Vincenzo Bellini

Informations Biographie et œuvres
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Informations générales

  • Date de naissance :03/11/1801
  • Date de décès :23/09/1835
  • Nationalité :Italie

Biographie

La vie de Bellini, compositeur prodige mort à 34 ans, donne l’impression de filer à toute allure, de telle façon que le compositeur en semblait parfois lui-même essoufflé : il y a en effet tout à la fois un paradoxe et une ironie tragique dans le dessein que Bellini s’était tracé pour sa vie. Issu d’une famille de musiciens aux revenus modestes, Bellini s’était promis de travailler beaucoup pendant ses jeunes années pour pouvoir subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, en économisant suffisamment pour pouvoir ensuite « vivre sans avoir besoin de travailler ». « D’après mes calculs, il me faudra encore quatre ans pour réaliser mes désirs », écrivait-il à son frère Carmelo le 1er juillet 1830, soit environ cinq ans avant sa mort…

Coup tragique du destin ? Ceci n’est pas si certain, dans la mesure où l’aspect économe et presque « banquier » de Bellini qui toute sa vie accordera une place majeure à ses cachets, n’empêche pas une réelle passion pour ce qu’il fait. Le compositeur qui écrivait que « le drame musical doit faire pleurer, horrifier, [il doit] donner la mort avec le chant », semble en effet avoir toujours cherché à habiter sa musique avec la spontanéité passionnée dont il se sentait possédé. Ainsi ses mots à celui qui fut son grand librettiste, Felice Romani, qui lui disait ne pas comprendre ce qu’il attendait de lui lors de la composition de La Straniera : « je veux quelque chose qui soit une prière et une imprécation, une résignation et une protestation. Je veux quelque chose qui soit une menace et une lamentation, un délire et une agonie ! »

Mais revenons-en au déroulement de cette vie au pouls qui battait si fort et si vite…

 

Les études au conservatoire de Naples

 

Né à Catane dans la nuit du 2 au 3 novembre 1801, Bellini démontra très tôt les signes d’un enfant prodige. Son père et son grand père étant tous deux musiciens, ils accordèrent toute leur attention à ce petit garçon qui, dès l’âge de 6 ans, composa un morceau de musique sacrée pour voix de soprano et orgue, « Gallus cantavit », à partir d’un texte latin de son professeur d’italien.

De telles qualités précocement démontrées firent que le compositeur n’eut pas de mal, à l’âge de 18 ans, à obtenir une aide financière pour aller approfondir ses études au conservatoire de Naples. Il reçut cette aide à la fois du duc de Santomartino et de sa femme, sortes de mécènes, et de l’administration régionale. Il bénéficiera ensuite d’une place gratuite au conservatoire, ayant brillamment réussi l’examen de fin de première année.

Ces années au conservatoire de Naples nous donnent un aperçu du caractère romantique de notre compositeur, mais si romantique qu’il en frôle parfois les velléités un peu oiseuses. Dans ce conservatoire où les journées sont organisées entre musique et messes, Bellini se sent pousser des ailes qui peuvent parfois être rapidement ôtées par les règles rigoureuse de l’administration. Ainsi avec un autre étudiant qui fut son grand ami, Florimo, Bellini prit part durant des périodes de troubles politiques aux réunions d’une société secrète qui voulait instaurer un gouvernement démocratique dans le Royaume des Deux-Siciles. Or quand le roi Ferdinand Ier retrouva son trône, la sympathie révolutionnaire des deux étudiants fit l’objet d’une menace de renvoi du conservatoire, le recteur ne voulant pas d’ennuis avec l’autorité royale. Pour conserver leur place, les deux compères durent alors se rendre au Teatro San Carlo de Naples pour la fête du roi et s’y faire remarquer en hurlant des propos de convictions monarchiques pour éloigner toute suspicion qui porterait sur leur personne. Cet événement marqua la fin des aventures « politiques » de Bellini, si bien qu’on ne peut voir en lui l’engagement politique d’un Verdi…

Toujours dans ces années d’études, Bellini vécut également un premier amour, auprès d’une jeune fille nommée Maddalena Fumaroli, qu’il observait avec une longue vue depuis la terrasse d’un ami… Mais la main de la jeune fille fut refusée à Bellini, qui n’avait pas encore une situation sérieuse et stable. Quelques années plus tard, après le succès de Il Pirata (troisième opéra de Bellini) à La Scala de Milan, la famille Fumaroli revint vers le compositeur pour reconsidérer la question ; mais le cœur de Bellini avait déjà changé de vues, si bien qu’il refusa la main de Maddalena. Ce fut le début, d’ailleurs, d’esquives successives envers la vie maritale, car Bellini craindra toute sa vie ces liens qu’il vivait comme un emprisonnement, préférant mener une vie proche de celle d’un Don Juan.

 

La carrière du compositeur

 

Les années au conservatoire furent couronnées par le premier opéra de Bellini, Adelson e Salvini. Les meilleurs élèves en effet avaient le droit de faire représenter une de leurs œuvres au conservatoire, au terme de leurs études. Ce fut le cas de Bellini, qui composa la musique comme le livret de cet opéra qui connut d’emblée un grand succès : on joua ainsi son opéra tous les dimanches pendant un an. Ce succès lui permit de se faire remarquer par le Teatro San Carlo de Naples, et ce fut le début d’une carrière avec bien peu de fausses notes. Le compositeur en effet voguait de succès en succès : Il Pirata (1827) marque son élévation au statut de très grand compositeur pour ses contemporains, mais les plus grands succès viendront plus tard, notamment avec La Somnambula (1831) et I Puritani (1835). Aussi notre compositeur s’enorgueillit-il vite : sa correspondance marque en effet le plaisir qu’il pouvait prendre à conter à ses proches non seulement ses succès, mais la vénération dont il pouvait parfois faire l’objet. Ainsi à son oncle, en 1829 : « ma Straniera fut représentée samedi 14 courant, et je ne trouve pas de termes pour vous décrire l’accueil, lequel ne peut s’appeler fureur, s’élever aux étoiles, fanatisme, enthousiasme, etc., non : je vous assure qu’aucun de ces termes ne suffit pour exprimer le plaisir que provoqua la musique, qui a mis le public en transe. Tous ont été stupéfaits, car ils croyaient que je ne pouvais faire un autre Pirata (…). Le public m’estime comme un génie novateur et non comme un plagiaire du génie dominateur de Rossini ». Le succès de Rossini étant à l’époque mondialement reconnu, on comprend quelle importance se donnait alors Bellini par ces mots.

Néanmoins, Bellini a connu également quelques déceptions quant à la réception de ses œuvres, et à cet égard ses mots nous manquent car les lettres « d’échec » ont été censurées par Florimo, son ami d’enfance dont nous parlions plus haut. Ainsi n’avons-nous pas en effet connaissance des écrits de Bellini lors de son premier échec (quoique très relatif, tant il est vrai que l’orgueil d’un compositeur peut créer un décalage entre la réalité et la trahison dont il se sent l’objet) : Zaïra au Nuovo Teatro Ducale de Parme en 1829, juste après le succès de La Straniera. On en connaît cependant l’anecdote suivante qui, si l’orgueil de Bellini nous le permet, nous fera sourire : après la première de Zaïra, des prospectus circulaient en ville avec les inscriptions suivantes : « Celui qui trouve le génie musical du Signor Bellini est prié de le rapporter au bureau de location du Signor Bandini l’impresario, on lui en sera reconnaissant ! »

L’autre grande déception de Bellini fut – chose étonnante pour nous aujourd’hui, tant il est vrai qu’avec La Somnambula, il s’agit du seul opéra ayant véritablement marqué la postérité de Bellini – la réception du célèbre opéra Norma, en 1831. Mais là encore, le côté un peu soupe au lait de notre compositeur empêche un attristement réel de notre part. Car s’il écrivait après la première « un fiasco !!! un fiasco solennel !!! » pour qualifier cet opéra, il écrivait deux jours plus tard « ma Norma a abasourdi, et plus encore hier soir lors de la deuxième représentation, que lors de la première ». Le fin mot de l’histoire semble être simplement que, par sa nouveauté, le public fut un peu sur la réserve lorsqu’il entendit Norma pour la première fois.

Le seul véritable échec, au sens d’un opéra qui n’aurait vraiment pas plu, fut finalement Beatrice di Tenda, qui marqua également la rupture entre Bellini et son librettiste Romani. Les deux hommes en effet s’entendaient très bien artistiquement, mais Romani ne travaillait pas assez vite au goût de Bellini. Aussi les deux artistes prirent-ils du retard dans la préparation de cet opéra : le public en fut agacé, et selon Bellini telle est l’une des raisons du mauvais accueil de Beatrice di Tenda. Une autre raison en est l’avertissement que Romani plaça en manière d’excuse dans le programme, qui selon Bellini  « transpirait la vengeance » parce qu’il préparait le public à une déception en demandant son indulgence. De quelle vengeance s’agissait-il ? Sans doute de celle relative au fait que Romani s’était tout de même vu convoquer au commissariat à cause de cette histoire de livret non rendu dans les temps… ! Toujours est-il que les démêlés de Romani et Bellini apparurent dans la presse : Romani y défendait sa réputation en accusant Bellini de s’être trop longtemps prélassé sur une île en bonne compagnie, lui donnant ainsi bien tard un sujet pour le livret ; si bien que la séparation des deux hommes en cette année 1833 était inévitable.

La vie trop courte de Bellini ne donna pas l’occasion d’une réconciliation. Le dernier opéra de Bellini, I Puritani, fut travaillé à Paris avec un autre librettiste, le comte Pepoli. Ce dernier opéra fut un si grand succès (Bellini fut récompensé en France par la légion d’honneur) que la mort du compositeur survenue peu après, le 23 septembre 1835, marqua tragiquement les esprits et donna lieu à toutes sortes d’élucubrations pour expliquer une mort si violente (la maladie le frappa et l’emporta en 18 jours). Rien d’inexplicable aujourd’hui pourtant, même si à l’époque la maladie ne fut pas diagnostiquée à temps pour être soignée : le compositeur alors âgé de 34 ans trépassa d’une perforation intestinale. Rossini, très affecté par cette mort, rendra hommage au romantisme de celui qu’il considérait comme son ami, en demandant à faire embaumer le cœur de Bellini et à le faire mettre de côté pour sa famille.

 

 

Manon Bosc

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