Un Falstaff vertigineux à l'Opéra de Flandre

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Il y a cinq ans, Aviel Cahn avait invité le célèbre acteur (oscarisé) Christoph Waltz (Inglourious Basterds, Django unchained…) pour monter son premier ouvrage lyrique, ici à l’Opéra de Flandre, un Chevalier à la Rose qui avait remporté un beau succès public et critique. C’est à Falstaff de Giuseppe Verdi que le comédien austro-allemand s’attaque cette fois… avec autant de bonheur ! La première partie du spectacle est un double hommage, au théâtre élisabéthain et à la nature morte flamande du XVIIe siècle, et l’on se régale de cette scénographie dépouillée où seuls se détachent les mets soigneusement arrangés sur une immense table de bois brut comme on en voit dans les toiles de Pieter Claesz ou Willem Heda. Invité à quitter la salle pour « raisons techniques » à l’entracte (placé inhabituellement au milieu de l’acte III...), le public a une belle surprise en reprenant place : l’orchestre est cette fois sur scène… serti dans une incroyable structure tubulaire (signée par David Warren) qui vient magiquement remplacer le fameux chêne du livret ! (photo) Un exploit technique et visuel – mais aussi au final auditif – que l'on qualifiera de vertigineux... et qui fait grand effet sur les spectateurs anversois (ainsi que sur votre serviteur...) ! 

Comme les interprètes se révèlent tous des comédiens hors pair, hautement crédibles, comme ils sont aussi d'excellents chanteurs, ayant les qualités exigées par leurs rôles respectifs, la soirée en compagnie des Commères de Windsor est totalement « joyeuse », selon les vœux explicites de Shakespeare. Remplaçant Thomas Johannes Mayer initialement annoncé, le baryton britannique Craig Colclough séduit grandement par sa musicalité et son phrasé remarquables, de même que par le grain de voix qui fait parfois penser à celui du grand Bryn Terfel. Son Falstaff n’est jamais gras, ni exagérément caricaturé : truculent juste ce qu’il faut, on sent toujours poindre le gentleman derrière l’amant tardif à la dérive... A ses côtés, le baryton allemand Johannes Martin Kränzle donne au rôle de Ford un relief tout particulier, et son air de la jalousie le rend proche de Iago dont il possède à la fois le mordant et la pugnacité. Fenton au physique avantageux, le ténor français Julien Behr n'a pas de mal à faire valoir son beau timbre juvénile et ardent, tandis que Denzil Delaere et Markus Suihkonen (tous deux en troupe dans la maison flamande) se distinguent en Bardolfo et Pistola, notamment dans leurs ensembles avec Falstaff, où ils suivent Colcough à la perfection. Le docteur Cajus du ténor canadien Michael Colvin enthousiasme également, tant par son jeu de scène que par ses éclats vocaux. En ce qui concerne le quatuor féminin, nous retiendrons en premier lieu l’Alice Ford de l’allemande Jacquelyn Wagner, au soprano clair et lumineux, et aux aigus parfaitement dardés. A ses côtés, la mezzo hollandaise Iris Vermillion est une Mrs Quickly aux graves presque barytonnants, tandis que Kai Rüütel confère un chant athlétique au personnage de Meg Page. Enfin, la soprano israélienne Anat Edri campe la plus pure des Nanetta, d’une touchante et pétillante jeunesse.

Opéra de chef comme le répertoire italien en comprend peu, Falstaff trouve dans le chef tchèque Tomas Netopil un maestro dirigeant son plateau avec un sens de la dynamique, un phrasé orchestral et un souci du détail absolument jouissifs. Bref, une extraordinaire réussite au crédit d’Opera Vlaanderen !

Emmanuel Andrieu

Falstaff de Giuseppe Verdi à l’Opéra de Flandre, jusqu’au 20 janvier 2018

Crédit photographique © Annemie Augustijns

 

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