La création d'une troupe « très sérieusement » envisagée à l'Opéra de Paris

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Dans une interview au micro de Radio Classique, l'actuel directeur de l'Opéra de Paris, Alexander Neef, s'est arrêté sur l'Œdipe d’Enesco, qui sera la première nouvelle production proposée par la maison parisienne dès ce 20 septembre. Il s'est également confié sur l'arrivée du chef Gustavo Dudamel ou la plateforme l'Opéra chez soi, mais est aussi revenu sur l'enjeu de la création d'une troupe à l'Opéra de Paris qui lui tient à coeur depuis sa nomination – comme cela a été fait à l'Opéra Comique avec la naissance de la nouvelle troupe Favart, et comme ça existe aussi dans plusieurs Opéras européens.  

En effet, l'Opéra de Paris possède sa propre Académie avec de jeunes talents prometteurs, mais elle est un lieu de formation, loin de l'idée d'une troupe. La création d'une troupe n'en est plus aujourd'hui au stade de la réflexion, mais est « très sérieusement à l’étude » et un rapport a été commandé sur la faisabilité de ce projet, certes artistique mais aussi juridique. Le directeur ne cache pas son envie de voir le projet aboutir afin de « donner à un groupe de chanteurs – qui reste à définir – la possibilité d’être dans nos murs dans quelques années, et grandir. Leur donner aussi une sécurité et stabilité économique qui n’a pas toujours été là pendant le confinement ».

Une troupe à l’Opéra de Paris ne serait pas une nouveauté : il y a plus de trois siècles et demi, l’Académie royale de musique s’appuyait déjà sur sa troupe permanente, avant que la pratique ne tombe en désuétude au profit d'artistes invités (afin de faire venir les grandes stars lyriques internationales sur la scène parisienne) – on s'intéressait déjà au sujet en avril de l'année dernière

Aujourd'hui, une troupe permettrait à la maison parisienne d'entretenir des relations différentes avec les artistes, moins ponctuelles, et davantage inscrites dans le temps : la maison s’engagerait envers les artiste, mais l’engagement serait réciproque et il faut donc que ces derniers aient également envie d’entrer en troupe, avec tout ce que cela implique – sur le modèle de la Comédie française au théâtre.

Cette idée pourrait par ailleurs influencer positivement l’économie de la maison en s’inscrivant dans une politique de répertoire. En effet, les productions proposées actuellement sont autonomes, sur une période de plus ou moins courte lors d’une saison. Il peut arriver qu’elles soient reprises ponctuellement, mais elles ne sont pas réfléchies pour cela à l’origine, ce qui rend certaines productions difficiles à reprendre en raison de leur caractère imposant et de leur coût. Il s’agit là d’un système de stagione, différent de celui de théâtre de répertoire, que l’on peut par exemple voir dans plusieurs maisons allemandes ou autrichiennes. Dans ce second cas, les opéras peuvent proposer une même production d’une saison à l’autre, voire plusieurs fois dans la même saison, faisant ainsi vivre le répertoire de la maison. Les deux systèmes ne sont évidemment pas figés, et peuvent chacun être nuancés afin de faire une place aux créations, voire de les faire entrer au répertoire.

L’Opéra national de Paris semble donc avoir toutes les ressources nécessaires (répertoire, chœur, orchestre, entrepôt, possibilité de levers de rideaux) pour devenir un théâtre de répertoire, à l’exception d’une troupe, mais la création de cette dernière est apparemment un projet qu’Alexander Neef compte mener à bien.

Elodie Martinez

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