Ernani à l'Opéra Royal de Wallonie

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Reprise à l'Opéra Royal de Wallonie d'une production étrennée l'an passé à l'Opéra de Monte-Carlo et signée par Jean-Louis Grinda - qui a dirigé l'institution liégeoise treize années durant, avant de prendre la tête de celle de Monaco. Nous avons dit - dans ces colonnes - tout le bien que nous pensions du spectacle de Grinda, à la fois beau et intelligent, avec ses costumes somptueux de l'âge d'or espagnol et ses tableaux adroitement ordonnés, quoique parfois étouffants. Mais il est vrai que, parmi les opéras de jeunesse de Giuseppe Verdi, Ernani est le premier à présenter des personnages fortement caractérisés, au double plan du drame et de la musique. Resserrer la scénographie autour de ces individualités plutôt que de les noyer dans un tumulte « risorgimental » est donc parfaitement cohérent.  

Le second atout de la soirée est la direction de l'excellent chef italien Paolo Arrivabeni, directeur musical de la maison, qui obtient de sa phalange un équilibre optimal entre romantisme fougueux et post-belcantisme élégiaque, élan dramatique et bouffées de lyrisme expansif. L'Orchestre et les Choeurs de l'Opéra Royal de Wallonie sont comme portés comme une éloquence et un enthousiasme communicatifs.

Le plateau vocal réuni à Liège fait en revanche pâle figure en comparaison de celui de Monte-Carlo, hors le magnifique baryton belge Lionel Lhote, à l'aise de bout en bout dans cette tessiture aiguë, dotée d'une musicalité innée, campant ainsi un Carlo de haute volée. De son côté, la soprano cubano-américaine Elaine Alvarez assume avec une certaine placidité, mais de manière honorable, le rôle d'Elvira. Ses vocalises sont parfois difficiles et certains aigus sonnent acides, mais sa voix rayonnante, son beau registre grave et surtout son splendide medium en font une artiste riche de promesses... qui aurait en tout cas mérité un chanteur moins fruste que le ténor argentin Gustavo Porta, à la ligne désordonnée et à la justesse souvent prise en défaut - en dépit de louables allégements au fil des scènes... Celle du I, redoutable pour le chanteur cueilli à froid, avait pu laisser inquiet sur sa capacité à arrondir les angles d'un chant de toute manière mal assuré, malgré des aigus faciles. Enfin, la basse bulgare Orlin Anastassov imprime toute sa brutalité au personnage de Silva, avec un timbre qui demeure somptueux, mais la voix fluctue cependant et accuse des baisses de tension au cours de la soirée.

Au final, Verdi ne s'en sort pas si mal...

Emmanuel Andrieu

Ernani de Giuseppe Verdi à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 6 octobre 2015

Crédit photographique © Opéra Royal de Wallonie / Lorraine Wauters

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