L’humeur d’Alain Duault : Fantasio sans fantaisie à l'Opéra Comique

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On allait voir Fantasio avec l’envie d’aimer. Un presque inédit d’Offenbach que le patient travail de bénédictin offenbachien de Jean-Christophe Keck avait fait renaitre, une distribution jeune et brillante, un metteur en scène qui a su donner à voir des choses étonnantes au théâtre – et la réouverture de l’Opéra- Comique, ce théâtre au charme inentamé : oui, tout était réuni pour un bonheur attendu… Pourtant, au final, on reste un peu sur sa faim.

La première frustration vient de ce que ce spectacle de réouverture de l’Opéra-Comique… se déroule au Châtelet ! Olivier Mantei, le nouveau directeur, n’y est pour rien : les travaux ont pris du retard et le théâtre n’était pas prêt.

La deuxième frustration est moins circonstancielle : elle tient à l’œuvre même. Bien sûr il y a de belles pages dans ce Fantasio, des airs, un duo, des mélodies aux courbes pleines de ce charme qui, dans l’esprit d’Offenbach, devait sans doute correspondre à celui de l’Opéra-Comique auquel il était destiné ; il y a des pages symphoniques enivrantes (le prélude du 2ème acte par exemple) – mais il y a aussi par moment du remplissage qui manque d’esprit, qui manque de ce peps qu’on pouvait attendre de l’auteur des Contes d’Hoffmann. Surtout, il y a quelque chose d’hybride dans cette partition qui hésite trop souvent entre la tendresse et la farce, entre la poésie et l’amusement un peu lourd.


Marianne Crebassa (Fantasio), Marie-Eve Munger (la Princesse Elsbeth)

Enfin la troisième frustration tient à la mise en scène de Thomas Jolly : on s’était déjà étonné de n’avoir rien retrouvé des qualités qu’on lui avait découvertes dans Shakespeare quand il avait mis en scène l’Eliogabalo de Cavalli à l’Opéra de Paris ; force est de reconnaitre qu’on est encore une fois déçu par son travail sur ce Fantasio dépourvu de fantaisie autant que de poésie. Dans un décor sans âme et sans couleur, métal gris, château de carton découpé, fleurs de métal, avec des costumes grisâtres et sans guère d’attraits (hors celui de Fantasio), avec des lumières froides, sans inspiration, la direction d’acteurs de Thomas Jolly est nonchalante, parfois très farce au premier degré, mais sans la dimension surréaliste d’un Jérôme Deschamps, le plus souvent convenue, sans théâtralité, ce qui est un comble pour un homme de théâtre de son importance !

Alors que reste-t-il pour nous consoler ? Il reste les chanteurs : fort élégamment dirigés, comme l’Ensemble Aedes et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, par Laurent Campellone, une des très sûres baguettes françaises, ils sont quasiment tous épatants ! On s’amuse des silhouettes de jeunes ténors comme Enguerrand de Hys, Kevin Amiel ou – plus qu’une silhouette, une présence – Loïc Felix, on se réjouit de retrouver le baryton Franck Leguérinel, on applaudit celui, princier, de Jean-Sébastien Bou, décidément une des grandes voix parmi les quadras français, on déplore le fait que Marie-Eve Munger, seul bémol de la distribution, soit une princesse aux aigus un peu acides, et surtout on salue la magnifique performance, dans le rôle-titre, de Marianne Crebassa, à la fois comédienne accomplie, à la présence rayonnante, au jeu souple, à la fantaisie palpable, et chanteuse splendide, la voix projetée et colorée avec une rare autorité en même temps qu’une réelle poésie : c’est pour elle qu’on peut aller voir ce Fantasio qui, sans elle, ne serait qu’une petite chose qui passe sans rien laisser dans son sillage...

Alain Duault

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