Fiodor Chaliapine

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Informations générales

  • Nom :Chaliapine
  • Prénom :Fiodor
  • Date de naissance :01/02/1873
  • Date de mort :12/04/1938
  • Nationalité :Russie, fédération de
  • Tessiture :Basse

Biographie

Pour comprendre les raisons du formidable engouement qu’a suscité Fiodor Chaliapine, il faut relire les nombreux témoignages que nous ont laissés ses contemporains. La comtesse Greffulhe, dont Proust s’est inspiré pour son personnage de la duchesse de Guermantes dans La Recherche du temps perdu, décrivait ainsi ce « chanteur-acteur » hors du commun : « Je n’ai jamais vu un souverain vivant qui ait si grand air. Jusqu’à ce jour, je n’avais vu que des marmitons (…) figurer des rois au théâtre. Les empereurs devraient bien observer Chaliapine pour copier de la grandeur qu’il donne au personnage ». La comtesse Greffulhe venait d’applaudir le chanteur dans un de ses rôles de prédilection, Boris Godounov, le fameux héros de Moussorgski. On comprend aisément pourquoi le musicologue britannique Ernest Newman écrivait de son côté : « De tous les chanteurs, Chaliapine est celui qui a le plus besoin d’être vu pour être véritablement entendu ». Il nous reste un document peut-être encore plus précieux que les enregistrements et les photographies, c’est le film que Georg Wilhelm Pasbt a réalisé en 1932. Le 24 février 1910, Chaliapine avait créé à l’opéra de Monte-Carlo le héros éponyme du Don Quichotte de Massenet. Il va retrouver ce personnage, qui reste une de ses incarnations les plus marquantes, quand Georg Wilhelm Pasbt lui propose de tourner une adaptation du Don Quichotte de Cervantès pour laquelle Jacques Ibert (1890-1962) composera des mélodies. Ce film nous révèle tout le génie d’un incomparable tragédien lyrique doué de cette voix « merveilleuse, éloquente, diaboliquement intelligente » qu’évoquait son ami Maxime Gorki.

Au royaume des basses, Fiodor Chaliapine est incontestablement l’équivalent du mythique Caruso, mais les enregistrements qu’il a laissés restituent bien mal ce « tonnerre mélodieux » qu’évoquait la grande soprano Geraldine Farrar. On ne retrouve pas dans ces témoignages sonores toute la beauté et la puissance d’une voix qui saisissait le public par sa bouleversante expressivité, car le magnétisme de l’acteur magnifiait constamment l’art du chanteur. Chaliapine s’appropriait si bien ses personnages que le grand metteur en scène russe Constantin Stanislawski, dont les théories influencèrent profondément l’Actors Studio, n’hésitait pas à déclarer : « Mon système dérive directement du jeu de Chaliapine ». On ne saurait trouver meilleur compliment.

Fiodor Chaliapine voit le jour dans une famille très pauvre, à Kazan, le 1er février 1873, ou le 13 février selon le calendrier grégorien. Dans son enfance, il participe à une chorale d’église et le plaisir de chanter lui permet de s’évader du cercle familial où règne un père alcoolique et violent. Le jeune garçon exerce bientôt toutes sortes de petits métiers avant d’entrer, à dix-sept ans, dans une compagnie d’opéra à Oufa, en Bachkirie. Il étudie le chant en autodidacte et se produit dans les chœurs. Parfois, il lui arrive d’obtenir quelques rôles de soliste et il commence à vagabonder de troupes en troupes tout en exerçant différents emplois. Il peut être un jour débardeur sur la Volga puis, le lendemain, employé aux Chemins de fer Transcaucasiens… C’est durant cette période qu’il se lie d’amitié avec un certain Alexis Pechlov qui deviendra bientôt Maxime Gorki (1868-1936) et sera un de ses meilleurs amis.


Feodor Chaliapine dans Boris Godounov, Metropolitan de New-York ; © DR

En 1895, Chaliapine signe un contrat avec le Théâtre Mariinski et, dès l’année suivante, il attire l’attention d’un riche mécène, Savva Mamontov (1841-1918) qui l’engage dans la nouvelle troupe qu’il vient de fonder à Moscou. Chaliapine débute en Ivan Soussanine dans Une vie pour le tsar (1836) de Glinka ; puis il triomphe en Méphisto dans le Faust (1859) de Gounod. Il impose ses personnages autant par la majesté de sa voix que par le soin scrupuleux qu’il accorde à la préparation de chaque rôle. Bientôt, Chaliapine collabore activement avec Rimski-Korsakov (1844-1908), un des compositeurs attachés au Théâtre Mamontov. Le chanteur met tout son talent au service du compositeur en s’appropriant littéralement le rôle d’Ivan dans La Pskovitaine (1873) et celui du Viking dans Sadko (1898). En 1899, il créé le personnage de Salieri dans Mozart et Salieri. Quand Rimski-Korsakov entreprend de réorchestrer La Khovanchtchina (1886) et Boris Godounov (1874), deux chef-d’œuvres de Moussorgski, Chaliapine s’investit pleinement dans le projet. Sa voix exceptionnelle et son instinct dramatique s’imposent définitivement avec une interprétation devenue légendaire de Dossiféï, et surtout de Boris. Son incarnation du personnage est si convaincante qu’il devient une star que le Bolchoï sollicite pour toute une série de premiers rôles.


Feodor Chaliapine dans Mefistofele (Mefistofele) ; © DR

Feodor Chaliapine dans Boris Godounov (Boris) en mai 1908
à l'Opéra de Paris (le Théâtre, juillet 1908) ; © DR

En 1901, Chaliapine est invité à la Scala pour chanter le rôle-titre du Mefistofele de Boito sous la direction de Toscanini, avec Caruso dans le rôle de Faust. La carrière de la basse russe prend alors une dimension internationale. En 1904, il triomphe dans la reprise du Boris Godounov de Moussorgski, qu’il s’emploie à faire connaître dans le monde entier, de Paris à New York et de Milan à Londres ou Monte-Carlo, un théâtre qu’il affectionne tout particulièrement et où il reviendra chaque année à partir de 1905 jusqu’à la veille de la Première Guerre, y créant en 1910 le Don Quichotte de Massenet.

Chaliapine passe la Première Guerre mondiale et la révolution bolchevique en Russie où le nouveau régime communiste lui a décerné le titre d’« Artiste du peuple » en 1918. Mais le chanteur s’aperçoit vite que « la liberté s’est transformée en tyrannie » et il quitte définitivement son pays pour s’installer à Paris en 1922. C’est là qu’il s’éteint des suites d’une leucémie le 12 avril 1938. L’année précédente, il avait fait sa dernière apparition sur scène pour chanter Boris Godounov qui demeure son plus beau rôle.

Si Chaliapine, comme Caruso, occupe une place à part dans l’histoire récente de l’Opéra, c’est parce qu’il a révolutionné l’art du chant en se révélant un extraordinaire « acteur-chanteur ». Sa légende repose autant sur son prodigieux instinct dramatique que sur son exceptionnel don vocal. Chaliapine a donné à l’art lyrique cette dimension moderne que Maria Callas va déployer en réconciliant définitivement les exigences du chant avec celles du théâtre.

Catherine Duault

Répertoire

Interprété dans

Fiodor Chaliapine (Interprète)

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