Un Don parfait au Palais Garnier !

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D’abord une chose d’incroyable : ce Don Pasquale de Donizetti n’avait jamais été joué à l’Opéra de Paris et, ce 9 juin au Palais Garnier, c’était son entrée au répertoire de cette maison qui n’en avait entendu résonner que le premier acte, lors d’une soirée de gala en 1916 ! L’œuvre a pourtant été créée à Paris en 1843, au Théâtre-Italien mais, inexplicablement, n’a jamais été montée à l’Opéra. Eh bien cette entrée s’est faite en fanfare grâce à la réunion de tous les talents qui ont mis en joie une salle bondée (où l’on pouvait voir – ce n’est pas si fréquent – le Premier Ministre Edouard Philippe qui n’était pas le dernier à manifester son plaisir). Car, à côté de l’événement que représente cette tardive entrée au répertoire, c’est bien le plaisir qui anime la soirée, plaisir d’une musique pleine de gaité, de pétillements, de roublardise aussi, de mélancolie parfois, une musique qui constitue une sorte de testament du bel canto romantique (il faut se souvenir que Don Pasquale a été créé en 1843 soit un an après le Nabucco de Verdi !).

Don Pasquale à l'Opéra Garnier
Don Pasquale, Opéra Garnier (2018) © Vincent Pontet / OnP

Pour donner sa dynamique d’aujourd’hui à ce petit bijou musical, Damiano Michieletto a imaginé une structure légère, vélivole, une sorte d’esquisse de décor, un crayonné où ne demeurent que le dessin du toit, quelques portes, des espaces, une maison transparente où nous observons les faits et gestes et surtout le jeu des sentiments de quatre personnages dont la musique souligne les ruses des uns, les mensonges des autres, la mélancolie de certains et la folie de tous. Une direction d’acteurs très vivante, une permanente relance de l’action, de subtils jeux de lumière, une multiplication des regards par l’habile utilisation de la tournette qui permet des points de vue sans cesse changeants : décidément Damiano Michieletto sait jouer avec l’espace et la théâtralité de manière musicale. Et il sait aussi utiliser la vidéo autrement que de manière illustrative, plutôt comme un contrepoint visuel, en ouvrant des perspectives qui vont du bucolique d’un champ de coquelicots au sinistre et grinçant d’un EPHAD !...

Avec une telle mise en scène enjouée, il faut une dynamique musicale qui s’inscrive dans le même rythme : l’Orchestre de l’Opéra de Paris, encore une fois superlatif, aussi bien dans le détail instrumental que dans l’élan et la couleur, mené tambour battant par un Evelino Pido toujours plein de verve, offre un champ d’exploration pour les quatre voix réunies.

Don Pasquale à l'Opéra Garnier
Michele Pertusi, Nadine Sierra © Vincent Pontet / OnP

Car le bel canto se nourrit de voix : celle de Michele Pertusi, une des grandes basses italiennes, a déjà fait ses preuves et, même si, l’âge venant, certaines sonorités sont un peu assourdies, le legato comme le staccato demeurent exemplaires, tout comme ce sens du théâtre qui construit son incarnation de ce pauvre Don Pasquale, auquel il confère une touche de mélancolie émouvante. Malatesta, le manipulateur sardonique, bénéficie de la présence de notre grand baryton français, Florian Sempey : à seulement 30 ans, il maitrise aussi bien le phrasé bel cantiste que l’incroyable mitraillette syllabique de l’écriture donizettienne  (c’est aussi la leçon de Rossini : n’oublions pas qu’il est aujourd’hui le meilleur Barbier de Séville au monde !) – à cet égard l’étourdissant duo du troisième acte entre Don Pasquale et Malatesta est un des sommets du spectacle ! Le ténor américain Lawrence Brownlee est un Ernesto au timbre chaud et doux mais la voix est un peu petite et s’il excelle dans sa sérénade, il manque un peu d’impact dans ce tourbillon. Enfin, celle qui mène tout son monde et fait tourner tous ces hommes en bourriques, Norina, est interprétée, chantée et jouée avec une grâce et un abattage exceptionnels par la nouvelle coqueluche des sopranos légers, Nadine Sierra, très en verve et en voix, avec des aigus scintillants qui rayonnent au-dessus de l’orchestre. Pour son entrée à l’Opéra de Paris, Don Pasquale ne pouvait rêver mieux !

Alain Duault

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