Une Clémence de Titus (étonnamment) classique à l'Opéra de Flandre

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A rebours de sa réputation de théâtre d’opéra parmi les plus avant-gardistes d’Europe, c’est une Clémence de Titus archi-classique (signée par Michael Hampe) que l’Opéra de Flandre donne actuellement en ses murs de Gand (avant de rejoindre Anvers). L’ultime opus lyrique de Wolfgang Amadeus Mozart se déroule ici dans un somptueux décor néo-classique (signé par German Droghetti) d’un atrium derrière lequel se détache le fameux Capitole, qui bientôt prend feu sous nos yeux de manière assez spectaculaire. Les costumes sont plus hétéroclites et vont de la toge antique aux costumes de l’époque fasciste, mais la force du spectacle réside surtout dans une direction d’acteurs révélant sans lourdeur les conflits intérieurs des personnages. Admirable gestion des postures et des mouvements – voire de l’immobilité même des chanteurs quand ils redeviennent témoins muets de l’action – fidèlement servie par une distribution qui s’implique avec un naturel constant dans cette dramaturgie en creux… sans néanmoins briller particulièrement vocalement parlant…

De fait, seul le Sesto de la mezzo russe Anna Goryachova enthousiasme vraiment : le timbre est somptueux, l’art du legato accompli, et ses accents possèdent une troublante sensualité. La démonstration virtuose ne s’exerce jamais aux dépens de l’expression dramatique, toujours parfaitement juste. Dans le rôle-titre, le ténor autrichien Lothar Odinius propose une vocalisation bien laborieuse, avec un timbre assez gris, et sa « clémence » ressemble plus à un acte de faiblesse qu’à de la force, tandis que ses accès de rage font preuve de plus de pétulance que d’impérialisme. La suédoise Agneta Eichenholz (Vitellia), dont la colorature manque également d’aisance, mais que compense une énergie bienvenue, se montre prudente dans la première partie, pour finir par impressionner dans un rondo final « Non piu di fiori » prenant. Se plongeant corps et âme dans la musique , elle rend le comportement capricieux de son personnage de manière convaincante. Si la mezzo italienne Cecilia Molinari (Annio) possède une agilité vocale indéniable, la voix manque cependant d’ampleur et de graves. Les moyens un peu restreints de la soprano israélienne Anat Edri (Servilia) sont quant à eux compensés par un coloris plutôt agréable et une technique assez sûre. Enfin, la basse finlandaise Markus Suihkinen manque de rondeur dans un timbre par ailleurs encore un peu vert pour rendre totalement justice au personnage de Publio.

La vraie satisfaction du spectacle, c’est dans la direction fiévreuse et amoureuse de Stefano Montanari qu’on la trouvera. Le chef italien veille la soirée durant au maintien d’un influx permanent, à la relance d’une imperceptible respiration qui fait apparaître chaque entrée instrumentale de l’excellent Orchestre symphonique de l’Opéra de Flandre comme l’élément attendu et logique d’un continuum d’une parfaite homogénéité.

Emmanuel Andrieu

La Clémence de Titus de W. A. Mozart à l’Opéra de Flandre, jusqu’au 3 juin 2018

Crédit photographique © Annemie Augustijns
 

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