Le diptyque Iolanta/Perséphone signé par Peter Sellars atteint l'Opéra de Lyon

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Après les succès du Teatro Real de Madrid et du Festival d'Aix-en-Provence, ce couplage insolite entre la Iolanta de Tchaïkovski et la Perséphone de Stravinsky – repris pour huit représentations à l'Opéra National de Lyon - est en passe de rejoindre Tristan ou la Passion selon Matthieu parmi les spectacles les plus emblématiques du turbulent et génial Peter Sellars. Il forme ici un formidable duo avec le chef britannique Martyn Brabbins (contre Teodor Currentzis à Aix et Madrid) qui transcende la partition de Tchaïkovsky, élevant la naïveté de cette histoire d'amour entre une jeune aveugle recouvrant la vue et son prétendant, le premier à lui révéler le secret de sa cécité que voulait lui dissimuler son père, le Roi René (de Provence).

Georges Tsypin signe pour Sellars un assez déroutant décor, constitué de trois cadres de portes que surmontent d'énigmatiques formes animalières. La mise en scène se limite à des déplacements à pas comptés autour de ces symboles dont la signification importe moins que la fonction décorative. En braquant sur tel ou tel chanteur le violent faisceau lumineux d'une lampe torche, les personnages créent un jeu d'ombres géantes et terrifiantes qui passent sur le mur de fond comme un arrière-monde monstrueux et inquiétant (les lumières sont signées James F. Ingalls). Aveuglée par la lumière et l'amour, Iolanta recouvrera la vue au terme d'un parcours initiatique à la fois poétique et littéralement fabuleux.

Tombant des cintres comme une lumière divine, le magnifique extrait de la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome intervient juste avant la guérison de Iolanta. Chanté a capella par le Chœur de l'Opéra National de Lyon, cette courte parenthèse emporte à elle seule la palme émotionnelle de la soirée. La battue de Brabbins maintient une tension remarquable, mettant magnifiquement en valeur la voix de la soprano russe Ekaterina Scherbachenko, Iolanta de haut vol, grâce à sa voix ample et radieuse. Vaudémont est interprété par l'excellent ténor polonais Arnold Rutkowski, aux aigus clairs et superbement dardés, tandis que Dmitry Ulyanov - impressionnant Général dans Le Joueur de Prokovief à l'Opéra de Monte-Carlo le mois passé - plonge dans un registre grave et dense pour livrer un Roi René de premier ordre. On trouvera Sir Willard White un peu en retrait (vocalement parlant) dans le rôle du médecin maure Ibn-Hakia, handicapé qu'il est par une maîtrise aléatoire de la prononciation du russe (mais quelle présence scénique en revanche !). Tous les autres protagonistes tirent dignement leur épingle du jeu : Maxim Aniskin en Robert, Diane Montague en Diana, Maria Bochmanova en Brigitta ou encore Karina Demurova en Laura.

La seconde partie nous présente l'univers passéiste de la Perséphone de Stravinski, d'après un livret (d'un intérêt relatif) signé André Gide. Après Iolanta, l'histoire nous ramène ici à la déesse emprisonnée aux Enfers et que Pluton libère pour célébrer le changement des saisons sur terre. L'actrice française Pauline Cheviller (contre Dominique Blanc à Aix et Madrid) prête sa voix juvénile et ardente à cette prose surannée, tandis que Paul Groves (Eumolpe) peine, de son côté, à stabiliser sa ligne de chant - alors qu'évoluent, en arrière-fond, des danseurs cambodgiens (provenant de l'Amrita Performing Arts), comme pour donner un parfum d'orientalisme à ce tableau musical finalement assez dispensable sur la durée…

Emmanuel Andrieu

Iolanta de Tchaïkovsky et Perséphone de Stravinsky à l'Opéra National de Lyon, jusqu'au 26 mai 2016

Crédit photographique © Jean-Pierre Maurin

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