Guillaume Tell au Grand-Théâtre de Genève

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Petit à petit, GuillaumeTell de Gioacchino Rossini retrouve la place qui lui est due à l'affiche des grands théâtres. Après l'Opéra de Monte-Carlo en janvier dernier ou encore la Royal Opera House de Londres en juillet, c'est au tour du Grand-Théâtre de Genève de le programmer, et d'opter bien sûr pour la version originale. Mais il est vrai qu'ici l'œuvre prend une résonance particulière puisque l'histoire du « tireur à la pomme » constitue en quelque sorte le point de départ de son identité nationale...

Malheureusement, la production signée par l'homme de théâtre britannique David Pountney n'est pas à la hauteur de l'événement. Guillaume Tell, on le sait, n'est pas un opéra facile à mettre en scène, tant sa relative mince action dramatique s'étend sur quatre longs actes d'une heure chacun (mais l'ouvrage est ici réduit à 3h de musique). Le climat général est uniformément gris et pesant, à commencer par les costumes de Marie-Jeanne Lecca et les décors (plutôt minimalistes) de Raimund Bauer. La fameuse scène de la pomme semble un hommage à la légendaire lenteur suisse, où l'on voit la flèche passer de main en main avant d'atteindre - 30 secondes plus tard – sa cible... sauf qu'elle n'est guère impressionnante. Les chorégraphies nerveuses et saccadées d'Amir Hosseinpour, quant à elles, lassent vite. Bref, on reste sur sa faim pour la partie scénique.

Mais Guillaume Tell est surtout un opéra de voix, et là, force est de reconnaître que la distribution réunie au Grand-Théâtre frise l'idéal. Le baryton québécois Jean-François Lapointe – récemment admiré dans Hamlet à Avignon ou Moïse et Pharaon (du même Rossini) à Marseille – la domine avec son phrasé impérial, sa diction parfaite et son incroyable science des nuances et des coloris. Le comédien n'est pas en reste et Lapointe anime son personnage avec une fierté et une force de conviction qui le sortent des clichés habituels. Dans le rôle d'Arnold (en alternance avec John Osborn qui nous a accordé une interview en anglais), le jeune ténor italien Enea Scala – chaudement applaudi dernièrement dans Fastaff à Marseille ou Caterina Cornaro à Montpellier – lui est à peine inférieur, et la manière claironnante avec laquelle il aligne les aigus impressionne fortement. Quant à la Mathilde de la soprano espagnole Saioa Hernandez, elle constitue une vraie surprise : voix riche et ample sur toute l'étendue, parfaitement maîtrisée et contrôlée, elle éblouit tant par ses sonorités somptueuses que par son art du souffle. Un bémol cependant, son français est vraiment perfectible...

Aux côtés de ces trois grandes voix, le jeune Erlend Tvinnereim est un pêcheur de charme, Franco Pomponi un Gessler sonore et repoussant à souhait (au point de se faire siffler aux saluts, non pour une défaillance vocale, mais parce qu'il joue trop bien les méchants...!), tandis qu'Alexander Milev déçoit en Melchtal et en Walter Fürst avec sa voix rocailleuse et son français catastrophique. Enfin, Doris Lamprecht et Amelia Scicolone se taillent un beau succès : la première avec un Jemmy plein de fraîcheur et parfaitement en situation et la seconde avec une Hedwige au timbre chaud et au chant généreux.

A la tête d'un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme, le chef espagnol (installé en Suisse) Jesus Lopez-Coboz offre une direction enlevée : dès la célèbre Ouverture, la phalange suisse sonne clair, les couleurs vives, le débit animé ; et les grands ensembles sont construits avec une précision remarquable. La partie orchestrale constitue ainsi - avec la partie vocale - les vrais motifs de satisfaction du spectacle.

Emmanuel Andrieu

Guillaume Tell de Gioacchino Rossini au Grand-Théâtre de Genève, jusqu'au 21 septembre 2015

Crédit photographique © Magali Dougados

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