Une saison anniversaire à l'Opéra Royal de Wallonie !

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200 ans… ça se fête ! C’est l’âge honorable de l’Opéra Royal de Wallonie qui ouvrit ses portes le 4 novembre 1820. Pour célébrer dignement l’événement, Stefano Mazzonis Di Pralafera a mis les petits plats dans les grands en concoctant une saison royale, affichant pas moins de neuf titres lyriques (dont six nouvelles productions), et émaillée de quatre récitals lyriques qui verront défiler les plus grands gosiers de la planète, dont le plus célèbre d’entre eux, alias Jonas Kaufmann ! (le 6/11). Après lui, Juan Diego Florez (le 8 janvier), un duo formé par Lawrence Brownlee et Jessica Pratt (le 14 février), et enfin Nadine Sierra (le 1er mai) viendront électriser par leur souverain art du chant le public wallon. 

Du côté des productions, le bal ouvrira le 20 septembre avec la Mimi d'Angela Gheorghiu aux côtés du Rodolfo de Stefan Pop (La Bohème), sous la baguette de Frédéric Chaslin et dans une mise en scène que s’est auto-confiée le maître des lieux. Après ce titre parmi les plus populaires et les plus courants du répertoire, place à un ouvrage plus rare, mais qui fut néanmoins un « tube » pendant de longues années après sa création à l’Opéra de Paris en 1868, l’exaltant Hamlet d’Ambroise Thomas. Cet ouvrage, qui reprend les principes du Grand Opéra historique à la française - dont nous avons vu une brillante production cette saison à Nantes -, doit notamment sa longévité à l’attrait que constitue le rôle éponyme pour tous les plus grands barytons. A Liège, ce sera Lionel Lhote qui incarnera ce rôle magistral, après nous avoir tant de fois transportés dans ces mêmes murs (Les Pêcheurs de perles en 2015, Le Barbier de Séville la même année, ou encore Ernani également en 2015). Et c’est l’autre étoile du chant wallon qui tiendra le rôle d’Ophélie, la virevoltante Jodie Devos, qui devrait nous émouvoir aux larmes dans sa grande scène de la folie. Autour de ce duo, Mazzonis a réuni deux grands noms du chant français : Béatrice Uria-Monzon en Gertrude et Nicolas Courjal en Claudius. Le chef belge Patrick Davin les dirigera, dans une production confiée à Cyril Teste, un des jeunes membres du Collectif d'artistes du Théâtre du Nord Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing-Hauts de France.

Le titre retenu pour fêter le bicentenaire de la maison wallonne, en novembre, ne pouvait être que le plus gros tube de l’opéra italien : La Traviata ! Mais incarnée par la délicate Patrizia Ciofi, aux côtés de l’excellent ténor étasunien René Barbera en Alfredo, et de l’inusable Leo Nucci en Germont, nul doute que le titre le plus rebattu des scènes lyriques (aux côtés de Carmen et de La Flûte enchantée) marquera les esprits. La directrice musicale de l’ORW Speranza Scappucci sera à la baguette, et Mazzonis sera à nouveau aux manettes. A noter que le Roi et la Reine de Belgique assisteront à la Première du 16 novembre ! Plus original sera cependant le spectacle suivant, puisqu’il s’agira d’un « récit-concert » consacré à la famille Strauss, Père et Fils, les plus illustres représentants de la valse viennoise. Une soirée animée par Alain Duault, dont la verve et l’enthousiasme rejailliront sans aucun doute sur son audience. L’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie sera placé pour l’occasion sous la férule de l’assistant de Scappucci, le jeune chef belge Ayrton Desimpelaere (le 22 novembre). Le spectacle sera suivi, quelques jours plus tard (le 26), par une adaptation française (signée par Jean-Louis Grinda) de la célèbre comédie musicale Singin' in the Rain. Et pour les fêtes, nous retrouverons l’hilarante Belle-Hélène d’Offenbach dans la mise en scène non moins désopilante imaginée par Michel Fau pour l’Opéra de Lausanne cette saison (et dont la maison wallonne est coproductrice, avec l’Opéra-Comique). On retrouve en partie la distribution helvétique, avec notamment Julie Robard-Gendre dans le rôle-titre et l’inénarrable Ménélas de Michel Fau.

En 2021, l’année s’ouvrira sur un titre de Rossini somme toute assez rare : Il Turco in Italia (même si l’on a pu voir, ces dix dernières années, une production au Théâtre du Capitole et une autre à l’Opéra de Dijon). De toutes les « turqueries » du cygne de Pesaro, Il Turco se montre néanmoins plus subtil et plus profondément théâtral - dans le choix des thèmes abordés (la liberté, la fidélité, les rapports amoureux) - que dans les œuvres précédentes, davantage ancrées dans la tradition napolitaine. Le rôle-titre sera confié à la basse italienne Guido Loconsolo, qu’entourera Nino Machaidze en Fiorilla, Bruno De Simone en Don Geronio, Diego Godoy en Don Narciso, et Pierre Doyen en Prosdocimo. En mars, la structure wallonne marquera à nouveau un grand coup en proposant Les Contes d’Hoffmann dans une mise en scène du toujours troublant Stefano Poda, et avec une distribution cinq étoiles : Celso Albelo en Hoffmann, Jessica Pratt dans les 4 rôles féminins et Erwin Schrott dans celui des 4 diables ! Plus rares, et donc pour nous plus enthousiasmants, seront les rares Lombardi alla prima Crociata qui suivront en avril. Si la postérité ne mettra pas l’ouvrage au nombre des grands Verdi - bien qu’il remportera un triomphe éclatant à sa création à La Scala de milan en 1843 -, de nombreuses pages valent le détour, notamment le chœur du IVème acte (« O Signore dal tetto natio ») adopté par les patriotes comme le « Va pensiero » de Nabucco. Là aussi une dsitribution de haute volée devrait faire honneur au chant verdien : Ramon Vargas en Oronte, Saioa Hernandez en Giselda et Goderdzi Janelidze en Pagano, sous la direction du grand chef israélien Daniel Oren, et dans une mise en scène de Mazzonis. En mai, nous retrouverons l’ingénieuse et séduisante production de Cosi fan tutte mis en scène par Jean Liermier il y deux ans à l’Opéra de Lausanne (une maison décidément très proche de sa consoeur francophone, grâce aux liens qui unissent Mazzonis à Eric Vigié). Après avoir fait les délices des spectateurs du Festival des Folies d’Ô de Montpellier (en 2018) et de l’Opéra Grand Avignon (en janvier dernier), la drolatique production de La Fille du régiment conçue par Shirley & Dino feront celles du public liégeois, d’autant que Jodie Devos chantera le rôle de Marie, aux côtés du Tonio de Lawrence Brownlee et du Sulpice de Pietro Spagnoli. La saison s’achèvera par une version scénique de Carmina Burana de Carl Orff confiée à Luc Jaminet, homme de théâtre liégeois célèbre en son pays (le 25 juin).

Dans une présentation vidéo de la prochaine saison, Stefano Mazzonis Di Pralafera parie de manière optimiste sur une reprise normale en septembre… alors il ne reste plus qu’à croiser les doigts avec lui !

Emmanuel Andrieu

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