Une enthousiasmante reprise du Faust de Nicolas Joël à l'Opéra de Monte-Carlo

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C’est toujours un grand plaisir que de revoir la production de Faust imaginée par Nicolas Joël pour le Théâtre du Capitole de Toulouse en 2009, revue (et commentée dans ces colonnes) dans cette même maison en juin 2016, que vient de reprendre l’Opéra de Monte-Carlo pour quatre représentations.

Jean-Louis Grinda a su réunir une équipe de chanteurs-acteurs aussi enthousiasmante que celle qui avait brillamment défendu l’ouvrage de Charles Gounod il y a deux ans, à commencer par le Faust incarné par le ténor maltais Joseph Calleja, que nous avions entendu dans le rôle à la Royal Opera House de Londres en avril 2014. Il émerveille à nouveau ce soir, capable qu’il se montre de plier son instrument aux plus infimes variations dynamiques, parcourant une gamme de nuances infinies, y compris dans l’aigu, tour à tour suave ou éclatant.  A ses côtés, Marina Rebeka – qui nous avait enthousiasmé il y a quatre ans dans le rôle d’Anna (Maometto II de Rossini) à l’Opéra de Rome, et peu après dans celui de Mathilde (Guillaume Tell) à la Bayerische Staatsoper de Munich – impose un chant d’une exquise délicatesse, et l’on est à nouveau séduit par la capacité de la soprano lettone à renouveler l’approche des airs les plus rabâchés par des couleurs inattendues et des accents expressifs. Coutumier du rôle, le baryton-basse français Paul Gay – dont nous avons recueilli une interview – fait preuve d’un bel abattage et trouve immédiatement ses marques dans ce spectacle, dont il tire toutes les ficelles. Ce beau diable, moqueur et sceptique, sait user de son autorité naturelle : la séduction de son timbre – et d'un registre grave qu’on ne lui connaissait pas aussi nourri ! – ajoute à la qualité de sa prestation. De son côté, le baryton belge Lionel Lhote campe un Valentin agressif et conquérant, avec une voix qui emporte tout dans son passage. Enfin, Héloïse Mas campe un Siébel débarrassé de toute mièvrerie, tandis que le mezzo parfois engoncé de Christine Solhosse convient bien à Marthe, présentée ici comme une femme lubrique.

Un mois après avoir entendu diriger le maître (Michel Plasson) à l'Opéra des Nations de Genève, c’est son meilleur disciple, alias Laurent Campellone, qui est le maître de cérémonie. Le jeune chef français offre une lecture de la partition de Gounod lyrique à souhait, magnifiquement attentive aux chanteurs comme à la cohésion des pupitres, et jubilatoire de par sa dynamique et sa pulsation. Quant au chœur maison, admirable de cohésion et de vaillance, il mérite les plus vives louanges. Un grand bravo à Stefano Visconti qui le prépare depuis de longues années maintenant. La longue ovation qui termine la soirée est une reconnaissance amplement méritée !

Emmanuel Andrieu

Faust de Charles Gounod à l’Opéra de Monte-Carlo (mars 2018)

Crédit photographique © Alain Hanel
 

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