Saison 2020-2021 : les adieux vitaminés de Laurent Joyeux à l’Opéra de Dijon

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De l’ère Laurent Joyeux, directeur général et artistique de l’Opéra de Dijon depuis 2008, on retiendra sans hésitation l’accession de l’institution bourguignonne à la dénomination « Théâtre Lyrique d’Intérêt National » en 2017, la voltige artistique d’une programmation créant l’événement tant avec des créations mondiales ou françaises qu'en dénichant des pépites méconnues des XVIe et XVIIe siècles, ou l’exigeante audace des équipes artistiques sélectionnées pour représenter le grand répertoire. Après les crimes et châtiments en 2019-2020, sa prochaine saison (et dernière – puisque son mandat n'a pas été renouvelé par les autorités locales. Aucun appel d'offre n'a encore été lancé à ce jour) célébrera la souveraineté de la voix comme arme magique, étendard de représentation ou constat d’individualité. L’arsenal malin concocté s’appuie sur le dynamisme de ses artistes en résidence et sur les atouts de coproductions constructives.

L’ancien directeur adjoint de l’Opéra de Dijon, Matthieu Dussouillez, ayant pris la tête de l’Opéra national de Lorraine il y a quelques mois, les collaborations lyriques entre la capitale bourguignonne et Nancy font des étincelles. La saison s’ouvrira avec la coproduction du rare Görge le Rêveur, d’Alexander von Zemlinsky. Dans un malheureux agenda des circonstances, le commanditaire Gustav Mahler quitta l’Opéra de Vienne la même année que la livraison de l’œuvre, destinant celle-ci aux rayonnages d’archives jusqu’à ce que la création posthume s’effectue à Nuremberg en 1980. Le personnage de Görge découvre l’injustice dans un monde en pleine révolution industrielle, ce qui électrise son imagination et son goût de la lecture. La lutte ouvrière passe ainsi par la résistance créative. Le metteur en scène Laurent Delvert fera le trait d’union entre les deux faces d’un monde changeant. La distribution réunira Peter Wedd, Helena Juntunen, Piotr Lempa, Jochen Kupfer, Alex Sprague et Wieland Satter, sous la baguette de Marta Gardolińska.

L’alliance entre Nancy et Dijon sera partagée avec le Théâtre de Caen et l’Opéra Royal de Versailles pour ressusciter Le Palais enchanté, premier opéra de Luigi Rossi, resté inanimé depuis 1642. Dans le labyrinthe du mage Atlante, des jeunes gens énamourés cherchent leur partenaire sur fond de guerre de religion, d’apparition de monstres marins et d’interventions salvatrices d’hippogriffes. Des chœurs bien fournis (le Chœur de chambre de Namur viendra gonfler les effectifs bourguignons) et vingt-quatre solistes sont nécessaires à cette adaptation du Roland furieux de L’Arioste. On retrouvera le délicieux ensemble Cappella Mediterranea avec son chef Leonardo García Alarcón et une équipe regroupant plusieurs responsables du triomphe de La Finta Pazza de Sacrati, l’année dernière (Mariana Flores, Kacper Szelążek, Valerio Contaldo, Julie Roset), rejoints par Victor Sicard, Arianna Vendittelli, Mark Milhofer, Lucía Martín-Cartón, Grigory Soloviov, Fabio Trümpy ou Deanna Breiwick. En plus de cette lecture scénique par Fabrice Murgia, l’ensemble instrumental et quelques chanteurs réapparaîtront dans un concert Bach et Colonna avec Edwin Crossley-Mercer, dans une Passion selon saint Matthieu avec Ana Quintans, Marianne Beate Kielland, Andreas Wolf et Thomas Bauer, et au cours d’une soirée napolitaine et sicilienne en cinq actes.

Autre travail d'équipe national, avec l'incontournable Tosca, dans la vision de David Bobée, que l'Opéra de Rouen Normandie étrennera dans quelques semaines, puis de passage au Théâtre de Caen. Sunyoung Seo et Dario Solari, Cio-Cio San et Sharpless assurément remarqués dans la Butterfly nancéienne en fin de saison dernière, reviennent au répertoire puccinien respectivement dans le rôle-titre et en Scarpia, tandis que Mykhailo Malafii chantera les atermoiements de Cavaradossi, à la vue du chef Roberto Rizzi Brignoli.

Dans la thématique des retours et de la longévité, le cycle Janáček initié avec Kátia Kabanová en janvier 2015 puis poursuivi avec Jenůfa en 2018, sera conclu par L’Affaire Makropoulos, toujours avec les secrets de fabrication des Czech Virtuosi, venant tout droit de Brno sous la houlette de Štefan Veselka. Sabine Hogrefe et Katerina Hebelkova, qui avaient fait forte impression dans l’univers du compositeur l’année dernière, seront de retour à l’Auditorium. Martin Bárta avait tenu son rôle à l’Opéra national du Rhin en 2016. Ne restent que Corby Welch, Michael Gniffke et Alexander Geller pour confirmer l’excellence du plateau, dont les mouvements seront gérés par Philipp Himmelmann, très bon pourvoyeur de Kátia Kabanová à Nancy il y a deux ans.

Point d'orgue, nouvel opéra de Thierry Escaich (musique) et Olivier Py (livret et mise en scène) qui figure parmi les finalistes FEDORA des productions lyriques européennes innovantes, fera escale à Dijon après sa création au Théâtre des Champs-Élysées et avant sa présentation au New York City Opera. Il sera le pendant masculin de La Voix humaine de Poulenc (elle-même commençant la soirée avec Patricia Petibon au bout du fil), et fera entendre les mots de Lui (Jean-Sébastien Bou) et de L'Autre (Cyrille Dubois). La part de mystère de l'œuvre de Cocteau sera-t-elle amplifiée ou expliquée par ce nouveau tronçon ? On sera en tout cas heureux d'entendre l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg dans ce répertoire, qui plus est avec Jérémie Rhorer aux commandes.

Et que serait une saison sur l'ensorcellement de la voix sans La Flûte enchantée ? Il s'agira d'une version de concert, lors du Festival Lumières d'Europe, avec l'ensemble instrumental polonais {OH!} Orkiestra Historyczna, respectueux de reconstitution sonore historique, et dirigé par Andreas Staier, claviériste en résidence à l'Opéra de Dijon. La Pamina de Sophie Karthäuser s'initiera avec le Tamino de Julien Prégardien, qui trouvera la lumière avec le Papageno de Rafael FingerlosMarlène Assayag en Reine de la Nuit, Mark Omvlee en Monostatos (comme à l’Opéra de Limoges il y a trois ans) en plus, et le tour sera joué !

Un soupçon de lieder de Mozart et chants de Haydn (la soprano Núria Rial et le pianiste Andreas Staier), un concert du Nouvel An méditerranéen (Karine Deshayes, Pierre Bleuse et l’Orchestre Dijon Bourgogne), une atmosphère feutrée (Natalie Dessay et Philippe Cassard), l'élan de la jeunesse (Jakub Józef Orliński et Michał Biel), Le Voyage d'hiver de Schubert (Thomas Bauer et Jos van Immerseel au pianoforte) et les mélodies françaises (Véronique Gens et Susan Manoff) incarneront la richesse des récitals.

Les chœurs seront bien mis à contribution l'année prochaine dans des œuvres peu communes : le Chœur philharmonique d’Ekaterinbourg a cappella dans Les Vêpres de Rachmaninov, et bien sûr la phalange maison, dans la Messe en Ré de Dvořák et un programme tchèque et hongrois (« Scènes de village »). Emmanuelle Haïm aura droit à une soirée Rameau et Haendel avec son Concert d'Astrée, et Les Traversées Baroques interprèteront Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi avec leur chef Étienne Meyer.

Outre ses tarifs attractifs (à l'unité, de 5,50€ pour les étudiants disposant d'une Carte Culture, jusqu'à 65€), l'Opéra de Dijon fait venir les publics éloignés géographiquement grâce au projet « Opéra à votre porte » (déplacement en car aller-retour depuis la commune d'origine et explications contextuelles pendant le trajet) et proposeront des générales scolaires pour trois productions, en version intégrale. Les familles ont de quoi se réjouir : spectacles jeune public (Le Petit Chaperon rouge de Georges Aperghis mis en scène par Charlotte Nessi et chorégraphié par Dominique BoivinLe Bain de Gaëlle Bourges, avec une création musicale de Stéphane Monteiro autour de la représentation des ablutions dans le monde de l'art), un projet participatif impliquant un chœur amateur d'enfants (L’Épopée de Gilgameš, de Brice Pauset et Céline Steiner), la médiation en s'amusant (les « après-midi à l'Opéra »,) ou la prise en charge des enfants pendant le spectacle (les « ateliers enfants »), il y en aura pour tous les goûts ! Et avec près d'un quart du public ayant moins de 26 ans, la relève est bel et bien là.

Thibault Vicq

Places en vente en ligne dès le 2 juin 2020 pour les abonnements, et à partir du 16 juin à l'unité 

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