La Traviata à l'Opéra de Marseille

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Musicalement, La Traviata est un opéra qui échappe à la crise que traverse, depuis plusieurs années, le chant verdien, une protagonniste de relief suffisant à résoudre la plupart des problèmes. D'ailleurs, depuis un siècle et demi, le chef d'œuvre de Verdi ne s'est-il pas imposé dans les mémoires uniquement grâce aux sopranos qui l'ont abordé, qu'elles soient légères, lyrique-légères, lyriques ou dramatiques ? A l'Opéra de Marseille, où alternent deux Violetta, Suzana Markova – que nous avons entendu – entre dans la seconde catégorie. Après avoir triomphé in loco dans le rôle-titre de Lucia di Lammermoor il y a quelques mois, la soprano tchèque récolte un nouveau triomphe dans celui de Traviata : voix d'une superbe homogénéité entre les registres, aigus lumineux, phrasé très varié et subtils jeux de clairs-obscurs, elle est une très belle cantatrice.

En revanche, le ténor roumain Teodor Ilincai taille son Alfredo à coups de serpe, ne connaît que la nuance forte, les démonstrations de vaillance - hurlant le moindre de ses aigus -, ce qui est à la fois hors propos et d'un goût douteux. Dommage, car le timbre est plutôt séduisant, et la ligne mélodique d'une belle distinction...quand il ne s'ingénie pas à la briser. Par malheur, le jeu de l'acteur se révèle - à l'instar du chant - aussi uniforme qu'outré.

C'est un tout autre bonheur que distille le chant du baryton canadien Jean-François Lapointe, qui subjugue par sa ligne de chant et son style exemplaire, sa musicalité et son phrasé, sa superbe palette de couleurs, aurtant d'atouts qui, dans le fameux « Di Provenza il mar », font passer le frisson. Enfin, l'acteur n'est pas en reste, et Lapointe impose sa noble stature et sa superbe présence. Ajoutons que parmi les seconds rôles, plutôt bien distribués, Christophe Gay est un luxe inattendu en Marquis d'Obigny, tandis que la Flora de Sophie Pondjiclis mérite également d'être mentionnée.

C'est à Renée Auphan – directrice des lieux entre 2002 et 2008 – que son successeur Maurice Xiberras a confié la mise en scène. Fin de saison et budget en berne obligent, l'ancienne cantatrice a réutilisé les décors de L'héritière de Damase - production qu'elle avait elle-même signé en 2004 - pour offrir une Traviata ultra-classique, dans un style « zeffirellien », d'un esthétisme léché (quoique mortifère...), qui raconte et situe l'histoire, sans agresser la tradition, et donc sans apporter un éclairage nouveau sur le chef d'œuvre de Verdi. La direction d'acteurs s'avère également discrète, et l'on se rend compte alors combien l'ouvrage est complexe, et combien il résiste à une approche trop « superficielle ».

Enfin, un peu trop rigide et métronimique, la direction d'Eun Sun Kim se veut avant tout attentive et scrupuleuse : on en sait gré à la chef coréenne, mais on aurait parfois souhaité une lecture plus engagée et plus personnelle, avec plus d'abandon et de fièvre.

Emmanuel Andrieu

La Traviata à l'Opéra de Marseille

Crédit photographique © Christian Dresse

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