Le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles présente sa saison 2021-2022

Xl_monnaie_2021_2022 © Théâtre royal de La Monnaie

Après des saisons 2019-2020 et 2020-2021 plutôt inhabituelles, on attend celle de 2021-2022 avec impatience, circonspection, mais aussi espoir : celui d’une réouverture des salles très attendue, qui paraît enfin se profiler, même timidement. Dans ce contexte compliqué, on ne s’étonne donc pas que les maisons lyriques aient préféré patienter avant leurs traditionnelles annonces de saison, et on se réjouit que le Théâtre royal de La Monnaie – qui a su s’adapter aux contraintes sanitaires et proposer divers spectacles en ligne – brise la glace en révélant les projets de la saison prochaine.

Celle-ci s’ouvrira en septembre avec la création du nouvel opéra de Kris Defoort, The Time of our singing, après un an d’attente puisque annoncé à l’origine pour le début de cette saison. Basé sur le roman éponyme de Richard Powers, l’œuvre « relate la vie d’une famille mixte que la musique unit et divise, sur fond de ségrégation dans les États-Unis d’après-guerre ». De plus, son caractère n’a pas perdu de son actualité, puisque « Black Lives Matter, violences policières, élections truquées... sont des thèmes qui n’ont pas quitté le devant de l’actualité au cours de l’année écoulée ». Comme prévu, Ted Huffman signera la mise en scène et Kwamé Ryan, la direction musicale. Le mois suivant, ce ne sera certes pas une autre création qui attend le public, mais un joyau méconnu proposé en version de concert : De Kinderen der Zee – magnum opus du compositeur Lodewijk Mortelmans injustement oublié. « Sa partition pleine de poésie liée à la nature conjugue le réalisme du romantisme tardif avec la technique wagnérienne du leitmotiv, unissant indissociablement mer et destin », sous la baguette d’Alain Altinoglu et portée par « d’excellents chanteurs néerlandophones ».

Novembre sera marqué par le retour de la Lulu imaginée par Krzysztof Warlikowski, créée en 2012, avec Barbara Hannigan qui « réalisait un tour de force » en interprétant le rôle-titre. Neuf ans après cette expérience qui marquait les esprits, l’équipe artistique est à nouveau réunie afin de « relever à nouveau le défi d’incarner cette femme insaisissable et fascinante ». Parmi les interprètes de la distribution, relevons notamment Natascha Petrinsky ou Nicky Spence qui ont déjà cotoyé le metteur en scène à Lyon en 2019, pour De la maison des morts.

Norma fermera l’année en décembre, dans une mise en scène signée par Christophe Coppens qui « montrera en quoi la double vie secrète de Norma, empreinte d’un amour profond et de jalousie, et sa lutte avec une société étriquée et oppressante ont une résonance très actuelle ». Pour ses premiers pas à la Monnaie, le chef d’orchestre Sesto Quatrini dirigera Davinia Rodriguez dans le rôle-titre, Enea Scala en Pollione, Michele Pertusi en Oroveso, ou encore Raffaella Lupinacci en Adalgisa. Un autre grand classique ouvrira 2022, Carmen, mais revisitée par Dmitri Tcherniakov. La production, créée à Aix-en-Provence en 2017, ne nous avait pas convaincus ainsi que l’expliquait alors Alain Duault. Dans ce jeu de rôle « tournant en dérision » l’opéra de Bizet, Stéphanie d’Oustrac reprendra le rôle-titre qu’elle partagera avec Eve-Maud Hubeaux, offrant ainsi deux Carmen superbes. Nous retrouverons également Michael Fabiano et Elsa Dreisig dans les rôles de Don José et de Micaëla qu’ils interprétaient aussi à Aix-en-Provence, et qu’ils partageront avec Andrea Carè et Anne-Catherine Gillet. Jean-Sébastien Bou sera Escamillo et Guillaume Andrieux, le Dancaïre.

Après une trilogie Mozart-Da Ponte en 2020, courant mars-avril 2022 laissera place à une autre trilogie, celle du Trittico de Puccini, mis en scène par Tobias Kratzer et dirigé par Alain Altinoglu. Parmi la distribution, citons Peter Kálmán, Corinne Winters, Adam Smith, Annunziata Vestri, Lianna Haroutounian, ou encore Tineke Van Ingelgem. Parallèlement en mars, La Monnaie proposera une coproduction soutenue par le réseau enoa, dont la création mondiale est prévue en septembre. Dans Zelle, Wenn es dunkel wird, « la jeune compositrice et cheffe d’orchestre Jamie Man, qui se chargera également de la mise en scène, et le librettiste Peter Stamm proposent une exploration des constellations de la voix humaine à travers un spectacle hybride inspiré du Nô japonais faisant la part belle à l’épure existentielle ».

Toujours dans la continuité de son engagement envers la création et l’art contemporain, la maison belge poursuivra l’aventure Is this the End? Après un premier volet très intéressant, ce second sera toujours porté par le trio gagnant Jean-Luc Fafchamps, Eric Brucher et Ingrid von Wantoch Rekowski. Le rendez-vous portera le nom de Here’s the Woman!, et se focalisera cette fois-ci « sur le personnage de la femme dont nous suivons le cheminement vers le plus haut amour, luttant pour s’extraire de ses derniers attachements terrestres. Du point de vue formel, le projet connaît une nouvelle évolution : après le film du premier volet, le spectateur est cette fois invité à suivre une performance "scénico-numérique et sonore" sous la forme d’un polyptyque vivant, diffractant le réel tel un tableau animé ».

Retour ensuite vers des rives plus connues avec la reprise du sublime Requiem de Mozart que nous avions vu à Aix-en-Provence en 2019, mis en scène par Roméo Castellucci et dirigé par Raphaël Pichon. L’occasion de retrouver également deux des noms de la distribution d’alors, Sara Mingardo et Luca Tittoto, rejoints par Sandrine Piau et Anicio Zorzi Giustiniani.

En mai, la saison se poursuivra avec un Parsifal en version concertante, dirigé par le maître musical des lieux, Alain Altinoglu. La distribution réunira Julian Hubbard (Parsifal), Andrew Schroeder (Amfortas) ou encore Elena Pankratova (Kundry). Enfin, pour clôturer la saison avec brio, La Monnaie programme à nouveau Les Huguenots dans la mise en scène d’Olivier Py, qui l’avait signée ici-même en 2011. Evelino Pidò sera au pupitre, face à un plateau réunissant Karine Deshayes, Enea Scala, Nicolas Cavallier, Ambroisine Bré, Alexandre Duhamel, Riccardo Fassi ou encore Patrick Bolleire. De quoi laisser présager des moments inoubliables.

La saison connaîtra naturellement de nombreux concerts, d’autant plus qu’elle marquera le 250e anniversaire de l’Orchestre symphonique de la Monnaie : sous la direction d’Alain Altinoglu, l’orchestre sera donc rejoint par de nombreux solistes, tels que Renaud Capuçon, Cédric Tiberghien ou Carlos Bruneel, mais aussi Anett Fritsch, Jodie Devos et Cyrille Dubois, Sally Matthews, Elsa Dreisig, ou Ian Bostridge, ce dernier étant accompagné au piano par Sir Antonio Pappano. Enfin, la série de récitals a elle aussi de quoi attirer, avec Georg Nigl, Franz-Josef Selig, Magdalena Kožena, Nicky Spence, Karine Deshayes, ou Véronique Gens.

L’ensemble de la programmation ainsi que davantage d’informations sont disponibles sur le site de La Monnaie de Bruxelles.

Elodie Martinez

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