Les Pêcheurs de perles à l'Opéra Royal de Wallonie

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Fort du succès remporté à sa création à l'Opéra Comique voilà deux saisons, cette production des Pêcheurs de perles imaginée par le metteur en scène japonais Yoshi Oida (dont nous avions beaucoup aimé le Peter Grimes à l'Opéra de Lyon l'an dernier) aborde les bords de la Meuse, à l'Opéra Royal de Wallonie. Le spectacle s'impose par la cohérence de la vision scénique qui - plutôt traditionnelle quoique sobre et épurée - sait exprimer la poésie légère et mélancolique de cette musique expressive, fluide et de pure tendresse dans laquelle, à vingt-six ans, Georges Bizet met le meilleur de lui-même pour conquérir le tout Paris musical de l'époque. Yoshi Oida n'a pas cherché à innover ; son spectacle a comme principale ambition de servir l'ouvrage dans une production très soignée, en réussissant à se tirer des pièges d'une intrigue bien conventionnelle et somme toute assez mince. On lui reprochera cependant un traitement souvent scolaire dans les attitudes des chanteurs et des chœurs.

L'homogénéité du spectacle repose beaucoup sur la qualité musicale de cette production où le chef italien Paolo Arrivabeni – directeur musical de l'institution wallone – sait s'imposer face à un orchestre bien disposé à son égard. Nous serons plus circonspects vis à vis du chœur maison, fort débraillé ce soir, ce qui pose d'autant problème que la partition lui fait la part belle, surtout dans la version originale de 1863 ici retenue (qui rétablit notamment le long duo entre Nadir et Zurga, « O lumière sainte », et voit Zurga ne pas périr dans le bûcher mais survivre et rester, seul, face au public, au tomber du rideau).

La distribution vocale – entièrement wallone - est dominée par le Zurga de Lionel Lhote qui est en train de prendre sa véritable place dans le chant francophone. Le style est noble et retenu, servi par une voix ample au timbre expressif et chaleureux : il renouvelle l'enthousiasme qu'il avait suscité en nous, en mars, dans Simon Boccanegra à l'Opéra Grand Avignon. Marc Laho – dont le répertoire a évolué vers des rôles plus lourds ces derniers temps (il était Hoffmann à l'Opéra de Toulon le mois dernier) – chante ainsi Nadir avec une voix plus vigoureuse que de coutume dans cette partie, mais qui a su conserver suffisamment de souplesse pour s'affirmer tout au long du spectacle avec une belle sensibilité. Quant à Anne-Catherine Gillet, elle incarne Leïla avec un bel engagement et autant de sensibilité : on admire l'aisance et la fraîcheur de l'aigu ainsi que son medium corsé, tandis que la projection de la voix va dans le sens du dramatisme du personnage. Impressionnante, enfin, la solide basse de Roger Joakim dans le rôle ambigu du grand prêtre Nourabab.

Emmanuel Andrieu

Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 26 avril 2015

Crédit photographique © Jacky Croisier / Opéra Royal de Wallonie

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