Michael Schonwandt porte Tristan und Isolde au triomphe à l'Opéra de Montpellier

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Pour de rares réussites, trop de Tristan und Isolde sont gâchés par des productions inadéquates (cf : celle de Katharina Wagner à Bayreuth ou celle d’Anthony McDonald à Strasbourg, pour parler des dernières que nous avons vues…). On se réjouit donc d’entendre notre opéra préféré en simple version de concert, à l’Opéra Berlioz de Montpellier, et avouons d’emblée que nos attentes n’ont pas été déçues.

Incandescente Elsa (Lohengrin) in loco il y a deux ans, Katherine Broderick renouvelle notre enthousiasme dans ce qui constitue pour elle une prise de rôle, offrant une intense Isolde. D’une parfaite adéquation vocale avec le personnage, la soprano britannique épouse chaque note, chaque intonation, avec une beauté sonore et une facilité déconcertantes. Ses aigus sont radieux, sa musicalité sans faille, et elle arrive au fameux Liebestod sans trace de fatigue. Face à elle, le ténor allemand Stefan Vinke offre un Tristan assez peu lyrique et limité d’expression, mais il délivre en revanche sa partie avec l’héroïsme constant d’un aigu percutant et sonore (bien que trop « ouvert » à notre goût). Sa prestation vocale n’en demeure pas moins époustouflante de ressources et d’énergie, assurant sans faute et sans perte de puissance l’intégralité du rôle au III (bien au-dessus des Tristan de fortune qui avaient cours naguère…).

Le Roi Marke de la basse danoise Stephen Milling s’offre en véritable tragédien, vocalement somptueux et d’une immobilité de spectre. A contrario, la Brangäne de la mezzo anglaise Karen Cargill est tout frémissement, avec un timbre chaud et charnu à la fois, et un phrasé rayonnant. Le Kurwenal du baryton allemand Jochen Kupfer marque les esprits, avec son timbre éclatant qui emplit sans peine le vaste vaisseau qu’est l’Opéra Berlioz. Enfin, le ténor chinois Yu Shao  (Le Marin, Le Berger) offre une voix claire et une belle musicalité, tandis que Paul Curievici n’appelle aucun reproche en Melot, l’acteur se montrant convaincant dans sa véhémence.

En fosse, le chef danois Michael Schonwandt (chef principal de la phalange occitane) adopte des tempi plutôt lents - chaque acte durant ainsi environ 1h20 -, ce qui profite incontestablement à la beauté des sonorités. Celles produites par l’Orchestre National Montpellier Occitanie sont à couper le souffle, aussi bien dans les pianissimi sublimes que dans les paroxysmes grandioses (c’est bien simple, nous ne l’avions tout bonnement pas entendu aussi somptueusement sonnant depuis l’anthologique Elektra du 3 août 1995, avec Hildegard Behrens dans le rôle-titre, dans ces mêmes lieux). Bref, après l’extraordinaire soirée qu’avait été la représentation du Lohengrin précité, le moins que l’on puisse dire est que les ouvrages de Richard Wagner réussissent mieux que bien à la ville de Montpellier !

Emmanuel Andrieu

Tristan und Isolde de Richard Wagner à l’Opéra Berlioz de Montpellier, les 17 & 20 janvier 2019

Crédit photographique © Marc Ginot

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