Une saison 2026-2027 prometteuse à l'Opéra de Lyon

Xl_op_ra_lyon_2026_2027 © Opéra de Lyon

Fort d’un bilan positif, l’Opéra de Lyon promet une saison 2026/27 savoureuse, faite de raretés et de productions inédites. L’institution lyonnaise étoffe en outre significativement son festival en 2027. Tour d’horizon des temps forts. 

Comme à son habitude, l'Opéra de Lyon profite de son festival annuel – dont nous rendrons bientôt compte – pour annoncer sa prochaine saison. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la saison 2026-2027 s'avère particulièrement alléchante, avec force d'œuvres rares, méconnues, ou absentes de la scène lyonnaise depuis longtemps, le tout pour une année placée sous le signe de la joie et de la métamorphose.

Un bilan positif

Avant d'ouvrir les festivités, Richard Brunel rappelle que sa maison est le premier employeur culturel de la région avec 370 postes permanents et plus de 880 intermittents du spectacles, offrant 366 levers de rideau (dans ses murs mais aussi en-dehors).

Non sans humour, il « contredit Timothée Chalamet » (en référence à sa déclaration malheureuse sur la disparition programmée de l'opéra et du ballet, ayant enflammé les réseaux sociaux) en affichant un taux de fréquentation de 92% pour un total de plus de 305 000 spectateurs / visiteurs. Parmi eux, 29% ont moins de 29 ans, et 30% sont des nouveaux venus. Enfin, l'Opéra de Lyon touche quelque 13 millions de personnes via l'ensemble des canaux numériques (incluant les réseaux sociaux). Donc effectivement : l'opéra et le ballet intéressent encore du monde !

Par ailleurs, cette conférence de presse était aussi l'occasion d'annoncer que la maison lyonnaise accueillera en avril 2027 Opera Europa pour un rendez-vous se désirant vivant, ouvert, où le public sera invité pour découvrir les échanges proposés aux côtés des professionnels.

Un point a également été fait concernant le siège vacant de directeur musical. En effet, depuis la nomination de Daniele Rustioni au Metropolitan Opera, ce dernier occupe la place de directeur musical émérite, mais aucun successeur n'a été nommé. Les discussions à ce sujet sont toujours en cours, et des rencontres sont organisées depuis la saison dernière. Affaire à suivre.

Quatre nouvelles productions et une reprise

La saison débutera en octobre avec une production « pleine de vitamines C » puisqu'il s'agira de L'Amour des trois oranges de Prokofiev, en coproduction avec l'Opéra royal du Danemark, l'Opéra-Comique et l'Opéra national du Rhin. Laurent Pelly, grand habitué des lieux, sera en charge de cette nouvelle mise en scène lyonnaise, après celle de Louis Enlo, créée en 1988, puis reprise dans les année 1990. Pour diriger cette farce surréaliste donnée dans sa version française, la maison a choisi Dmitry Matvienko. Sur scène, Lucie Roche incarnera la Princesse Clarisse, Linard Vrielink, le Prince, Marc Mauillon, Pantalon, et Gabrielle Philiponet sera Fata Morgana (après avoir remplacé Elsa Dreisig lors de la Première de Louise en janvier dernier). La production permettra également de découvrir la plupart des nouveaux solistes du Studio de l'Opéra, dont les cinq retenus sont issus des quelque mille candidatures reçues.

Pour les Fêtes de fin d'année, place à La Fille de Madame Angot, qu'il a déjà été possible de voir dans l'une des maisons coproductrice comme à Nice en 2024. La mise en scène de Richard Brunel transpose l'action en mai 68, avec une Clairette étudiante, ainsi que nous en rendions compte. Hélène Guilmette reprendra son rôle de Clairette et Matthieu Lécroart celui de Larivaudière face à la Mademoiselle Lange de Déborah Salazar (issue du Studio) ou au Pomponnet de Pierre Derhet dont nous relevions le sens comique et le timbre solaire dans Le Voyage dans la lune à Montpellier.

Une véritable rareté sera à l'affiche en mai : la Nuit de mai de Rimski-Korsakov, qui sera ici mise en scène pour la première fois en France. Après avoir marqué les lyonnais dernièrement avec son Peter Grimes, Christof Loy aura la charge de cette œuvre entre réalisme et fantastique dans un village ukrainien. Sous la baguette de Timur Zangiev, Bogdan Volkov incarnera Levko et Ante Jerkunica, le maire. Après les avoir déjà entendus tous les deux dans une autre œuvre du compositeur, Le conte du Tsar Saltan, on ne peut que se réjouir de les retrouver à cette occasion, rejoints par Olga Kulchynka.

Olympe la rebelle d'Isabelle Aboulker clôturera la saison le même mois au Théâtre Nouvelle Génération, dans une mise en scène de la nouvelle directrice des lieux, Odile Grosset-Grange. Le spectacle, porté par la Maîtrise de l'Opéra de Lyon, nous plongera dans une salle de classe où le professeur souhaitera donner vie à la pièce rendant hommage à Olympe de Gouges. La maison lyrique profitera de cette occasion pour développer son projet d'action culturelle en s'ouvrant à des collégiens en plus de sa Maîtrise.

Outre toutes ces œuvres, une reprise s’ajoutera à la programmation : le Peer Gynt imaginé par Angélique Clairand en 2022 comme une sorte d’adolescent hikikomoris reviendra en janvier, sous la baguette de Bassem Akiki. Jérémy Lopez (sociétaire de la Comédie Française) reprendra le rôle-titre face à ses compères et consœurs de l’époque : Martine Schambacher et Jean-Philippe Salerio, mais aussi Déborah Salazar.

Festival 2027 : première version d'une forme amplifiée

Depuis 20 ans, le festival de l'Opéra de Lyon donne rendez-vous au public autour de trois titres, le plus souvent importants et mis en scène. En 2027, la maison souhaite amorcer un nouveau tournant en mettant au cœur de ce rendez-vous emblématique la voix sous toutes ses dimensions : opéra, théâtre musical, performances, installations... Pour cela, il compte sur plusieurs collaborations avec le TNP (Théâtre National Populaire), le Théâtre Nouvelle Génération, mais aussi le Théâtre des Célestins ou encore la Villa Gillet. L'Opéra espère à terme étendre ces partenariats à un maximum de théâtres, mais aussi au Conservatoire ou encore dans les lieux amateurs afin, tout simplement, « que partout la ville chante ».

Outre la multiplication de collaborateurs, l'opéra souhaite aussi « amplifier » son festival en ne le restreignant plus à trois titres : en 2027, il en comptera cinq.

Le premier est Salome de Strauss, qui n'a pas été jouée à Lyon depuis 50 ans. Constantin Trinks dirigera la fosse et Calixto Bieito signera cette nouvelle production qui s'évertuera à défaire le cliché de la femme fatale. La scène réunira un trio de grands straussiens : Lindsay Ammann (Hérodiade), Ambur Braid (Salomé) et Josef Wagner (Iokanaan) aux côtés de Peter Hoare (Hérode), déjà entendu in loco dans Lessons in Love and Violence en 2019, ou encore William Morgan (Nanaboth).

Après sa Fanciulla del West en 2024, Tatjana Gürbaca – que l'on attend pour Le Couronnement de Poppée en juin – mettra en scène Lucrèce Borgia de Donizetti, encore jamais donnée à Lyon. Les pyrotechnies de Lidia Fridman devraient faire des étincelles dans le rôle-titre face au Maffio Orsini d'Ekaterine Buachidze (qui a récemment raflé plusieurs prix, dont le Concours Operalia 2025) ou à l'Alfonso d'Este de Giorgi Manoshvili.

Le Voyage d'hiver de Schubert sera proposé dans une mise en scène de Deborah Warner – connue du public lyonnais pour son Messie et nouvelle directrice artistique de l’Armory de Park Avenue – et servie par Ian Bostridge, travaillant ce cycle depuis des dizaines d'années, ainsi que Julius Drake (au piano).

Les Célestins ouvriront leurs portes aux Chiens de Lorraine de Sagazan, signant aussi la mise en scène de ce théâtre musical. Inspirée de l'affaire French Bukkake (le site pornographique qui diffusait des viols de femmes), l'œuvre a récemment été proposée aux Bouffes du Nord et emploie la musique comme une forme d'interpellation.

Enfin, Zylan ne chantera plus, déjà donné en 2021, sera repris dans le camion-opera, allant à la rencontre du public. Benoît Rameau reprendra son rôle de chanteur homosexuel arrêté, incarcéré, puis disparu.

Musique de chambre, récitals et rendez-vous divers

L’Opéra de Lyon proposera également de nombreux rendez-vous en plus de ses productions lyriques. Parmi ceux-ci, son ballet brillera dans une programmation riche comptant notamment l’entrée à son répertoire du Sacre du printemps accompagnée par l’orchestre de la maison. Une dizaine de concerts s’ajoutera également, incluant quatre rendez-vous pianistiques, mais aussi la Résurrection de Mahler avec Rosalia Cid et Kai Rüütel-PajulaAnge marquant dans l’Elias de 2023-2024 –, un concert « Mahler Schumann » avec Stéphane Degout, ou encore les récitals de Clémentine Margaine en octobre, d’Ivan Ayon-Rivas en juin, et ceux des solistes du Lyon Opera Studio tout au cours de la saison. Notons également les adieux de Daniele Rustioni avec la Neuvième Symphonie de Mahler le 24 juin.

Enfin, plusieurs spectacles seront proposés pour les plus jeunes, comme Les Intempéries de Sami dès quatre ans, Le Roi qui n’aimait pas la musique dès cinq ans, Bazar Circus dès six ans, Le Roi des ours dès sept ans, La Lampe d’après Aladdin dès huit ans et bien d’autres.

La saison 2026-2027 s’annonce donc fort prometteuse malgré une fin plus tôt que de coutume (en mai et non en juin ou juillet) avec de nombreux rendez-vous, la possible nomination d’un successeur à Daniele Rustioni et un festival augmenté. Un vent nouveau soufflerait-il dans la capitale des Gaules ?

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