Une saison 2020-2021 « revitalisée » à l'Opéra de Vienne

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Après dix ans à la tête du Wiener Staatsoper, Dominique Meyer a pris cette année la direction de la Scala de Milan. Il laisse donc la place à Bogdan Roscic, 52 ans, qu’on connaissait jusqu’à présent pour avoir été le président du label Sony Classical, spécifiquement recruté par le gouvernement autrichien pour « impulser un nouveau souffle à l'institution » viennoise – aux côtés du nouveau directeur musical Philippe Jordan, après ses années passées à l’Opéra de Paris, et qui assurera la direction d’orchestre de plusieurs des productions de la prochaine saison.
Aujourd’hui, l'Opéra d'État de Vienne dévoile ainsi sa saison 2020-2021 – dans le cadre d’une retransmission en ligne, faute de pouvoir accueillir du public dans sa salle pour une présentation plus traditionnelle. Et si cette saison s’appuie encore très largement sur des œuvres de répertoire, les ouvrages retenus ont vocation à « jeter un pont entre tradition et compositions plus contemporaines » (incluant des œuvres du XXème siècle devenues classiques) et seront défendus par les metteurs en scène « importants de notre temps » – pour la plupart, ils font leur début à l’Opéra de Vienne.

Bogdan Roscic revendique donc dix nouvelles productions ou « premières », des coproductions parfois déjà données dans d’autres maisons mais encore jamais présentées à Vienne. La saison doit ainsi s’ouvrir en septembre prochain avec Madame Butterfly dans la mise en scène visuellement impressionnante du réalisateur Anthony Minghella (créée en 2005, reprise encore récemment l’English National Opera de Londres – on en rendait compte), dont le rôle-titre sera confié à Asmik Grigorian, sous la baguette de Philippe Jordan.

Parmi les premières, on retrouve aussi la Carmen de Calixto Bieito (avec Anita Rachvelishvili, Charles Castronovo et Erwin Schrott) ; La Traviata de Simon Stone déjà vue à Paris, avec ici Pretty Yende et Frédéric Antoun ; Macbeth dans la mise en scène de Barrie Kosky, créée à Zurich en 2016 (avec Luca Salsi et Anna Netrebko) ; ou encore Eugène Onéguine par Dmitri Tcherniakov importé du Bolchoï ; mais aussi Le Couronnement de Poppée que Jan Lauwers avait mis en scène pour le Festival de Salzbourg en 2018 (avec de nouveau Kate Lindsey en Nerone, mais Slávka Zámečniková dans le rôle de Poppée, en lieu et place de Sonya Yoncheva). On retient aussi volontiers le Faust de Frank Castorf, dirigé par Bertrand de Billy avec Juan Diego Flórez, Nicole Car et Adam Palka.

Si cette prochaine saison a sans doute de quoi allécher le public viennois, certaines productions suscitent aussi d’ores et déjà une vraie curiosité. En avril 2021, le Wiener Staatsoper proposera donc une nouvelle production de Parsifal, confiée au metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov (poursuivi et assigné à résidence dans son pays), dirigé par Philippe Jordan et défendu sur scène par un plateau d’exception : Jonas Kaufmann dans le rôle-titre aux côtés notamment de la Kundry d’Elīna Garanča (manifestement pour une prise de rôle) ou l’Amfortas de Ludovic Tézier, entre autres.
On retient aussi l’incursion de l’institution viennoise vers un répertoire résolument contemporain, proposant Das Verratene Meer, le neuvième opéra de Hans Werner Henze dirigé ici par Simone Young.

Comme souvent à Vienne, les reprises ne sont pas en reste, que ce soit pour leur distribution ou leur chef. L’incontournable Chevalier à la Rose d’Otto Schenk est ainsi repris avec Krassimira Stoyanova et Piotr Beczała sur scène, et Philippe Jordan dans la fosse – qui dirigera aussi Les Noces de Figaro dans la mise en scène historique de Jean-Pierre Ponnelle. On retrouve la Tosca de Margarethe Wallmann (créée en 1958), reprise ici avec Sonya Yoncheva et Roberto Alagna. On y ajoute Elektra mis en scène par le légendaire Harry Kupfer et dirigé par Franz Welser-Möst, avec Camilla Nylund et Doris Soffel ; Rusalka par Sven-Eric Bechtolf avec Piotr Beczala et Kristīne Opolais ; ou encore Don Carlos (la version française de l’œuvre), dans la production de Peter Konwitschny avec notamment Ildar Abdrazakov, Jonas Kaufmann ou Malin Byström, et dirigée par Bertrand de Billy.
Et on note peut-être aussi les absents : le chef iconoclaste Teodor Currentzis avait été évoqué l’année dernière parmi les chefs invités à Vienne. Il ne sera manifestement pas présent la saison prochaine, mais selon Bogdan Roščić, ce n’est que partie remise.

Il est par ailleurs dans la mission de l’Opéra de Vienne de sensibiliser le jeune public à l’art lyrique et la prochaine saison n’y déroge pas, en imaginant des versions adaptées et condensées de l’Enlèvement au Sérail et du Barbier de Séville (donné en allemand).

À l’évidence, cette prochaine saison viennoise se révèle particulièrement riche et tend manifestement à renouveler l’offre lyrique de l’institution (au moins en termes de théâtre). Mais dans le contexte actuel, le doute plane forcément sur sa bonne tenue – nul ne peut encore dire si les maisons d’opéra pourront de nouveau accueillir le public en septembre prochain, et encore moins si ce public sera enclin à se rendre dans les salles de spectacle. D’autant que pour respecter les mesures de distanciation sociale actuellement en vigueur, l’Opéra de Vienne devrait limiter sa capacité d’accueil pour que seul un sixième des sièges ne soit occupé. Un choix qui obérerait significativement la rentabilité des représentations. Pour autant, dans la presse autrichienne, Bogdan Roščić considère que « si la maison peut jouer, elle devra jouer », quitte à imaginer par exemple des représentations dans un format réduit – impliquant moins d’interprètes sur scène, moins de musiciens dans la fosse, et moins de public dans la salle. Si selon le nouveau directeur viennois, il y a encore « trop d’inconnues dans l’équation » pour prendre des décisions dès maintenant, il estime néanmoins que « c’est faisable » même s’il faudra sans doute « quelques adaptations ». On retiendra son optimisme. 

D'ici là, le détail de la saison 2020-2021 de l'Opéra de Vienne est disponible sur le site de l'établissement

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