Une saison 2020-2021 qui multiplie les attraits à Montpellier

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L’Opéra Orchestre de Montpellier vient à son tour d’annoncer officiellement sa saison 2020-2021, remaniée bien sûr, suite à la crise sanitaire que l’on connaît. Le résultat est dense, riche, et extrêmement attractif afin d'encourager le retour du public dans sa salle. Mieux que cela, l’opéra se saisit de l’occasion pour parier sur un élargissement du public – qui s’est montré très présent sur les réseaux sociaux – et sur la curiosité des plus jeunes. Ainsi, afin d’une part d'encourager un public qui pourrait se montrer frileux face à un futur imprévisible, et d’autre part de rester flexible sur la forme des spectacles proposés dans ce contexte encore incertain pour la rentrée, l’Opéra de Montpellier frappe fort avec un tarif unique de 10 euros jusqu’à fin 2020 ! Suivra la possibilité d’un abonnement, y compris illimité et libre, jusqu’à la fin de saison. Une saison qui, de plus, se montre attractive par sa programmation riche, variée – avec de nombreuses passerelles vers les musiques du monde ou plus modernes – et aux promesses alléchantes.

D’un point de vue purement lyrique, la saison ne s’ouvrira malheureusement pas par l’Aida initialement prévue, dans une mise en scène assez politique, car la production est reportée. Ce sera donc à une œuvre un peu plus légère, mais non moins populaire, d’ouvrir les festivités 2020-2021 : Le Barbier de Séville. La mise en scène est confiée à un jeune metteur en scène, Rafael R. Villalobos, un « petit Almodóvar » selon les mots de Valérie Chevalier, qui proposera un travail « complètement décalé ». Celui-ci rappellera apparemment aussi Les Bonnes de Jean Genet, et montrera, « à l'exemple de la transition démocratique espagnole, comment les personnages de Beaumarchais s'adaptent aux changements sociétaux ». Il réalisera « le focus sur Berta, un contre-ténor-maîtresse des cérémonies, archétype du serviteur pauvre, marginal, mais au charisme de star ». En effet, c’est à Ray Chenez que reviendra le rôle de Berta, tandis que Paolo Bordogna reprendra le rôle de Figaro qu’il connaît déjà, que Philippe Talbot sera Almaviva, et que Philippe Estèpherencontré dernièrement – sera Fiorello. Enfin, les annulations de l’Opéra de Paris permettront d’entendre Adèle Charvet, montpelliéraine, en Rosine. Une distribution qui devrait donc débuter l’année sous les meilleurs auspices.

En novembre, Le Journal d’un disparu de Leoš Janáček imaginé par Ivo van Hove, que nous avions vu lors de son passage à Lyon, poursuivra sa tournée en faisant halte à l’Opéra Comédie. Peter Gijsbertsen et Marie Hamard tiendront à nouveau les rôles du héro et de la tzigane dans cet opéra miniature relatant en 22 chants comment un jeune homme tombe amoureux d’une tzigane et comment, par amour pour elle, il accepte de quitter son village et de renoncer à ses racines, même si le travail du metteur en scène nous mène dans un contexte un peu différent.

La production de fin d’année sera festive, comme de coutume, et proposera une œuvre offenbachienne : Le Voyage dans la Lune. Cette coproduction, réunissant un peu plus de 15 maisons, a fait l’objet d’un concours remporté par Olivier Fredj qui signera donc la mise en scène. Pierre Dumoussaud sera à la baguette tandis que le plateau proposera une double distribution principalement francophone : Jennifer Michel et Ludivine Gombert pour Flamma/Adja, Marie Lenormand et Cécile Galois pour Popotte, Marie Perbost et Violette Polchi pour Caprice, Enguerrand de Hys et Pierre Derhet pour Quipasseparla, ou bien Sheva Tehoval qui passera de Fantasio ici-même en 2018-2019 à Fantasia partagée avec Jeanne Crousaud.

Plus tard en janvier, nous sommes heureux de voir que Valérie Chevalier est parvenu à reprogrammer le Falstaff imaginé par David Hermann qui avait été coupé dans son élan en mars dernier, juste après sa Générale, avec un plateau quasi identique. Bruno Taddia offrira un Falstaff de premier ordre aux côtés de Gezim Myshketa (Ford), Oleksiy Palchykov (Fenton), Katherine Broderick (Mrs Alice Ford), ou encore Julie Pasturaud (Meg Page) et Eric Huchet (Bardolfo). Si la production était déjà attendue cette saison, elle devrait l’être d’autant plus la saison prochaine après ce « rendez-vous manqué ».

Place ensuite en avril aux rares Scènes du Faust de Goethe de Schumann. Si cet opéra ou théâtre imaginaire est musicalement rempli de tendresse et se trouve unique dans la vie du compositeur, la mise en scène n’est pas forcément aisée. La maison s’est tournée vers Julian Rosefeldt, y compris pour le concept visuel, et Michael Schønwandt pour la direction musicale. Les interprètes se verront confier plusieurs rôles, comme Brian Mulligan, à la fois Faust et Docteur Marianus, ou Eleonor Lyons, Gretch et Eine Poenitendium, ou encore Ilker Arcayurek, Ariel, Pater Ecstaticus et Pater Seraphicus.

« En mai, fais ce qu’il te plaît » avec non pas une mais deux productions. La première a reçu le Prix Fedora et marquera la première française de l’œuvre Denis et Katya de Philip Venables, dans une traduction française afin de rendre la pièce plus accessible. Il s’agit ici de l’histoire vraie de deux jeunes filles russes qui se sont données la mort en direct sur les réseaux sociaux, engendrant des commentaires parfois inimaginables au regard d'un tel acte. L’opéra explique notamment les limites des réseaux sociaux et devrait avoir un écho particulier auprès du jeune public. La mise en scène sera confiée à Ted Huffman, qui nous avait d’ailleurs confié son goût pour les créations contemporaines. Enfin, Werther clôturera la saison dans la mise en scène magnifiquement réussie de Bruno Ravella que nous avions vue à Nancy en 2018. Si la nouvelle production nancéenne avait été l’occasion d’une prise de rôle très attendue et superbement réussie pour Stéphanie d’Oustrac en Charlotte, cette reprise montpelliéraine offrira un attrait similaire puisque le même rôle sera également l’occasion d’une prise de rôle pour Marie-Nicole Lemieux. On ne peut donc que se réjouir d’avance ! Mario Chang (lauréat du Concours Operalia 2014) tiendra le rôle-titre, Jérôme Boutillier celui d’Albert, Julien Véronèse celui du Bailli, et Pauline Texier celui de Sophie.

Outre ces productions attrayantes, la saison offrira son lot de concerts symphoniques, qui mettront les femmes en avant, entre compositrices et artistes, sans que l’anniversaire de Beethoven ne soit oublié pour autant –comme c’est par exemple le cas pour la soirée « L’Empereur » où il côtoiera Lili Boulanger. A ces concerts se mêleront parfois des voix, comme pour « Passions » où nous pourrons entendre la soprano Elza van den Heever le 27 novembre, le « Concert Berlioz » pour lequel seront réunis sous la baguette de Laurence Equilbey Patrizia Ciofi, Cyrille Dubois, Jérôme Boutillier et Yoann Dubruque. Angélique Boudeville participera de son côté aux « Nuits d’été » le 27 mars. Côté baroque, nous retrouverons Jakub Józef Orliński, Emőke Baráth, Klára Kolonits (pour une découverte de la Hongrie lyrique), ou encore Philippe Jaroussky qui fera le 25 mai ses premiers pas à la direction musicale.

Enfin, tout un programme « Concerts partage » attend également le public, entre ciné-concerts, concert patrimoine, escape game, concert de lauréats, concerts en famille, des « parties » ou encore l’Opéra Junior qui fêtera ses 30 ans avec « Voix d’Anges » ou la création mondiale de Climate de Russell Hepplewhite dont le sujet sur le climat et le développement durable est une des grandes préoccupations de la jeunesse.

L’Opéra de Montpellier a donc pris le temps de concocter avec art et goût une saison réfléchie, plus que jamais accessible et dans une belle écoute du public et des récents événements. Une adaptation qui, si elle n’est pas nouvelle, est particulièrement notable durant cette période. On peut dire que la maison montpelliéraine sait donner envie et l’on ne peut que se hâter de voir arriver cette saison pleine de belles promesses.

Plus d'informations sont disponibles sur le site officiel de l'Opéra Orchestre de Montpellier.

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