Décès de Christiane Eda-Pierre, immense voix et pédagogue du XXe siècle

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La soprano Christiane Eda-Pierre, qui fut parmi les toutes premières cantatrices noires à s’imposer sur les scènes internationales aux côtés de Barbara Hendricks, Maria Anderson ou de Léontyne Price, s’est éteinte ce dimanche à l’âge de 88 ans, dans sa maison des Deux-Sèvres dans le Centre-Ouest de la France.

Elle naît dans un milieu d'artistes le 24 mars 1932 à Fort-de-France en Martinique, d'Alice Nardal et de William Eda-Pierre. La première est professeure de musique, le second est journaliste au Courrier des Antilles, tandis que sa tante n’est autre que Paulette Nardal, femme de lettres, journaliste martiniquaise, et militante de la cause noire. Elle est notamment la première femme noire à étudier à la Sorbonne, et la fondatrice de "La Revue du Monde Noir". Quant à ses grands-parents, ils sont d’une part pianiste et flûtiste pour le grand-père, et d’autre part organiste pour la grand-mère.

Baignant dans cette atmosphère culturelle et artistique, c’est naturellement que Christiane Eda-Pierre apprend très jeune le piano aux côtés de sa mère, avant de finalement l’étudier à l'École normale de musique de Paris à ses 17 ans. Elle finit par basculer dans le chant lyrique et entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où elle suit notamment des cours auprès du baryton Louis Noguera. Elle en sortira en 1957 avec le premier prix de chant, le premier prix d'opéra et le premier prix d'opéra comique.

L’année suivante, elle fait ses débuts à Nice, dans le rôle de Léïla dans Les Pêcheurs de perles, avant d’incarner Papagena (La Flûte enchantée) au Festival d’Aix-en-Provence un an plus tard. Elle intègre ensuite la troupe de l'Opéra-Comique en 1960, et y multiplie les apparitions notamment dans Lakmé, Les Contes d'Hoffmann, Le Barbier de Séville, Lucia di Lammermoor, avant de se produire à l’Opéra de Paris dès 1962, où elle fait ses premiers pas dans Les Indes galantes de Rameau.

En 1966, elle part à la conquête des scènes internationales en commençant par Londres, avec L'enfant et les Sortilèges, ou encore Chicago, où elle reprend le rôle de Léïla. Suivront également Wexford, Lisbonne, Vienne, Salzbourg, ou New-York où elle fut ovationnée au Metropolitan Opera. En 1976, elle retrouve même Luciano Pavarotti à Central Park pour un Rigoletto devant pas moins de 250 000 spectateurs. Le triomphe ne cesse d’ailleurs d’être au rendez-vous durant son impressionnante carrière, tant à l’international qu’au niveau national, comme lorsqu’elle interprète le rôle d'Antonia dans la production des Les Contes d'Hoffmann signée par Patrice Chéreau. Elle se montre très présente sur la scène parisienne de 1973 à 1984, y chantant Wagner comme Mozart.

C’est toutefois l'année 1983 qui marque un point important dans sa carrière, puisqu’elle incarne cette année-là l'Ange pour la création de l'opéra Saint François d'Assise, un rôle écrit pour elle par Olivier Messiaen qui alla lui-même chercher les tissus de son costume avec Yvette Loriot, au marché Saint-Pierre à Paris. Christiane Eda-Pierre gardera un souvenir précieux de cette aventure.

Deux ans plus tard, elle fait ses adieux à la scène dans La Clémence de Titus, mais elle n'abandonne pas pour autant l'enseignement qu’elle a débuté en 1977, et qu’elle poursuit donc jusqu’en 1997 au CNSM de Paris, puis à la Schola Cantorum, sans oublier les nombreuses masterclasses qu’elle donne à travers le monde.

C’est donc non seulement une des plus grandes voix du XXe siècle qui s’est éteinte hier, mais aussi une immense pédagogue qui fut faite, le 3 janvier 2008, Chevalier de la Légion d’Honneur.

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