Saison 2026-2027 de La Scala : répertoire classique, renouvellement artistique

Xl_teatro_alla_scala_de_milan_saison_2026_2027 © Saison 2026/27 de La Scala de Milan

La saison 2026/27 de La Scala de Milan composée par Fortunato Ortombina entend à la fois concilier l’héritage de l’institution milanaise et renouveler son offre artistique pour attirer un nouveau public : des œuvres de répertoires mais confiées à des équipes artistiques inédites à La Scala et des opéras rares, voire encore jamais donnés sur la scène milanaise. Tour d’horizon des temps forts de la saison 26/27 du Teatro alla Scala.

Fortunato Ortombina est officiellement surintendant de La Scala de Milan depuis septembre 2024, mais cette prochaine saison 2026-2027 est la première dont il signe pleinement la programmation. Et elle prend des allures de déclaration d’intention. Cette première saison entend respecter l’identité historique de La Scala mais aussi renouveler l’offre artistique de l’institution scaligère ; elle doit conforter les habitués de la salle milanaise, tout en attirant aussi un nouveau public ; elle promet d’assurer l’équilibre économique de l’établissement mais sans sacrifier ses ambitions artistiques. Comment tout concilier ? En programmant de grandes œuvres de répertoire (et notamment du répertoire italien indissociable du théâtre milanais), mais en y incluant aussi des ouvrages rarement donnés à Milan et en les confiant à des équipes artistiques renouvelées (voire rajeunies), qui ne s’étaient encore jamais produites à La Scala.

La saison 26/27 accueille ainsi treize productions d’opéra, notamment confiées à quatre (jeunes) nouveaux metteurs en scène et quatre (jeunes) nouveaux chefs d’orchestre. Et si les distributions de la saison sont peut-être un peu moins flamboyantes que les précédentes, elles font place à une nouvelle génération d’artistes qui débutent à La Scala – car selon Fortunato Ortombina, le rôle d’une maison d’opéra consiste précisément à chercher les chanteuses et chanteurs pour leur offrir une scène, et non à renoncer à des œuvres pendant des décennies faute d’artistes pour les interpréter. Tour d’horizon des temps forts de cette saison 26/27 de La Scala de Milan.

La saison 2026/27 de La Scala de Milan en un coup d' œil

  • Otello (Verdi), par Damiano Michieletto et Myung-Whun Chung
  • Les pêcheurs de perles (Bizet) par Arnaud Bernard et Henrik Nànàsi
  • Don Giovanni (Mozart), par Michael Levine et Thomas Guggeis 
  • La bohème (Puccini), par Franco Zeffirelli et Daniel Oren
  • Anna Bolena (Donizetti), par Chiara Muti  et Francesco Ivan Ciampa
  • The Rake's Progress (Stravinsky), par Kasper Holten et Riccardo Chailly
  • Macbeth (Verdi), par Barrie Kosky et Myung-whun Chung
  • Don Quichotte (Massenet), par Damiano Michieletto et Bertrand de Billy
  • Les puritains (Bellini), par Davide Livermore  et Fabio Luisi
  • Nixon in China (Adams), par Valentina Carrasco et Kent Nagano
  • Leonora (Paër), par Danièle Menghini et Roland Boer
  • Le barbier de Séville (Rossini) par Leo Muscato et Giulio Cilona
  • Didon et Enée (Purcell) par Marcos Morau et Gianluca Capuano

On l’avait noté, la saison 26/27 de La Scala s’ouvrira avec une nouvelle production d’Otello, mise en scène par Damiano Michieletto et dirigée par le nouveau directeur musical Myung-Whun Chung. Brian Jagde interprétera le rôle-titre aux côtés d’Eleonora Buratto et Luca Salsi. Fortunato Ortombina précise par ailleurs que pour la première fois à La Scala, le Maure de Venise n’aura pas le visage teint en noir. La tradition du « black face » est évidemment aujourd’hui très connotée et selon l’intendant du théâtre milanais, « si l'on lit bien Boito et Verdi, ça n'a guère d'importance : la puissance du personnage est telle qu'elle transcende la couleur de peau d’Othello ».

Des opéras rarement donnés à Milan

Pour sa première véritable saison comme surintendant, Fortunato Ortombina invite le public milanais à redécouvrir des œuvres qui n’avaient plus été données à La Scala depuis longtemps. Les Pêcheurs de perles, dont la dernière représentation milanaise remonte à 1948 (l’opéra de Bizet avait alors été donné en italien), marque ainsi son retour à Milan avec une nouvelle production confiée à une équipe artistique inédite à La Scala : la mise en scène sera signée par Arnaud Bernard dont le travail est régulièrement salué en Italie, et la direction musicale à Henrik Nànàsi pour accompagner la Leila d’Olga Peretyatko, le Nadir de Dmitry Korchak et le Zurga d’Igor Golovatenko, aux côtés de Nicolas Courjal en Nourabad.

Retour également des Puritains de Bellini, disparus de la scène milanaise depuis 1971. Un choix qui vise à « réaffirmer l’identité du théâtre milanais comme berceau de la tradition belcantiste » avec une nouvelle production de Davide Livermore. Le metteur en scène doit ainsi « redonner intensité dramatique et magnificence » à ce répertoire à La Scala. En fosse, le chef Fabio Luisi dirigera la phalange milanaise. On sait par ailleurs l’opéra de Bellini très difficile à distribuer : « après de longues recherches », c’est Galeano Salas qui a été choisi comme ténor pour relever le défi de la partition d’Arturo, alors qu’Adela Zaharia et Giorgi Manoshvili chanteront respectivement Elvira et Riccardo.

Anna Bolena, absent de la scène milanaise depuis presque dix ans, se dévoilera également au public milanais dans une nouvelle production confiée à la metteuse en scène Chiara Muti – après un Guillaume Tell mis en scène à La Scala en 2024 qui n’avait pas tout à fait convaincu la critique. Pour la première fois à La Scala mais déjà réputé dans le répertoire italien, c’est le chef Francesco Ivan Ciampa qui assurera la direction musicale de la production pour accompagner Vasilisa Berzhanskaya dans le rôle-titre (après avoir chanté avec succès Adalgisa en Norma la saison dernière), Roberto Tagliavini dans le rôle d’Henry VIII et Juan Diego Flórez en Lord Percy.

Pour la première fois à La Scala

Notons aussi le Don Quichotte de Massenet, encore jamais donné à La Scala. Le théâtre milanais reprend ici la mise en scène de Damiano Michieletto étrennée à Paris, et qui évoque trois époques de la vie du héros éponyme aux trois actes de l’ouvrage. En fosse, Bertrand De Billy accompagnera Alex Esposito dans le rôle-titre face à la Dulcinée de Gaëlle Arquez, au Sancho de Giulio Mastrototaro ou Emy Gazeilles en Pédro.

Nixon in China entre aussi au répertoire de La Scala (et avec l’opéra de John Adams, « tout un pan du répertoire lyrique nord-américain »), quarante ans après sa création et là aussi dans une production empruntée à l’Opéra de Paris – celle de la metteuse en scène Valentina Carrasco, dont la lecture ne nous avait pas totalement convaincue, même si la critique dans son ensemble en saluait l’élégance. Comme à Paris, la distribution réunit Thomas Hampson et Renée Fleming dans les rôles de Richard Nixon et son épouse Pat. À Milan, ils seront accompagnés en fosse par Kent Nagano

À sa façon, La Scala participera aussi aux commémorations du bicentenaire de la mort de Beethoven en donnant Leonora ossia l’amor coniugale de Ferdinando Paër. Cet opéra rare, très peu donné sur scène, repose sur un livret inspiré de la pièce de Jean-Nicolas Bouilly, qui aurait également inspiré son Fidelio à Beethoven – Leonora a été créé à Dresde en 1804 et l’année suivante, Beethoven signait Fidelio à Vienne sur un livret similaire. À Milan, l’ouvrage sera confié aux jeunes interprètes de l’Académie de La Scala, dans une mise en scène du jeune Daniele Menghini qui fait là ses débuts scaligères.

L’héritage scaligère 

Enfin, Fortunato Ortombina entend aussi se montrer fidèle à l’héritage de La Scala et sa programmation comprend également les grandes œuvres lyriques appréciées du public milanais – à commencer par le répertoire italien.

Comme un symbole, La Scala reprend par exemple l’emblématique Bohème mise en scène par Franco Zeffirelli, « peut-être pour la dernière fois ». Elle marquera néanmoins le retour de Daniel Oren à La Scala, grand connaisseur du répertoire puccinien. Et pour renouveler l’expérience, les rôles de Mimi et Rodolfo sont confiés à Carolina López Moreno et Stefan Pop pour leurs débuts milanais. Même stratégie de programmation avec Macbeth : La Scala importe la production zurichoise (saluée) de Barrie Kosky pour ses débuts milanais, le directeur musical Myung-Whun Chung qu’on sait féru des partitions verdiennes se réserve la fosse, et sur scène la jeune Anastasia Bartoli fera ses débuts scaligères en Lady Macbeth, aux côté de Luca Salsi dans le rôle-titre et René Pape en Banco. Enfin, La Scala reprend aussi sa production du Le Barbier de Séville mise en scène par Leo Muscato, étrennée en 2021 et qui transpose l’action dans les coulisses d’un théâtre. Le jeune chef de la Deutsche Oper Berlin, Giulio Cilona, dirigera là son premier opéra à La Scala pour accompagner une distribution notamment issue de l’Académie de La Scala – notamment Mara Gaudenzi en Rosina.

La saison se complète enfin avec deux nouvelles productions. D’abord de The Rake's Progress de Stravinsky, confiée à Kasper Holten. L’héritage est dans la fosse : l’ancien directeur musical de La Scala, Riccardo Chailly, est de retour à Milan à la tête de la phalange scaligère pour diriger une partition qu’il avait déjà dirigée en 1979 pour ses débuts à Milan. Sur scène, Thomas Atkins et Rebecca Nelsen endossent les rôles principaux pour leurs premiers pas à La Scala, aux côtés notamment d’Alex Esposito dans le rôle de Nick Shadow. La saison s’achèvera enfin avec Didon et Énée de Purcell dans une nouvelle production de Marcos Morau, pour sa première mise en scène milanaise. Le pupitre est ici confié au chef Gianluca Capuano, pour accompagner Emily D'Angelo en Didon et Alessio Arduini dans le rôle d’Enée, ou encore Carlo Vistoli dans le rôle de la Sorcière.

La Scala promet une saison éclectique, entre tradition et renouvellement, portée par des équipes artistiques tantôt bien connues du public milanais, tantôt faisant leurs premiers pas sur la scène scaligère. On en trouve tout le détail sur le site de La Scala

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