« Perpetual Music » : Rolando Villazón et Renaud Capuçon, partenaires particuliers au Palais Garnier

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« perpetual music » un projet à l’initiative de

Rolex

L’initiative « Perpetual Music » (sous l’impulsion de Rolex) a eu l’honneur de rayonner au Teatro Rossini de Pesaro et à la Staatsoper Unter den Linden de Berlin. C’est désormais à l’Opéra national de Paris qu’elle assoit sa troisième étape. Juan Diego Flórez et Sonya Yoncheva avaient opté pour les deux premiers galas respectivement pour un récital avec orchestre et une soirée à numéros intimistes ; Rolando Villazón (que nous avons récemment interviewé) et Renaud Capuçon (voir notre interview) ont partagé leur savoir-faire dans un concert vocal et chambriste sous le grand lustre du Palais Garnier. Ce voyage de 2h30 sans entracte valait le détour pour la richesse de ses ressources musicales, incarnées par une trentaine d’artistes ravis de retrouver la scène.

Le ténor franco-mexicain commence par nous rappeler l’importance de l’art, « langage universel dans lequel nous nous retrouvons tous » et qui « fait partie de nous ». La musique, « remède aux périodes sombres », se pare ici de théâtre avec la mise en abîme caractéristique de la période baroque. Les Madrigaux et L’Orfeo de Monteverdi révèlent mille façons de conter, de transmettre. Le maître de cérémonie manie l’art de la déclamation – et de la ponctuation – comme personne, et sa projection lointaine fait briller le relief des mots. La personnalité des chanteurs et le naturel des transitions contribuent pour beaucoup à la connexion avec le public : Valer Sabadus ouvre et referme des univers en lumières furtives, Samuel Mariño (dont nous avons chroniqué le premier album cette semaine) anime des images avec facétie ou distance en questionnement, Zachary Wilder fait pousser une végétation musicale luxuriante à partir de sa voix fruitée. La soprano Céline Scheen impressionne par son legato, qu’elle transforme en un lien organique avec le texte et ses partenaires ; nous restons estomaqués par les orientations qu’elle apporte aux lignes mélodiques et par la teneur de son engagement vocal. Les talents de Luciana Mancini scintillent dans les canciones latino-américaines, où le bagout et la profondeur de son timbre font mouche. El curruchá, avec ses vers retors, lui va notamment comme un gant ! Christina Pluhar dirige son ensemble L’Arpeggiata selon les contrastes et le battement interne du ressenti harmonique. Ce sont les textures qui l’intéressent, et elle emplit ses toiles sonores de couches lumineuses et d’atmosphères subtiles.

Après ces musiciens qui ont « mis le feu » selon les mots de Renaud Capuçon, vient le moment d’une deuxième partie purement instrumentale dont la mezzo-soprano Adèle Charvet sera l’exception vocale. Et quelle exception ! Le vibrato enveloppant incarne le cœur battant de Gershwin (et le piano stratosphérique d’Ismaël Margain), au service d’une imagerie du rêve qui sied également à un Morgen de Strauss large et délicat, pêchant la rosée à la ligne. Les blagues sur les altistes s’avèrent infondées en entendant le son nacré de Vladimir Percevic, comme dans le sublime mouvement unique du Quatuor pour piano et cordes de Mahler (le seul qu’il ait pu terminer avant sa mort) aux côtés de la pianiste Marie-Ange Nguci, de Renaud Capuçon et de la violoncelliste Caroline Sipniewski. La lente ébullition des cordes frappées ne prend jamais le dessus sur le relais de sixtes mineures joué par les cordes frottées. Le quatuor, bouquet final, capture une essence du destin mue par la gravité, dans des longueurs d’archet qui timbrent un phrasé teinté d’échos langoureux. La prodigieuse Marie-Ange Nguci laisse bouche bée dans deux pièces de Saint-Saëns, tantôt brouillard lacté, tantôt férocité sans ostentation. Le Quatuor Agate fait de la nudité une composante douillette de l’Andante du Quatuor N°14 de Mozart, susurré jusqu’au splendide sous un ciel étoilé. Le postulat de la mélodie qui soulève du fauteuil dans le mouvement lent pour accompagner une métamorphose onctueuse, fonctionne également magnifiquement dans le Finale, marqué de motifs rythmiques. Le triomphe des libres strates à la pureté de son immerge l’auditeur dans une palette de teintes aquarelles, dynamisées par le ballet des chaussures vernies. Mendelssohn par le Trio Metral, c’est une histoire de densité, une musique sans fond et avec une multiplicité des possibles, mêlée d’un combat entre cordes et piano vers la tendresse ou la fureur.

« La musique nous aide à nous réunir dans les moments difficiles », « Nous avons autant besoin de culture que de manger ou boire ». Nous ne pourrons pas contredire les propos de Rolando Villazón et Renaud Capuçon, qui nous ont montré encore une fois le pouvoir fédérateur de la musique.

Thibault Vicq
(Paris, 3 septembre 2020)

Replay disponible jusqu’au 3 octobre 2020 sur medici.tv

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