Sonya Yoncheva irradie dans Siberia de Giordano au Festival de Radio France Montpellier Occitanie

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Après Les Puritains de Bellini dans sa version dite de Naples, la seconde rareté lyrique du Festival de Radio France Montpellier Occitanie était Siberia du compositeur vériste italien Umberto Giordano, un opéra qui connut avec Andrea Chénier et Fedora une grande popularité, bien que ce troisième titre soit depuis longtemps sorti du répertoire courant, à contrario des deux autres ouvrages qui ont régulièrement les honneurs de l’affiche. Créé à La Scala de Milan en 1903, son succès est rapide à l’étranger, et il sera même le deuxième opéra italien qui connaîtra les honneurs d’une production au Palais Garnier du vivant du compositeur (après l’Otello de Verdi). Giordano ne cachait d’ailleurs pas que Siberia était sa création favorite. Le livret, signé Luigi Illica, s’inspire en partie de Souvenirs de la Maison des morts de Dostoïevski et de Résurrection de Tolstoï. Il raconte comment Vassili, un officier, est déporté en Sibérie après avoir blessé son supérieur, le Prince Alexis, en défendant la femme qui l’aime, Stephana, Celle-ci, en réalité une courtisane de haut vol, expie ses péchés en partageant l’exil de son amant en Sibérie, puis en mourrant dans ses bras lors d’une tentative d’évasion. De son côté, la partition possède d’innombrables qualités : relief dramatique saisissant, personnages toujours placés sur le devant de la scène, alternances savantes, dans le chant, de la déclamation et de la mélodie pour faire vibrer la corde sensible, goût d’un exotisme slave déjà manifeste dans Fedora en 1898, sans oublier une écriture raffinée qui l’apparente à Rimski-Korsakov et à Richard Strauss.

Le retour de Sonya Yoncheva au festival occitanien – après son incarnation du rôle-titre d’Iris de Mascagni l’été dernier – suscitait beaucoup d’attentes, et elles n’ont pas été déçues. La soprano bulgare, dans une forme éblouissante, irradie dans le personnage de Stephana, grâce à son autorité vocale et son intensité expressive. Et qu’admirer le plus dans la voix, de l’ambre et du mordoré du timbre, de la palette infinie des nuances, de l’ampleur et du rayonnement des aigus ? Sa dernière intervention bouleverse et met l’audience à genoux… On tombe d’un cran – voire de plusieurs – avec le ténor turc Murat Karahan dont la seule qualité est d’avoir des aigus de stentor, aussi infaillibles que tenus à l’infini. A part ça, il est l’antithèse de sa collègue, et il ne faudra compter sur nulle caractérisation de son personnage, livré d’un bloc, avec une voix aussi monochrome que nasale et avare de nuances. Déjà présent dans Iris, le baryton italien Gabriele Viviani apporte en revanche beaucoup de vie et de présence, avec une voix puissamment timbrée, au personnage de Gleby, le « méchant » de l’histoire, impresario et ex-amant de Stephana. Aux côtés des trois protagonistes principaux, les Chœurs conjugués de l’Opéra national Montpellier Occitanie et de la Radio Lettone se taillent la part du lion, une occasion en or pour eux de faire valoir leurs exceptionnels mérites. Dans la foule des petits rôles, on remarque le jeune ténor chilien Alvaro Zambrano (Prince Alexis), ainsi que la (superbe) basse italienne Riccardo Fassi (pour Jean Teitgen initialement annoncé) en Walinoff, l’ami du Prince, puis en Gouverneur de la prison, mais plus encore la jeune soprano toulousaine Anaïs Constans (La Fanciulla), à l’aube d’une carrière très prometteuse. Citons encore Catherine Carby (Nikona), Marin Yonchev (Ivan, Il Cosacco), Jean-Gabriel Saint-Martin (Miskinsky, L’Invalido) et Laurent Sérou (L’Ispettore).

Déjà à la baguette l’an passé pour Iris, le chef vénézuélien Domingo Hindoyan (mari de la star bulgare à la ville) parvient – à la tête d’un Orchestre national Montpellier Occitanie des grands soirs – à maintenir à la fois la cohérence du discours orchestral, la finesse de l’instrumentation et le respect de la ligne vocale… ce qui n’est pas une mince affaire ! Les duos d’amour, le thème impressionnant du chœur de déportés ou l’explosion de joie de la Pâque Russe sont autant de moments forts qui justifient le retour de Siberia – trop longtemps resté dans l’oubli – sur les plus grandes scènes lyriques.

Siberia d’Umberto Giordano au Festival de Radio France Montpellier Occitanie, le 22 juillet 2017

Crédit photographique © Luc Jennepi

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