Laurent Pelly signe une Cenerentola rose bonbon au Grand-Théâtre de Genève

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Nous aurions dû voir cette production de La Cenerentola (dans une mise en scène de Laurent Pelly étrennée au Nationale Opera d'Amsterdam l'hiver dernier) au mois de mai dans ce même Grand-Théâtre de Genève, mais l’arrivée de ce satané virus en a voulu autrement. C’est donc en ouverture de saison qu’Aviel Cahn reprogramme le chef d’œuvre de Gioacchino Rossini, bousculant ainsi sa deuxième saison, au sein de l’institution genevoise, qui devait normalement débuter par une Turandot (elle-même reprogrammée plus tard…).

S’il avait raté son Barbier de Séville, l’homme de théâtre français réussit bien mieux sa Cendrillon, même si la production n’est pas exempte de certains tics actuels, tel l’allègre mélange des époques à travers les costumes (signés par Pelly lui-même) et les décors (imaginés par la fidèle Chantal Thomas). C’est rendue à sa condition première qu’Angelina apparaît, sur un plateau entièrement nu, avec son seau et son balai serpillère à la main, dans une blouse de travail informe, cheveux lissés et lunettes double foyer rivées sur le nez… La mutation de souillon à princesse n’en sera que plus remarquable, et le formica tristounet de la maison de Don Magnifico laisse bientôt place au palais fuchsia de Don Ramiro, aux éléments décoratifs d’un rose bonbon au mauvais goût assumé. Las, la féérie ne dure qu’un temps, et c’est à sa condition première que Pelly fait retourner, dans la scène finale, la poverina Angelina qui n’aura donc vécu qu’un rêve…

Et le haut niveau vocal parachève la réussite scénique. La mezzo russe Anna Goryachova (éblouissant Sesto à Anvers en 2018) trouve en Angelina un de ses meilleurs emplois, et répond pleinement aux attentes, parfaite de legato et étourdissante de virtuosité. Mais le héros de la soirée reste cependant le ténor uruguayen Edgardo Rocha, Ramiro solaire et en état de grâce, aux aigus aussi puissants que superbement projetés, à la belle palette expressive, et capable également de pianissimi éthérés. De son côté, le baryton italien Simone Del Savio campe un Dandini de grande classe, avec ses vocalises parfaites, tandis que son compatriote Carlo Lepore (truculent Tobia Mill dans La Cambiale di matrimonio à Pesaro le mois dernier) possède toute la saveur et l’abattage requis par Don Magnifico. Et si Simone Alberghini (Alidoro) est en méforme ce soir, laissant son personnage (vocalement) dans l’ombre, Elena Guseva (Tisbe) et Marie Lys (Clorinde) captent quant à elles l'attention grâce à leurs impossibles accoutrement et tignasse, et puis elles jouent aussi bien qu’elles ne chantent…

Mentionnons, enfin, le superbe travail du chef italien Antonino Fogliani (déjà en fosse l’an passé pour Aïda), qui parvient à équilibrer le plateau et un superbe Orchestre de la Suisse Romande avec une maîtrise rythmique idéale. Quant au Chœur (d’hommes) du Grand-Théâtre de Genève, il participe joyeusement, avec les figurants, à la folie ambiante… 

Emmanuel Andrieu

La Cenerentola de Gioacchino Rossini au Grand-Théâtre de Genève, jusqu’au 26 septembre 2020

Crédit photographique © Carole Parodi

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