Le Théâtre du Capitole finit sa saison en beauté avec une enthousiasmante Clémence de Titus

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Salle comble et accueil enthousiaste pour la reprise – en clôture de saison – de cette Clémence de Titus de Wolfgang Amadeus Mozart, dans une production signée par David McVicar, créée en juillet 2011 au Festival d’Aix-en-Provence, et déjà présentée in loco au Théâtre du Capitole il y a quatre ans, la maison occitane ayant coproduit le spectacle. Le cadre conçu par l’homme de théâtre écossais n’a pas changé d’après nos souvenirs aixois – l’une des façades de la cour intérieure du Théâtre de l’Archevêché à Aix – qui a l’avantage de la fonctionnalité, permettant de rapides changements de lieux (palais, temple) avec des éléments de décor coulissants. Cette scénographie claire et efficace donne ainsi tout loisir au spectateur de se concentrer sur le cheminement psychologique des personnages, d’autant que Marie Lambert, qui a supervisé la reprise dans la Ville rose, a complètement revu la direction d’acteurs, relâchée et décevante à Aix, mais ici resserrée au plus près, par ailleurs superbement rythmée par le jeu pertinent des éclairages de Jennifer Tipton.

Sous la direction alerte et inspirée de l’excellent chef italien Attilio Cremonesi, la distribution réunie par Christophe Ghristi est d’une remarquable homogénéité, et suscite l’enthousiasme. Dans le rôle-titre, le ténor britannique Jeremy Ovenden fait de son personnage un amoureux plein de fougue. La voix, souple d’émission dans la vocalise, et d’un formidable éclat sur tout le registre, s’épanouit pleinement dans cette musique. Mais c’est cependant vers la magnifique interprétation d'Inga Kalna (qui avait remplacé avec éclat Sonya Yoncheva dans le rôle-titre d’Alcina à Monte-Carlo il y a deux ans) que se tournent les oreilles : la soprano lettone incarne avec une force expressive hors du commun (quels accents féroces ! quels graves somptueux !) la figure centrale de Vitellia. Le public toulousain, d’ailleurs, ne manque pas de lui réserver une ovation au moment des saluts. De son côté, la mezzo israélienne Rachel Frenkel traduit, de sa voix dramatique et admirablement projetée, toutes les souffrances du plus fidèle des traîtres (Sesto). La soprano espagnole Sabina Puertolas – pétillante Fiorilla (Il Turco in Italia) il y a deux saisons – ne fait qu’une bouchée du rôle de Servilia, qu’elle sort de l’anonymat, entre autres choses, par son médium très assuré. La superbe mezzo québécoise Julie Boulianne – quant à elle incandescente Elvira (Don Giovanni) au TCE en 2016 – campe un Annio idéal, tant par le jeu que par une interprétation à la fois incisive et libre de tout effet inutile. Enfin, le jeune (et prometteur) Aimery Lefèvre apporte en Publio une note grave - bien que baryton - à ce plateau dominé par les voix aiguës. Quelques discrètes ornementations dans les reprises ajoutent encore au plaisir que procure cette redécouverte d’un opéra à la musique moins passéiste que certains ont bien voulu le faire croire...

Emmanuel Andrieu

La Clemenza di Tito de W. A. Mozart au Théâtre du Capitole, jusqu’au 1er juillet 2018

Crédit photographique © Patrice Nin

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