L’Opéra national Montpellier Occitanie construit les lendemains pour sa saison 2018-19

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Dans le monde du spectacle vivant, et en particulier de l’art lyrique, le renouvellement des publics sans « défidéliser » les spectateurs déjà réguliers est devenu le nerf de la guerre. La nouvelle saison de Valérie Chevalier à l’Opéra national Montpellier Occitanie parvient par plusieurs moyens à condenser les thématiques de programmation et de médiation en une offre abondante de deux cent soixante-neuf levers de rideau (hors représentations pour les scolaires).

L’idée principale est constituée par le nettoyage de printemps du répertoire, pour éviter d’abreuver les Montpelliérains des sempiternelles mêmes œuvres. Une production maison féérique du Songe d’une nuit d’été de Britten, confiée à Ted Huffman (largement remarqué il y a peu à la Royal Opera House avec sa mise en scène de 4.48 Psychosis), verra donc le jour à la mi-mai, Place de la Comédie. Le plateau réunira jeunes pousses anglophones (James Hall, Polly Leech, Nicholas Crawley, Matthew Durkan et Thomas Atkins) et francophones (Florie Valiquette, Virginie Verrez et Marie-Adeline Henry), sous la baguette de Tito Muñoz.

Don Pasquale effectuera lui aussi son entrée au répertoire, en coproduction avec les Staatstheater Karlsruhe et Nürnberg. Valentin Schwarz, vainqueur du Ring Award 2017 de la mise en scène de théâtre musical, fera souffler un vent de fraîcheur avec le chef Michele Spotti, âgé de vingt-cinq ans, sur l’opera buffa de Donizetti. Le baryton Bruno Taddia (aperçu et entendu en Gianni Schicchi l’année dernière en ces lieux) sera entouré de la soprane russe Julia Muzychenko, du ténor italien Edoardo Milletti, et du baryton australien Tobias Greenhalgh (attendu à Aix cet été dans Didon et Énée).

Le maillage territorial national est de nouveau renforcé avec Mam’zelle Nitouche d’Hervé, qui continue son tour de France dans une distribution inchangée, avec un passage dans la capitale de l’Hérault (après Toulon, Nantes, Limoges, Rouen, et avant Toulouse) et L’Histoire du soldat de Stravinsky par Àlex Ollé (que nous avons pu couvrir à Lyon et qui sera assorti d’un travail avec les scolaires sur la notion de paix). Les décorations des Fêtes de fin d’année illumineront quant à elles l’univers gothico-punk du Fantasio d’Offenbach imaginé par Thomas Jolly. De nouvelles voix viendront recréer les rôles interprétés au Théâtre du Châtelet (pour l’Opéra Comique) et à l’Opéra des Nations de Genève en 2017 : l’étoile montante Rihab Chaieb incarnera le rôle-titre, suppléée de Julien Veronèse, Sheva Tehoval, Armando Noguera, Enguerrand de Hys et Alix Le Saux. Pierre Dumoussaud, vainqueur du premier Concours International de Chefs d’Orchestre d’Opéra organisé par l’Opéra Royal de Wallonie, aura la tâche de coordonner musicalement cette facétieuse équipe.

La recherche des combinaisons jeunes talents internationaux / artistes renommés se concrétisera bien sûr également sur la scène de l’Opéra Berlioz, au Corum, où les spectateurs pourront redécouvrir Simon Boccanegra de Verdi, pièce qui n’avait pas été présentée ici depuis 1992. Vladimir Stoyanov, la soprane Myrtò Papatanasiu et Jean Teitgen se partagent notamment l’affiche d’une production de David Hermann qui nous avait touché au cœur à Anvers. De même, Wagner aura les honneurs d’une version de concert de Tristan et Isolde avec Stefan Vinke et Katherine Broderick en amants maudits, Stephen Milling en roi Mark, Karen Cargill en Brangäne et Jochen Kuppfer en Kurwenal. Michael Schønwandt, chef principal de l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigera ces deux événements depuis la fosse.

L’Opéra peut compter sur ses artistes en résidence pour élargir les frontières de l’art lyrique. L’ensemble baroque de la contralto Nathalie Stutzmann, Orfeo 55, accompagnera cette dernière dans un récital XVIIIe et dans des cantates de Bach avec le baryton Leon Košavić. Le compositeur et acousticien Julien Guilllamat remixera les Salve Regina de Scarlatti et Porpora, et le Stabat Mater dolorosa de Pergolèse, ornera de ses créations un escape game à l’Opéra Comédie pour Halloween, et proposera des promenades sonores à la découverte du patrimoine, au Musée Fabre et à l’Hôtel Cabrières-Sabatier d’Espeyran.

Marie-Nicole Lemieux se mesurera au Lied et à la mélodie française, Elsa Dreisig prendra les traits d’héroïnes d’Orient dans un concert lyrique, Ewa Plonka articulera la Troisième Symphonie de Mahler, sans oublier les contre-ténors Philippe Jaroussky et Jakub Józef Orliński, qui se produiront respectivement avec les ensembles Artaserse et Il pomo d’oro. Si deux soirées placeront sous le feu des projecteurs les lauréats du Concours Voix Nouvelles et du Concours de Chant d’Arles, nul besoin d’attendre l’approbation d’un jury pour se ruer sur les jeux vidéo d’arcade à inspiration opératique, développés par les étudiants d’ARTFX, et s’ouvrir aux musiques d’ailleurs et aux voix du monde. Les formations chorales ne sont pas omises, aussi bien dans l’approche tech que dans l’action culturelle : le Chœur Opéra national Montpellier Occitanie, dirigé par Jacopo Facchini, participera à une performance avec le street artist Al Sticking, le chœur Sequenza 9.3 se joindra au violoncelliste Henri Demarquette pour une performance vidéo, toute la famille sera invitée à participer à un Grand Chœur amateur, et Opéra Junior fera revivre La Belle au bois dormant d’Ottorino Respighi avec des élèves du primaire au lycée.

Un opéra ouvert sur le monde et la ville, poussant les limites des traditions pour proposer une vision moderne et respectueuse de l’héritage musical. Demain s’écrit aujourd’hui, et à Montpellier le public a toutes les cartes en main pour prendre la relève !

Thibault Vicq

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Crédit photo ©Thibault Vicq

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