Giuliano Carella dirige le concert d'ouverture de la saison 19/20 de l'Opéra national du Rhin

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En l’absence d’Eva Kleinitz, disparue prématurément en mai dernier (la soirée lui a bien évidemment été dédiée), c’est à Bertrand Rossi - directeur général adjoint de l’Opéra national du Rhin -, qu’a échu le soin de présenter le Concert d’ouverture de la maison rhénane. Il a d’abord tenu à signaler (et il peut légitimement s’en enorgueillir !) que l’OnR venait tout juste d’être élu « Opéra de l’année 2019 » par le renommé magazine allemand Opernwelt, qui a aussi distingué Barkouf, la rareté offenbachienne que nous avions chroniquée dans ces colonnes, comme la « Meilleure redécouverte de l’année 2019 ». Il a ensuite énuméré les différents morceaux retenus, qui ne sont en fait qu’un digest de la saison 19/20 de l’OnR, et les artistes lyriques invités ce soir ne sont autres que ceux qui viendront défendre les ouvrages retenus pour cette nouvelle saison. Fidèle « ami » de la maison (et très proche collaborateur d’Eva Kleinitz lorsqu’elle dirigeait l’Opéra de Stuttgart, où nous avons pu l’entendre diriger des œuvres comme Nabucco, Traviata ou encore Don Pasquale), c’est l'excellent chef italien Giuliano Carella qui est le Maître de cérémonie ce soir, à la tête de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse.

La soirée débute par des extraits de Cosi fan tutte, qui sera donné in loco en mai prochain, et après une virevoltante Ouverture, les jeunes Clara Guillon (soprano) et Gautier Joubert (basse), membres de l’Opéra Studio de l’OnR, délivrent « Soave sia il vento » avec toute la subtilité et la joliesse que l’air requiert. Puis, Ambroisine Bré, qui interprètera le rôle de Dorabella, livre l'aria « Ah scostata... Smanie implacabili ! », et le moins que l'on puisse dire est que la mezzo française est déjà dotée d’une technique vocale exceptionnelle, se montrant capable de traits d’agilité époustouflants. Précisons qu’entre les trois morceaux est venue s’intercaler la lecture d’un texte de Chantal Thomas sur Mozart, lu par le comédien Olivier Breitman, qui reviendra à de nombreuses reprises pendant la soirée déclamer des textes en lien avec les ouvrages lyriques sélectionnés, une initiative certes intéressante, mais qui aura néanmoins tendance à prendre trop souvent le pas sur la musique…  C’est la soprano sud-africaine Pumeza Matshikiza qui fait ensuite son apparition, pour interpréter le grand air de Rusalka (donné en octobre prochain), le sublime « Chant à la lune ». Nous ne pouvons qu’inciter le public alsacien (et d’ailleurs !) à venir écouter cette magnifique chanteuse, et ainsi tout le charme, la grâce et la palette expressive d’une voix dont le caractère dramatique n’a d’égal que le radieux des aigus. Le ballet (tiré du même ouvrage) qui suit permet d’apprécier la qualité de la phalange alsacienne, qui a fait d’énormes progrès grâce au travail effectué ces dernières années en son sein par Patrick Davin, et qui offre ici une gamme de subtils clairs-obscurs orchestraux. Œuvre-phare de la fin d’année, Un violon sur le toit de Jerry Bock supplantera l’accoutumée opérette, et l’on peut faire confiance au directeur de la Komische Oper Barrie Kosky d’en livrer une savoureuse version. Olivier Breitman poussant également la chansonnette à ses heures, il interprète lui-même le fameux « Ah, si j’étais riche ! », rejoint par le Chœur de l’OnR (dirigé désormais par Alessandro Zuppardo). Sans transition, et climax de la soirée, c’est l’Ouverture de Parsifal (à l’affiche en janvier/février) qui est donné à entendre, et plus encore qu’avec Rusalka, l’on peut mesurer ici tout le chemin parcouru. Tout respire magnifiquement : il en résulte notamment un timbre caressant, ahurissant de beauté de la part des vents, quand les cordes concourent à l’irisation musicale, et que les bois et les cuivres apposent leurs touches délicates. L’OnR disposant d’un corps de ballet, place à la danse ensuite, grâce à un de ses principaux membres, le danseur Cauê Frias Duarte : sur les accords de la Valse N°2 de Chostakovitch, on a l’impression de voir ressusciter sous nos yeux Valentin-le-Désossé, tellement le brésilien se contorsionne et se désarticule en tous sens dans cette chorégraphie de Bruno Bouché, à la tête du Ballet de l’OnR depuis 2017. Entendue la saison passée dans Beatrix Cenci, la mezzo turque Ezgi Kutlu lui succède dans l’air tiré du Trovatore « Stride la vampa », qu’elle délivre avec un bel aplomb vocal, et des couleurs moirées dans le timbre qui nous rendent impatients de la voir incarner la célèbre sorcière verdienne (ouvrage qui clôturera la saison en juin 2020). Et comme l’opéra est avant tout une fête des sens, le spectacle se termine en joie avec deux morceaux tirés d’ouvrages de Jacques Offenbach : si la nouvelle saison ne met pas le compositeur allemand à l’affiche, l’OnR n’oublie pas qu’on fête cette année les deux cents ans de sa naissance. Après le « Tout tourne, tout danse », extrait de La vie parisienne et défendu par Clara Guillon et Tristan Blanchet (jeune ténor issu également de l’Opéra Studio), le fameux Cancan extrait d’Orphée aux enfers vient faire monter la température. Carella livre une lecture dynamique et presque électrisante de ces deux pages : le souci du détail est omniprésent, la précision rythmique redoutable, et le sens des couleurs toujours recherché. Résultat : c’est une vraie liesse qui s’empare de l’audience qui frappe dans ses mains à qui mieux mieux...

C’est ce qu’on appelle une belle mise en bouche !

Emmanuel Andrieu

Concert d’ouverture de la saison 19/20 de l’Opéra national du Rhin, les 25&26 septembre à l’Opéra de Strasbourg, puis le 28 septembre à la Filature de Mulhouse

Crédit photographique © Klara Beck 

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