Un Lohengrin peu lisible mais bien chanté à l'Opéra de Flandre

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Après avoir été étrennée à la Royal Opera House de Londres en juin dernier, c’est à l’Opéra de Flandre que cette nouvelle production de Lohengrin confiée à David Alden pose ses valises. Le célèbre metteur en scène new-yorkais nous avait plutôt convaincus in loco avec sa Khovantchina, mais nous serons plus dubitatifs sur ce nouveau spectacle qui multiplie les pistes sans jamais les exploiter, et qui finit par perdre les spectateurs en route. Il transpose l’action dans une Allemagne ravagée par la Seconde guerre mondiale, et pourtant comme mobilisée pour une nouvelle guerre, avec une intelligente gestion des déplacements de foule. Au III, l’utilisation d’immenses bannières figurant un cygne sur fond rouge et noir (photo) fait ressurgir un passé nauséabond, et s’avère certes une image frappante, mais n’apporte pas de clé : tout semble rester ici à l’état d’intention…

La musique, elle, a convaincu tout le monde. Le jeune chef argentin Alejo Perez – que Jan Vandenhouwe vient tout juste de nommer directeur musical de l’Opéra de Flandre (à partir de septembre 2019) – dirige un Wagner somptueux, lent mais toujours vibrant d’émotion, avec quelques passages rapides. Il en est ainsi du Prélude et de la Marche nuptiale du III, dont la brusquerie réfléchie ajoute une touche excitante au long flux tranquille dans lequel baigne toute la partition. Même satisfecit du côté du Chœur de l’Opéra de Flandre dont l’engagement vocal dynamique, d’une texture toujours parfaitement cohérente, l’impose comme un des éléments constitutifs majeurs de la réussite musicale.

Le rôle-titre convainc moins, avec un Zoran Todorovich qui, après avoir joué les « hurleurs de service » dans tant de productions – comme dans une certaine Wally monégasque – a décidé « de faire du » Klaus Florian Vogt, et de susurrer son rôle de Lohengrin, en chantant quasi constamment en voix de tête, mais ça ne lui réussit guère mieux… D’une part, le timbre du ténor germano-serbe est toujours aussi nasalement laid, et, d’autre part, privée de chair et d’épaisseur, la voix sonne étrangement, avec une ligne de chant pour le moins malmenée, brutalisée par intervalles par des coups de glotte (chassez le naturel…). En revanche, la belle soprano lettone Liene Kinca – splendide Chrysothémis sur cette même scène il y a quelques saisons – prête son soprano crémeux à une Elsa d’abord passive ; au troisième acte, elle se fait soudain plus agressive, n’hésitant pas à traduire le déchirement intérieur de son personnage par quelques accents d’une virulence appuyée. De son côté, la soprano suédoise Irene Theorin offre à Ortrud son tempérament volcanique et une onde de choc vocale impeccablement projetée vers la salle. Brillant Falstaff in loco en janvier dernier, le baryton-basse américain Craig Colclough campe un Telramund superbement chantant, sans raucité ni cris, et d’un vigoureux engagement. Enfin, chantant depuis le coté de la scène suite à l’indisposition de son confrère Thorsten Grümbel (réduit à mimer le rôle sur scène), la basse allemande Wilhelm Schwinghammer est un Roi Heinrich de timbre somptueux, phrasant avec sensibilité et intelligence un rôle trop souvent sacrifié, tandis que le baryton italo-allemand Vincenzo Neri, avec sa voix claire et superbement projetée, fait également forte impression en Hérault. 

Emmanuel Andrieu

Lohengrin de Richard Wagner à l’Opéra de Flandre, jusqu’au 23 octobre 2018

Crédit photographique © Annemie Augustijns

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