Nabucco à l'Opéra de Stuttgart

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L'Opéra de Stuttgart a inauguré sa commémoration du bicentenaire de la naissance de Verdi en mettant à l'affiche son premier chef d'œuvre, Nabucco, titre repris ce mois-ci. Nous avouerons que cette coproduction avec le Welsh National Opera, signée par l'homme de théâtre autrichien Rudolf Frey, ne nous a guère convaincu. Y avait-il tout simplement une mise en scène ? Adepte du plus pur Regietheater, il « déshistorise » et décontextualise entièrement l'ouvrage. La scénographie, d'un dépouillement total, se borne à une simple table de banquet, et on ne pourra pas plus compter sur les costumes, moches et vaguement de notre époque. La direction d'acteurs, quant à elle, se limite à imposer aux chanteurs et au chœur une gestique aussi énigmatique que ridicule.

Par bonheur, la distribution vocale rachète en grande partie la déception suscitée par la mise en scène. On le sait, Nabucco n’est pas un ouvrage facile, car il exige de grandes voix, capables d’impressionner le public par l’insolence de l’émission. Spontanée, éloquente, souvent décapante, Mlada Khudoley chante la partie d'Abigaille avec beaucoup d'adresse : elle manie la rage et l'ironie avec aplomb – et possède certainement l'abattage du rôle ; cependant, à force de vouloir éviter à tout prix l'emphase, à force de gommer les aspérités, trop prudente pour tout dire, la soprano russe – et ceci, répétons-le, malgré une voix ample et persuasive -, reste en deçà du personnage. On en dira autant du baryton américain d'ascendance roumaine Sebastian Catana qui, dans le rôle-titre, manque cruellement de présence scénique, mais flatte néanmoins l'oreille : voix sonore et mordante, phrasé de grande netteté et superbes nuances dynamiques.

Dans le rôle de Fenena, la mezzo croate Diana Haller allie beauté de timbre et maîtrise de la ligne (très beau « Oh, dischiuso è il firmamento », ces deux qualités toujours au service d’une expression rigoureusement contrôlée. La magnifique basse chinoise Liang Li offre à Zaccaria son timbre riche, ses graves profonds, ainsi qu'un volume sonore impressionnant. Enfin, le ténor brésilien Atalla Ayan séduit grandement en Ismaele : timbre juvénile et solaire, expression nuancée et fabuleux legato. Nous languissons de le retrouver en janvier prochain, toujours à Stuttgart, dans le rôle plus gratifiant d'Alfredo dans la Traviata.

Placé à la tête du Staatsorchester Stuttgart, l'excellent Giuliano Carella imprime à chacune des scènes un élan dramatique irrésistible, les instrumentistes réalisant ses intentions avec un vrai enthousiasme et une grande efficacité. Le chef italien affectionne les tempi rapides, et enlève les scènes de masse avec une fougue qui convient parfaitement à cette musique. Il sait également ménager aux chanteurs ces plages de liberté tant appréciées qui leur donnent toute latitude de laisser se développer amplement leur voix. Quant au chœur maison - élu meilleur chœur de l'année en Allemagne -, il s’avère somptueux de cohésion et de musicalité, et livre, au III, une très mystérieuse et poétique interprétation du fameux « Va pensiero », de celles qui commandent le silence plutôt que le tumulte des applaudissements.

Emmanuel Andrieu

 

Nabucco à l'Opéra de Stuttgart

Jusqu'au 22 janvier 2014

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