I Puritani à Monte-Carlo : une soirée inoubliable

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Les opéras issus du répertoire belcantiste en version de concert réussissent décidément bien à l’Opéra de Monte-Carlo ! Ainsi, après les succès rencontrés par La Favorite en 2013 ou encore Maria Stuarda (déjà avec Annick Massis) la saison passée, c’est un non moins spectaculaire triomphe qu’a récolté – toujours à l'Auditorium Rainier III à Monaco – I Puritani de Vincenzo Bellini.   

Avec une technique toujours impeccable (comme soulignée tout dernièrement avec son éblouissante Amenaïde dans Tancredi à Marseille), Annick Massis – en grande spécialiste qu’elle est de l’élégie et du belcanto – fait littéralement délirer le public avec son Elvira, tant dans les passages mélancoliques (« O rendetemi la speme ») que dans les feux d’artifice virtuoses, où elle excelle : « Vien, diletto » et, surtout, les variations da capo de « Son vergin vezzosa ». Aux côtés de Mariella Devia, Annick Massis s'impose bien comme la soprano belcantiste la plus accomplie de notre temps.

Après sa catastrophique prestation quinze jours plus tôt dans La Favorite à Liège, le ténor canarien Celso Albelo (Arturo) se décide (enfin ce soir !) à faire de la musique, et plus (seulement) des décibels (une influence bénéfique de sa partenaire ?...). De fait, dans son premier air et dans ses duos avec Massis, Albelo recourt avec art et sensibilité à la demi-teinte, et raffine sa ligne de chant, son legato et ses portamenti. Dans le duo « Vieni fra queste braccia », respectant les usages du XIXe siècle, il émet les contre- en falsettone, et le fameux contre-Fa de « Credeasi misera » est obtenu à l’arraché. Et l’on ne se refait pas, le moindre aigu forte sera délivré fortissi(ssi)mo !...

Luxe inouï, l’uruguayen Erwin Schrott incarne Giorgio, de sa somptueuse voix de basse sombre et puissante, qu’il rehausse encore par d’infinis inflexions et accents dans le superbe air « Cinta di fiori ». Tout aussi raffiné s’avère le Riccardo du baryton italien Gabriele Viviani, qui respecte scrupuleusement les mélismes de l’écriture du larghetto « Ah ! per sempre io ti perdei ». Ensemble, ils soulèvent une fantastique clameur à la fin du fameux duo « Suoni la tromba » ! De leurs côtés, Marina Comparato (Enrichetta), In-Sung Sim (Lord Walton) et Enrico Casari (Sir Robertson) s’acquittent avec brio de leurs brèves parties respectives, tandis que le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo – toujours aussi scrupuleusement préparé par Stefano Visconti – se montre également d’une parfaite tenue.

Il faut enfin saluer – et même louer vivement – le solide travail accompli par Domingo Hindoyan à la tête d’un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo aux cordes somptueuses. Le chef vénézuélien – déjà très apprécié cet été à Montpellier (aux côtés de son épouse Sonya Yoncheva) dans Siberia de Giordano – donne une lecture vive et aérienne de la partition de Bellini, très souple dans l’accompagnement des chanteurs. Il n’est pas aisé, chez le Cygne de Catane, de transformer le roulement de la guerre au loin, ou le bruissement des feuillages de la fontaine, en pressentiments, impressions et frémissements, autant de prodiges que chef et orchestre réalisent ce soir… pour le plus grand bonheur d’un public du coup plus démonstratif que de coutume en Principauté ! 

 

Emmanuel Andrieu

I Puritani de Vincenzo Bellini à l’Opéra de Monte-Carlo, les 3 & 6 décembre 2017

 

Crédit photographique © Alain Hanel 

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