David Lescot signe une Flûte enchantée post-apocalypse à l'Opéra de Limoges

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Trois ans après une Finta Giardinera très réussie à l’Opéra de Lille, le metteur en scène français David Lescot retourne à Mozart, avec son ultime chef d’œuvre cette fois – La Flûte enchantée – qu’il situe dans un univers post-apocalyptique, à l’instar des propositions scéniques de Mariame Clément à Strasbourg il y a quelques années ou de David Hermnan à Anvers la saison dernière. Après une ouverture pendant laquelle une vidéo nous raconte la vie de famille idyllique (mais bientôt plus…) entre La Reine de la Nuit et Sarastro, qui donnent naissance à Pamina (mais aussi Papageno !), l’acte I s’ouvre sur une terre de désolation, asséchée et rendue stérile par une catastrophe nucléaire... et peuplée désormais par des créatures fantasmagoriques (photo). C’est là que sévissent la Reine de la Nuit et ses Trois Dames peroxydées, toutes entières vêtue de cuir rouge. A l’acte deux, le gourou Sarastro règne lui sur un peuple apeuré qui a trouvé refuge dans un centre commercial sous-terrain et en ruines… Bref, pas de réflexion maçonnique ici, et pas plus de féérie, mais une parabole politico-écologique. Cela peut décontenancer au début, mais au final, avouons que cela marche plutôt bien…

La distribution réunie à Limoges par Alain Mercier (aidé de Josquin Macarez) s’avère jeune, homogène et plus que convaincante. Plus puissante que d’ordinaire dans cet emploi, la voix du ténor finlandais Tuomas Katajala possède du corps et une couleur cuivrée dans le medium, mais sans rien perdre de sa souplesse, ni de son élégance de ligne, qualités qui en font un excellent Tamino, à la fois viril et ardent. Son dialogue avec l’Orateur débouche sur un « Wie stark ist nicht » habité. Sa Pamina est incarnée par la soprano australienne Siobhan Stagg – virevoltante Morgana (Alcina de Haendel) à Genève l’an passé – qui conjugue musicalité et émotion. La voix, ravissante et admirablement conduite, n’est pas très grande mais sa projection impeccable la fait sonner ronde et lumineuse, et la chanteuse met par ailleurs un point d’honneur à ciseler chaque note, chaque trait, et chaque mot avec un soin remarquable.

De son côté, le baryton autrichien Klemens Sander est un Papageno impeccable : très engagé, mais sans jamais la moindre vulgarité, composant un personnage assez subtil et loin des habituels serviteurs rustauds, il peut ainsi laisser éclater les multiples facettes d’une vocalité généreuse mais toujours maîtrisée. Après son éblouissante Lakmé en début d'année à l’Opéra de Tours, Jodie Devos confirme qu’elle est une des sopranos coloratures les plus accomplies du moment : elle projette avec un incroyable aplomb (et non moins d’impact) ses deux airs stratosphériques ! Avec sa taille imposante, la basse afro-américaine Dashon Burton n’éprouve aucune peine à infuser une grandeur quasi wagnérienne à Sarastro. La jeune Camille Poul témoigne d’une belle rigueur stylistique en Papagena (à rebours de son incroyable robe faite de sacs en plastique multicolores...), et parvient à dessiner en quelques notes un touchant portrait de son personnage. Au nombre des autres satisfactions vocales, il convient d’ajouter Trois Dames homogènes (Sophie Junker, Emilie Renard, Eva Zaïcik), un Monostatos truculent (Mark Omvlee), un Orateur plein d’autorité (Christian Immler), et enfin Trois Génies justes d’intonation (Arsène Augustin, Benoît-Joseph Nivault et Matéo Kasrashvili).

Déjà en fosse à l’Opéra de Dijon – où le spectacle a d’abord été monté en mars dernier –, l’excellent Christophe Rousset (dé)montre toutes ses affinités avec l’univers mozartien et, malgré quelques décalages de la part d’instrumentistes pas toujours assez disciplinés, il parvient – au travers de tempi vifs – à préserver la continuité du discours musical et dramatique du chef d’œuvre de Mozart.

Emmanuel Andrieu

La Flûte enchantée de W. A. Mozart à l’Opéra de Limoges, jusqu’au 11 novembre 2017

Crédit photographique © Julien Dodinet
 

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