Leo Nucci dans Nabucco à l'Opéra de Monte-Carlo : le lion rugit encore

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Pour la quatrième année consécutive - après L’Or du Rhin en 2013, Roméo et Juliette en 2014, Tosca en 2015 -, c’est le jour de la fête nationale monégasque (19 novembre) que nous assistons au premier titre de la saison de l’Opéra de Monte-Carlo : cette année Nabucco de Giuseppe Verdi, avec l’infatigable (et indétrônable) Leo Nucci dans le rôle-titre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à l’âge de 74 ans – et après une longue fréquentation du rôle –, le lion rugit encore ; le célèbre baryton italien nous régale ainsi d’une prestation passionnante de bout en bout, et parfaitement fouillée. Certes, on a connu le matériau vocal plus éclatant encore par le passé, mais le charisme de l’artiste demeure intact par l’intégrité de son approche - et son exigence - qui se fondent sur une ligne mordante, et par ailleurs toujours imprégnée des influences du belcanto. Bref, Leo Nucci nous offre une nouvelle fois ce soir une formidable leçon vocale et dramatique. 

La soprano italienne Anna Pirozzi se joue, pour sa part, avec une rare facilité des écueils éprouvants dont le rôle d’Abigaille est largement parsemé, sans pour autant négliger la souplesse de la ligne ou chercher à forcer des moyens déjà imposants. L’actrice n’est pas en reste, et son engagement scénique force également le respect. Fascinante Lady Macbeth en début de saison à La Monnaie de Bruxelles, Béatrice Uria-Monzon est un luxe en Fenena, personnage auquel elle prête son beau timbre ardent. De son côté, la basse ukraino-suisse Vitalij Kowaljow – formidable Wotan cet été au Festival International d'Edimbourg - campe un Zaccaria à la voix saine et nuancée, avec une insolence dans l’aigu particulièrement bienvenue et un sens aiguisé de la déclamation verdienne. Dans le rôle d’Ismaele, le jeune ténor uruguayen Gaston Rivero fait valoir son aisance dans une tessiture ardue, ainsi qu’une belle plasticité mélodique. Enfin, les comprimari José Antonio Garcia (Gran Sacerdote), Maurizio Pace (Abdallo) et Anna Nalbandiants (Anna) s’acquittent tous parfaitement de leur tâche.

En fosse, le chef italien Giuseppe Finzi confirme ici ses affinités avec le répertoire verdien : à la fois solennel et incandescent sur le plan dramatique, riche de couleurs, varié dans les dynamiques et flexible dans l’accompagnement de la ligne vocale, son Nabucco s’appuie sur un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo en très grande forme, et sur un Chœur de l'Opéra de Monte Carlo aussi magistral dans la scansion rythmique que dans la puissance expressive.  

Quant à la réalisation scénique, en provenance de l’Opéra de Cagliari et signée Leo Muscato, elle s’avère tout ce qu’il y a de plus classique... ce qui pour certains passera presque pour de la provocation : c’est pourtant le pari brillamment tenu par le jeune metteur en scène italien, son scénographe Tiziano Santi, et sa costumière Sylvia Aymonino. Le jeu des acteurs évoque les poses typiques immortalisées par les gravures d’époque et, fidèle à la musique, la production se contente d’effets plus ou moins tapageurs, ne cherchant nullement à trouver un deuxième degré de lecture ou à suggérer des parallèles avec les temps modernes (une option devenue tellement systématique qu’elle s’est muée en nouvel académisme !). L'audience très internationale réunie en ce jour de fête nationale dans l’imposante Salle des Princes du Grimaldi Forum, visiblement soulagée de retrouver les bonnes vieilles recettes de l’opéra « à l’ancienne », fait une incroyable fête à l’ensemble de l’équipe artistique au moment des saluts. Bref, c'est heureux que l'on sort de cette magnifique représentation de Nabucco !

Emmanuel Andrieu

Nabucco de Giuseppe Verdi à l’Opéra de Monte-Carlo, le 19 novembre 2016

Crédit photographique © Alain Hanel

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