© Saison 2026/2027 du Teatro Real
Le Teatro Real dévoile une saison 2026/27 foisonnante qui « s’adresse à tous les goûts » : des œuvres de répertoire (incluant des opéras qui n’avaient plus été donnés à Madrid depuis longtemps), des ouvrages contemporains et des créations en guise d'hommage, souvent défendus par de belles distributions et parfois des prises de rôle – Anna Netrebko chantera par exemple sa première Judith dans Le Château de Barbe-Bleue. Tour d’horizon de la prochaine saison.
Le Teatro Real de Madrid dévoile une saison 2026-2027 foisonnante, riche de plus d’une quinzaine de productions lyriques ayant vocation à « s’adresser à tous les goûts en proposant des œuvres du XVIIe au XXIe siècle », du baroque à l’opéra contemporain en passant par le bel canto et la redécouverte d’ouvrages qui n’avaient plus été donnés au Teatro Real depuis parfois très longtemps – à commencer par Manon Lescaut de Puccini, qui ouvrira la saison après plus d’un siècle d’absence de la scène madrilène.
Manon Lescaut après 102 ans d'absence
Cette nouvelle production de Manon Lescaut, en collaboration avec l'Opéra de Cologne, sera confiée à la direction musicale du maestro Nicola Luisotti et au metteur en scène Carlos Wagner qui entend « explorer la noirceur et l’intensité de cette histoire d’amour tragique ». Selon le directeur artistique Joan Matabosch, la production « est un véritable événement, puisqu'elle marque le retour de l'œuvre sur la scène du Teatro Real, 102 ans après sa dernière représentation ». Sur scène, la double distribution affiche Sondra Radvanovsky et Saioa Hernández en alternance dans le rôle-titre, aux côtés notamment de Brian Jagde, Michael Fabiano ou Jorge de León.
Le Teatro Real donnera également plusieurs opéras en version de concert pas ou peu donnés sur sa scène ces dernières années. On y compte Fedora (en janvier et février 2027), encore jamais été donné sur la scène madrilène depuis sa réouverture en 1997 : le rôle-titre sera chanté par l’une de ses grandes interprètes, Sonya Yoncheva, accompagnée par le chef Daniel Oren à la tête de la phalange locale. On retiendra aussi une version de concert de La Gioconda de Ponchielli en mars et avril 2027, réunissant une autre distribution d’envergure emmenée par Anna Netrebko et Yusif Eyvazov, Luca Salsi et Lucile Richardot. On retrouvera Anna Netrebko le 28 novembre 2026 dans une version de concert du Château de Barbe-Bleue de Bartók : elle y chantera sa première Judith (« l’un des rôles les plus complexes du répertoire du XXe siècle »), aux côtés notamment d’Alexander Köpeczi dans le rôle de Barbe-Bleue. Ils seront accompagnés par Henrik Nánási à la tête de l'Orchestre symphonique de la radio hongroise.
En fin de saison, Tannhäuser aura également les honneurs d’une nouvelle production après 18 ans d’absence (en coproduction avec l'Opéra de Lyon), dans une mise en scène de David Hermann. En fosse, Gustavo Gimeno accompagnera quelques-unes des plus grandes voix wagnériennes du moment : Clay Hilley, Andreas Schager, Malin Byström, Elisabeth Teige, Ludovic Tézier, André Schuen, Ausrine Stundyte ou encore Georg Zeppenfeld.
Les amateurs de belles distributions cocheront peut-être aussi la reprise de Norma dans la mise en scène de Justin Way : quatre distributions alterneront, avec Lisette Oropesa, Jessica Pratt, Lidia Fridman et Marina Rebeka dans le rôle-titre aux côtés notamment d’Aigul Akhmetshina, Rihab Chaieb ou Raffaella Lupinacci en Adalgisa et Javier Camarena, Dmitry Korchak ou Francesco Demuro en Pollione.
Commémoration, hommage et création
Parmi les temps forts de la prochaine saison madrilène, le Teatro Real programme aussi une nouvelle production de Katia Kabanová signée Christof Loy, « en prélude aux commémorations du centenaire de la mort de Leoš Janáček », disparu en 1928 (la production fera l’objet d’une tournée jusqu’en 2028 après les représentations madrilènes en février et mars 2027). Gustavo Gimeno, qui assurera la direction musicale, considère le compositeur tchèque comme « l'un des plus importants de l'histoire de la musique ». La soprano arménienne Mané Galoyan interprètera le rôle-titre.
Le Teatro Real rendra également hommage à la Generación del 27 (la Génération de 27), ce collectif littéraire avant-gardiste qui s’est exprimé en Espagne dans les années 1923 à 1927. Federico García Lorca en était l’un des principaux représentants et pour commémorer le centenaire du collectif, le Teatro Real accueillera la création de Bodas de Sangre (Noces de Sang), nouvel opéra du jeune compositeur Manuel Busto adapté de la pièce du dramaturge et traitant de « la vie et de la mort mais de façon mystérieuse, sur fond de mythes et légendes ». Bárbara Lluch mettra en scène cette œuvre inédite (en coproduction avec le Teatro de la Maestranza de Séville), alors que le compositeur en assurera la direction musicale. À la tête d’une jeune distribution espagnole, Marina Monzó chantera le rôle principal.
On peut ajouter ici une nouvelle production de Simon Boccanegra, imaginée dans le cadre d’une thématique consacrée à Verdi et l’unification de l’Italie. La production est surtout donnée dans une mise en scène de Pierre Audi, disparu brutalement l’année dernière et auquel le Teatro Real rend hommage. En coproduction avec le Nouveau Théâtre national de Tokyo et l’Opéra finlandais d’Helsinki, le spectacle pourra aussi compter sur les impressionnants décors du sculpteur et plasticien Anish Kapoor, en plus d’une distribution emmenée par Ludovic Tézier et Daniel Luis de Vicente en alternance dans le rôle-titre.
Beaumarchais à l’opéra
Pour sa saison 26/27, Joan Matabosch imagine également une thématique articulée autour des œuvres de Beaumarchais adaptées à l’opéra, avec Le Barbier de Séville de Rossini et Les Noces de Figaro de Mozart.
Le Barbier de Séville sera repris dans la mise en scène parisienne de Damiano Michieletto défendue par trois distributions réunissant tantôt René Barbera (Almaviva), tantôt Nicola Alaimo (Bartolo), Marina Viotti ou Isabel Leonard en Rosina, ou encore Florian Sempey en Figaro.
Les Noces de Figaro feront l’objet d’une nouvelle production confiée à Robert Carsen (en coproduction avec le Metropolitan Opera de New York), défendue par une double distribution emmenée notamment par Mattia Olivieri ou Carles Pachon en comte Almaviva et Olga Kulchynska ou Elsa Dreisig en comtesse, Sara Blanch et Giulia Semenzato se partageront le rôle de Susanna, et Luca Micheletti et Germán Olvera celui de Figaro, alors que Cecilia Molinari et Lucía Caihuela seront Cherubino.
Les deux œuvres seront d'abord données au Teatro Real avant d'être présentées ensuite dans des versions adaptées au public familial au Teatro del Retiro.
Répertoire baroque
Le répertoire baroque est aussi au programme de la saison 26/27 du Teatro Real avec notamment une version de concert du rare Riccardo primo, re d’Inghilterra de Haendel (le 21 octobre prochain), inspiré de la conquête de Chypre par Richard Cœur de Lion. Les Arts Florissants, sous la direction de Paul Agnew, feront vivre l’ouvrage avec le contre-ténor Jakub Józef Orliński dans le rôle-titre, aux côtés de Mélissa Petit ou Juliette Mey.
Le 18 décembre 2026, Le Messie de Haendel sera également confié à Justin Doyle à la tête de l’Akademie für Alte Musik pour accompagner Julia Doyle, Tim Mead, Thomas Hobbs et Roderick Williams. On retrouvera Jakub Józef Orliński et Mélissa Petit le 4 mai 2027 pour interpréter aussi l’oratorio San Giovanni Battista d’Alessandro Stradella, qui retrace la rencontre entre saint Jean-Baptiste et Salomé. L’ensemble Il Pomo d’Oro sera dirigé par Francesco Corti.
La saison 26/27 du Teatro Real se complète d’une série de concerts et récitals (notamment de Xabier Anduaga, Benjamin Bernheim, Véronique Gens ou Ermonela Jaho), ou encore le retour du Concours de ténors Viñas dont les lauréats se produisent sur la scène madrilène. Le détail foisonnant de la prochaine saison est disponible sur le site du Teatro Real.
publié le 22 avril 2026 à 09h35 par Aurelien Pfeffer
22 avril 2026 | Imprimer
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