contente ! Cela a été une très grande émotion pour moi que cela se passe dans ma ville. Oui, une très belle expérience… même si ça a été très difficile de chanter avec un micro….

Si tout rentre dans l’ordre, quels sont vos projets pour la saison à venir ?...

Mes prochains engagements sont Amelia dans Un Bal masqué à Madrid, I Due Foscari à l’Opéra de Monte-Carlo, puis à nouveau un Bal masqué au Teatro Filarmonico de Vérone… Après encore, ce sera  Abigaille à la Deutsche Oper Berlin, et en 2021 mes débuts à la Wiener Staatsoper, toujours dans Nabucco. Et en février 21, j’attends avec impatience ma prise de rôle d'Elisabetta dans Don Carlo aux Théâtres de Modena et de Piacenza.

Propos recueillis en juillet 2020 par Emmanuel Andrieu
 

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