Saison 2026-2027 de l'Opéra de Paris : « Un monde se révèle à nos yeux »

Xl_saison_2026_2027_opera_de_paris © Saison 2026/27 de l'Opéra de Paris

Quels sont les temps forts de la saison 2026-2027 de l’Opéra de Paris ? Parallèlement à un « Festival Ring » (deux cycles complets de la Tétralogie de Wagner), l’institution parisienne articule sa programmation autour d'une création mondiale (Miroir de nos peines d’après Pierre Lemaitre), des valeurs sûres (comme Werther), des curiosités (Don Giovanni par la metteuse en scène Louisa Proske) ou encore plusieurs prises de rôles. Tour d’horizon. 

Entre autres vocations, l’art contribue à questionner le monde, à rendre visible et à l’éclairer à la fois pour y trouver sa place et surmonter ses turpitudes. C’est le fil rouge de la saison 2026-2027 de l’Opéra de Paris, sous-titrée d’une formule empruntée à Werther : « Un monde se révèle à nos yeux », pour « éveiller toutes les images du monde par la grâce des notes, des corps et des mots ».

Selon Alexander Neef, face aux incertitudes de l’époque, la scène permet de représenter « la passion, la violence, la folie, le paroxysme, (et) nous aide à mieux nous en libérer, voire à nous pacifier. Et quoi de plus ancien, primitif, nécessaire, que produire des sons, chanter, danser ? ». Toujours selon le directeur de l’Opéra de Paris, « ces instincts les plus élémentaires, ces manifestations les plus spontanées et universelles de l’expression humaine, s’incarnent à l’Opéra ». C’est le sens des productions de la saison 2026/27, dont sept (presque) nouvelles productions lyriques et douze chorégraphiques et de nombreuses reprises, pour 359 levers de rideau, dont 164 représentations d’opéras et 195 représentations de ballets.

La saison 2026/27 de l’Opéra de Paris en un coup d'œil

Nouvelles productions

  • Perle noire : méditations pour Joséphine de Tyshawn Sorey, par Peter Sellars
  • Le Crépuscule des dieux par Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado
  • Don Giovanni par Louisa Proske et Finnegan Downie Dear / Stephanie Childress
  • Werther par Robert Carsen et Nathalie Stutzmann
  • Gala Régine Crespin, par Yves Lenoir et Nathalie Stutzmann
  • Ce qui brûle en silence, madrigaux de Monteverdi, Strozzi et Fénelon par les artistes de l'Académie
  • Miroir de nos peines d’Hèctor Parra (création), par Mariame Clément et Ingo Metzmacher
  • Idomeneo par Wajdi Mouawad et Antonello Manacorda

Festival RING 2026

Reprises

  • Le Barbier de Séville, par Damiano Michieletto et Jader Bignamini
  • Hamlet (Ambroise Thomas), par Krzysztof Warlikowski et Michael Schønwandt
  • La Clémence de Titus, par Willy Decker et Harry Bicket
  • Turandot, par Robert Wilson et Eun Sun Kim
  • Le Trouvèrepar Alex Olé et Timur Zangiev
  • Katia Kabanova, par Christoph Marthaler et Simone Young
  • Lady Macbeth de Mzensk, par Krzysztof Warlikowski et Ingo Metzmacher
  • L'Élixir d'amour, par Laurent Pelly et Evelino Pidò
  • Roméo et Juliette, par Thoma Jolly et Fabien Gabel
  • Don Pasquale, par Damiano Michieletto et Speranza Scappucci

Ce n’est pas une surprise, le point d’orgue de cette saison 26/27 repose sur le « Festival Ring » de l’Opéra de Paris : la Tétralogie de Wagner mise en scène par Calixto Bieito et dirigée par Pablo Heras-Casado initiée lors de la saison 24/25 avec L’Or du Rhin s’achèvera avec Le Crépuscule des dieux en octobre 2026. Si la critique est plutôt sévère avec les premiers volets, les quatre opus du Ring seront néanmoins repris le temps d’un festival : deux cycles complets de L'Anneau du Nibelung seront donnés du 6 au 13, puis du 15 au 22 novembre, défendus par un plateau vocal mené par Tamara Wilson (Brünnhilde) et Andreas Schager (Siegfried), aux côtés notamment de Mika Kares en Hagen, Eve-Maud Hubeaux en Waltraute ou Brian Mulligan en Alberich. L’Opéra de Paris y ajoute aussi une série d’expositions, d'animations et autres rencontres pour alimenter le contenu de son « festival Ring ».

La musique d’aujourd’hui

Parmi les nouvelles productions (à Paris) de cette saison 26/27, l’Opéra de Paris met la musique d’aujourd’hui à l’honneur. Pour ouvrir sa saison, du 9 au 19 septembre 2026, l’institution se saisit du 120e anniversaire de la naissance de Joséphine Baker pour donner Perle noire : méditations pour Joséphine, du musicien et compositeur Tyshawn Sorey qui « s’inspire et recompose quelques-unes des chansons les plus emblématiques de la célèbre figure des Années folles ». Mis en scène par Peter Sellars et interprété par la soprano Julia Bullock qui dessine « un portrait vivant et engagé » de Joséphine Baker, le spectacle a été étrenné au Festival de musique d’Ojai, aux Etats-Unis, avant de tourner dans diverses salles et d'être donc repris à l'Opéra de Paris. 

Un peu plus inédit, l'Opéra de Paris poursuit sa politique de commandes et de créations lyriques d'après de grands monuments de la littérature française. Si jusqu’à présent, l’institution parisienne s’est principalement inspirée de grandes œuvres classiques, elle donnera du 24 avril au 11 mai 2027 la création mondiale de Miroir de nos peines, nouvel opéra d’Hèctor Parra adapté du roman populaire homonyme de Pierre Lemaitre (le dernier opus de sa trilogie initiée avec Au revoir là-haut). On y retrouvera le personnage de Louise (sous les traits de Vannina Santoni) pendant la « drôle de guerre », tandis qu’elle enquête sur le passé de sa mère, et la conduisant à croiser une galerie de personnages haut en couleurs : Raoul, le déserteur (Leigh Melrose), Gabriel, le professeur de mathématiques (Bastien Rimondi) ou encore le mystérieux Désiré (Léo Vermot Desroches).

Le compositeur Hèctor Parra promet un opéra « accessible, accueillant (...) parce qu'il exprime des émotions normales et habituelles : l'amour, la haine, la peur, avec une musique très lyrique et exploratrice (comme) un miroir de nous-mêmes ». La mise en scène de la création mondiale est confiée à Mariame Clément, accompagnée par la direction musicale d’Ingo Metzmacher.

Opéras de répertoire

Valeurs sûres ou nouveautés qui suscitent la curiosité. Ce sont manifestement les choix de l’Opéra de Paris pour les nouvelles productions de ses œuvres de répertoire. Au rang des valeurs sûres, l’établissement donne le Werther de Robert Carsen, qui « place la littérature au centre de sa proposition scénique » pour mieux rappeler que l’opéra de Massenet est « une œuvre sur les idées et les émotions ». Valeurs sûres encore pour la distribution : Benjamin Bernheim dans le rôle-titre (l’un de ses rôles signatures) aux côtés de sa compagne Sandra Hamaoui en Sophie et d'Aigul Akhmetshina en Charlotte (après une prise de rôle remarquée à Londres en 2023 avec Jonas Kaufmann). En fosse, la direction musicale est confiée à Nathalie Stutzmann... qui fera là ses débuts à l’Opéra de Paris après avoir déjà brillé partout dans le monde.

Au rang des curiosités, l’Opéra de Paris donnera le Don Giovanni de la metteuse en scène new-yorkaise Louisa Proske, très en vue actuellement et connue pour revisiter les grands classiques pour le public d’aujourd’hui (la production est nouvelle à Paris mais a été créée avec sa compagnie Heartbeat Opera à New York en 2018). Elle y promet un Don Giovanni « aux multiples facettes » (interprété par Peter Mattei) et entend « faire en sorte que le public soit tantôt séduit par lui, tantôt dégoûté, sans jamais avoir une image stable de qui il est ».

Mozart encore, mais cette fois avec Idomeneo confié à Wajdi Mouawad : le metteur en scène entend faire le lien entre le mythe grec et « les désastres écologiques et humains de notre époque ». La scène promet une distribution séduisante : Allan Clayton incarnera le roi de Crète et Lea Desandre son fils Idamante, Johanna Wallroth la princesse captive Ilia et Elsa Dreisig l’impétueuse Elettra, sous la direction musicale d’Antonello Manacorda.

L’Opéra de Paris accompagne aussi les jeunes interprètes : sa production lyrique de l’Académie est confiée à la metteuse en scène Victora Sitjà. D’après une libre inspiration de La Dispute de Marivaux, elle conçoit le spectacle Ce qui brûle en silence sur la base de madrigaux de Monteverdi, Barbara Strozzi et Philippe Fénelon pour évoquer « la naissance du désir, de l’amour mais aussi de la domination chez quatre adolescents coupés de la société ». Les rôles principaux seront incarnés par les jeunes artistes en résidence à l’Académie.

Une dizaines de reprises emblématiques

Pour compléter sa saison 26/27, l’Opéra de Paris ajoute une dizaine de reprises de ses productions emblématiques, certaines déjà données très régulièrement et appréciées du public, d’autres faisant leur retour après une longue absence.

On y compte trois comédies italiennes. D’abord Le Barbier de Séville mis en scène par Damiano Michieletto avec notamment Huw Montague Rendall pour une prise de rôle de Figaro aux côtés notamment de Lea Desandre puis Marina Viotti en alternance en Rosina. Puis au printemps, l’incontournable Élixir d’amour par Laurent Pelly avec René Barbera et Pretty Yende. Et enfin le Don Pasquale doux-amer de Damiano Michieletto en fin de saison (déjà donné en 2018 et repris en 2023), dirigé par la toujours enthousiasmante Speranza Scappucci (avec une prise de rôle d’Olga Kulchynska en Norina).

Pour défendre le répertoire du XIXe siècle, l’Opéra de Paris reprendra aussi le Roméo et Juliette mis en scène par Thomas Jolly qui avait enthousiasmé le public et la critique, avec ici une double distribution réunissant tantôt Amina Edris et Pene Pati, tantôt Nadine Sierra et Juan Diego Flóres. Autre succès critique : l’institution reprend l’Hamlet d’Ambroise Thomas dans « l’impressionnante » production de Krzysztof Warlikowski étrenné en 2023. Cette fois, John Osborn y incarnera le héros shakespearien, aux côtés de Clémentine Margaine et Jean Teitgen, mais aussi Adela Zaharia qui chantera le rôle d’Ophélie pour la première fois. L’Opéra parisien reprend aussi Le Trouvère mis en scène par Alex Ollé, mais dans l’ouvrage de Verdi, c’est souvent la distribution qui compte : en novembre prochain à Paris, elle comptera notamment Tamara Wilson et Saioa Hernández en alternance en Leonora.

Absente de la scène du Palais Garnier depuis 15 ans, l’Opéra reprendra Katia Kabanova de Janáček dans la production « magnétique » de Christoph Marthaler (créée au Festival de Salzburg en 1998), ici avec Corinne Winters et Sean Panikkar pour leurs débuts parisiens, accompagnés par Simone Young à la tête de l’Orchestre de l'Opéra de Paris. L’Opéra rendra aussi hommage à Bob Wilson, disparu l’année dernière, en reprenant sa Turandot emblématique, avec Elza van den Heever et Anna Pirozzi en alternance dans le rôle-titre, Yusif Eyvazov en Calaf et Adriana González et Gabriela Reyes en Liú. À la direction musicale, la cheffe Eun Sun Kim retrouvera l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Notons enfin Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch, repris dans la production de Krzysztof Warlikowski créée en 2019. Comme à la création, Aušrinė Stundytė interprétera le rôle de Katerina.

Le détail de la saison 26/27 de l’institution est disponible sur le site de l’Opéra de Paris – en attendant la fermeture successive du Palais Garnier dès l’été 2027, puis de Bastille en 2030, afin de procéder aux travaux de rénovation des scènes de l’Opéra de Paris.

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