Les Boréades au Festival d'été d'Aix-en-Provence

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C'était un événement très attendu par la critique - et le public - que ces Boréades de Jean-Philippe Rameau, donné (en version de concert) à Aix-en-Provence, festival qui avait assuré la création mondiale scénique de l'ouvrage il y a un peu plus de trente ans. Bien en a pris à Bernard Foccroule, directeur général de la manifestation provençale, la soirée recueillant un succès triomphal, avec un nombre incroyable de rappels. Marc Minkowski, visiblement ému par tant de clameur et de joie, a d'ailleurs fini par demander le silence pour remercier ce même public, mais aussi tous ceux qui ont rendu possible la résurrection de l'ouvrage à l'époque - et plus encore le compositeur lui-même, en brandissant fièrement ce qui constitue certainement sa plus belle partition.  

Le concert bénéficiait d'une distribution exceptionnelle, très engagée, avec – on sait combien c'est essentiel dans Rameau – une articulation parfaite de notre langue ; pas de très grands noms, mais une équipe de vrais musiciens qu'il faudrait citer en bloc, même si nous saluerons en premier lieu l'admirable Alphise de Julie Fuchs (que nous avons pu rencontrer à l'occasion du concert) dans un rôle à la tessiture redoutable. Qu'admirer le plus chez l'étoile montante du chant français (aux côtés de Sabine Devieilhe) entre une ligne irréprochable, une expressivité intense, un chant délié, une musicalité parfaite, le tout porté par un timbre de toute beauté ?

Le ténor britannique Samuel Boden (Abaris) n'est pas en reste, et récolte un triomphe personnel aux moments des saluts, grâce à son timbre clair et lumineux, son intelligence stylistique, son admirable clarté de diction, et sa virtuosité sans faille. Dernièrement remarquée à Nantes dans le rôle d'Yniold (Pelléas et Mélisande), la jeune Chloé Briot désarme également l'auditoire - dans le quadruple rôle de Sémire, Amour, Polymnie et d'Une Nymphe - par la précision de son chant, de sa diction, de ses vocalises. Un vrai talent à suivre.

Les deux fils du dieu des Vents, le ténor argentin Manuel Nunez-Camelino (Calisis) et le baryton français Jean-Gabriel Saint-Martin (Borilée) rivalisent de panache vocal, tandis que leur père Borée est remarquablement interprété par Damien Pass, superbe Masetto à Toulon le mois dernier, qui nous régale à nouveau de son somptueux registre grave. Une mention également pour la voix idéalement projetée - autant que solidement charpentée - du jeune baryton français Mathieu Gardon, dans la double partie d'Adamas et du Dieu Apollon.

Reste enfin la direction impeccable, car à la fois subtile, précise, incisive, aérée et contrastée, bref habitée par la grâce, de Marc Minkowski. Direction assise sur les qualités supérieures de ses Musiciens du Louvre-Grenoble et du non moins excellent Chœur Aedes, dirigé par le talentueux Mathieu Romano.

Mais en fin de compte il apparaît bien que c'est la musique de Rameau elle-même qui pour le public aura été la révélation de la soirée : les beautés qu'il a découvertes l'ont touché directement au cœur. Si l'œuvre abonde en airs de bravoure comme l'éclatant « Jouissons, jouissons de nos beaux ans » à l'acte III, elle regorge également de moments d'émotion - généralement réservés au couple d'amoureux Alphise et Abaris -, comme dans le duo où Alphise lui déclare son amour (acte II), ou l'air poignant du héros « Lieux désolés » à l'acte IV. Les pages instrumentales fortement colorées voire spectaculaires sont partout, comme le déchaînement des éléments à la fin de l'acte III, ou au contraire l'apaisement des vents, au début du V. Il y a dans ces pages d'orchestre, une subtilité d'écriture, une somptuosité, une poésie extraordinaire, mais aussi une vitalité, une jeunesse incroyable de la part d'un compositeur qui approchait les 80 ans.

Une soirée à marquer d'une pierre blanche.

Emmanuel Andrieu

Les Boréades au Festival d'été d'Aix-en-Provence

Crédit photographique © Thierry Pillon

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