Un Fantasio d'Offenbach plein de poésie à l'Opéra des Nations de Genève

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Après avoir triomphé au Théâtre du Châtelet l'an passé (dans le cadre de la saison de l'Opéra-Comique), c’est à l’Opéra des Nations de Genève qu’est repris le fantastique Fantasio de Jacques Offenbach (créé à Paris en janvier 1872). Faute de succès, et devant l’acharnement des détracteurs du compositeur franco-allemand, l’ouvrage tombe rapidement dans l’oubli… et n'a refait surface qu'il y a peu. Indiscutablement, Fantasio appartient à la veine mélancolique du compositeur et annonce déjà Les Contes d’Hoffmann, la dimension fantastique en moins. Dès l’ouverture, d’ailleurs, on entend des thèmes mélodiques qu’Offenbach réutilisera dans ses Contes. Bien sûr, les personnages de caractère comique ne sont pas absents (le Prince, son aide de camp Marinoni), mais Fantasio et la Princesse appartiennent à un tout autre univers, empreint de douceur et d’amertume.

C’est cette ambiance qu’a essayé - avec brio ! - de retrouver le talentueux (jeune) homme de théâtre français Thomas Jolly et, une fois n’est pas coutume, nous ne nous joindrons donc pas à l’avis de notre confrère Alain Duault qui avait sérieusement « égratigné » la mise en scène lors de sa création parisienne en février dernier. A nos yeux, son travail est une véritable féérie, faisant immanquablement penser à l’univers de Tim Burton : personnages aux visages pâles et aux orbites accentuées par du noir, atmosphère crépusculaire, tout en nuances de gris, avec pour principale touche de couleur la tenue jaune de Fantasio. Des tulipes bleues et quelques rares autres petits détails apporteront des touches de couleurs discrètes, avant que la paix finale ne balaie cet univers poétiquement maussade par une explosion de couleurs vives autant que multiples. A travers les décors de Thibaut Fack et les costumes de Sylvette Dequest, Thomas Jolly parvient à rendre la pénombre lumineuse. Le travail d’orfèvre qu’il a mené se retrouve par ailleurs dans la direction d’acteur, ici taillée au scalpel. De même, la scénographie est brillante : le grand oculus placé en haut des escaliers est à la fois fenêtre ou porte, parfois simple suggestion d’un paysage plus vaste. A la fin, le peuple recouvre le pouvoir grâce à Fantasio, imposant la paix face à une guerre qu’il ne veut plus, et la couleur plutôt que le noir et le gris : on a l’impression de voir la laideur du monde transfigurée et embellie à travers le regard d’un enfant... Bref, que de poésie et d’intelligence dans cette mise en scène de Thomas Jolly !

Le Grand-Théâtre de Genève a par ailleurs réuni une équipe de jeunes solistes qui ont tous à cœur de donner vie à cette superbe partition, et comme toujours lorsqu’il s’agit d’Offenbach, les chanteurs ont également à affronter des dialogues parlés, souvent percutants, auxquels ils doivent donner spontanéité et vivacité, faute de quoi l’ennui s’installe. Par bonheur, rien de tel ce soir, mais un grand bémol cependant pour le rôle-titre qui maîtrise trop mal la langue française pour rendre justice tant aux dialogues (déclamés avec un fort accent) qu’aux parties chantées (incompréhensibles). C’est d’autant plus dommage que la mezzo suédoise Katija Dragojevic possède une fort belle voix, sombre et veloutée à la fois, et qu’elle est une comédienne hors-pair. Entièrement convaincante, dans la peau de la princesse Elsbeth, s’avère en revanche la jeune soprano française Mélody Louledjian (en troupe au Grand-Théâtre de Genève) qui ajoute à une virevoltante virtuosité, une luminosité de timbre exaltante, des aigus brillants, et un sens de l’ornementation accompli. D’un ridicule consommé, le Prince de Pierre Doyen est irrésistible de drôlerie, en plus d'offrir une voix sonore et bien projetée. Son binôme Marinoni, interprété par le toujours sémillant Loïc Félix, ne lui cède en rien en termes de cocasserie décalée, pas plus qu’en termes d’intelligibilité. Avec sa coiffure en pétard, Héloïse Mas campe une truculente Flamel, tandis que Philippe Estèphe (Spark) nous gratifie de son beau lyrisme… et de son jeu de scène épatant ! Il faut encore citer le charismatique Roi de Bavière de Boris Grappe et le facétieux Hartmann de Fabrice Farina.

A la tête d’un Orchestre de la Suisse Romande bien disposé, le chef hongrois Gergely Madaras - directeur musical de l’Orchestre Dijon-Bourgogne - veille aux équilibres et soigne merveilleusement les atmosphères, entre élégance et nostalgie…

Emmanuel Andrieu

Fantasio de Jacques Offenbach à l’Opéra des Nations de Genève, jusqu’au 20 novembre 2017

Crédit photographique © Carole Parodi

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