Décès de Wilma Lipp : la nuit est tombée sur sa reine

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Le 26 janvier dernier nous quittait chez elle à Inning am Ammersee (en Allemagne) Wilma Lipp, âgée de 93 ans. Elle marqua notamment le rôle de la Reine de la Nuit qu’elle interpréta plus de quatre cent fois et qu’elle enregistra sous les baguettes de six chefs différents.

Née à Vienne dans le quartier de Döbling, elle débute le chant vers 11 ans et fait ses débuts à Vienne dans le rôle de Rosine (Il barbiere di Siviglia) en 1943, alors qu’elle n’a que 17 ans. Cette même année, elle chante l'air de Gilda du Rigoletto au Konzerthaus de Vienne. Deux ans plus tard, elle est engagée par l'Opéra national de Vienne comme élève, dans les chœurs avant d’interpréter Kate Pinkerton dans Madame Butterfly, et enchaînera ensuite avec La Fiancée vendue de Smetana, Hänsel und Gretel, Les Noces de Figaro (Barbarina), à nouveau Rigoletto (cette fois-ci en Comtesse Ceprano), ou encore Capriccio (la chanteuse italienne) avant de s’attaquer à Adele dans Die Fledermaus (La Chauve-Souris), rôle qu'elle interprétera avec succès pendant plus de vingt ans.

Le 13 janvier 1948 marque un nouveau tournant, puisqu’il s’agit de sa toute première Reine de la Nuit, alors sous la direction de Josef Krips qu’elle retrouvera à de nombreuses reprises, y compris en tant qu’accompagnateur au piano lors de certains de ses récitals. Ainsi que nous l’avons rappelé plus haut, ce rôle mozartien est probablement le plus emblématique de sa carrière, puisqu’elle l'interprétera 131 fois au Staatsoper d’ici 1956. Elle brillera toutefois dans d’autres rôles de Mozart, comme celui de Pamina qu’elle chante pour la réouverture du Theater an der Wien en 1962 (aux côtés de Nicolai Gedda en Tamino et sous la direction de Herbert von Karajan), celui de la Comtesse Almaviva, ou Donna Elvira comme en 1961 au Festival de Salzbourg, mais sa technique lui permet de réussir avec le même brio les rôles de Marguerite (Faust), Antonia (Les Contes d'Hoffmann), Nedda (Pagliacci), qu'elle chante aussi au Metropolitan Opera de New York, ou encore Eva (Die Meistersinger von Nürnberg).

Elle tourne sur les plus grandes scènes lyriques, comme Salzbourg où ses premiers pas datent de 1948 dans le rôle de Konstanze dans Die Entführung aus dem Serail sous la direction de Josef Krips, mais aussi la Scala de Milan en 1950, année durant laquelle elle chante Konstanze dans le premier enregistrement complet de l'opéra (sous la baguette là aussi de Josef Krips), l'Opéra de Paris, le Bayerische Staatsoper à Munich, la Deutsche Oper Berlin, la Royal Opera House, le festival de Salzbourg, celui de Bayreuth, de Bregenz ou encore celui d'Édimbourg. En 1964, elle fait par ailleurs ses débuts à San Francisco dans les rôles de Sophie (Rosenkavalier), Alice Ford (Falstaff), Nedda et Micaela, mais c’est bien Vienne qui a sa préférence puisqu’elle s’y produit environ 1200 fois.

Elle revient également à l’opérette, mais commence petit à petit à se retirer de la scène au début des années 1970 et fait finalement ses adieux le 5 juin 1981 au festival de Salzbourg avec la rôle de Marianne après presque 40 ans de carrière. L’année suivante, elle est faite membre honoraire de l'Opéra d'État de Vienne. Elle se lance finalement dans l’enseignement qu’elle ne quittera pas durant 18 ans au Mozarteum de Salzbourg et sera admise en 1998 à l’éméritat (titre honorifique accordé à certains professeurs dans l’enseignement supérieur). Quant à la ville de Vienne, elle lui a décernée plusieurs distinctions depuis le début de sa carrière : le Médaille Nicolai de l'Orchestre philharmonique de Vienne en 1966, la Médaille d'or de la Ville de Vienne en 1977, le titre de Membre honoraire de l'Opéra national de Vienne en 1982 et la Médaille d'or pour services rendus au Land de Vienne en 2004. Elle laisse derrière elle de nombreux enregistrements qui restent des références.

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