La Traviata à l'Opéra de Stuttgart

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Ce n'est rien moins que la neuvième fois que l'Opéra de Stuttgart remonte cette production de La Traviata que signa, en 1993, la grande metteuse en scène allemande Ruth Berghaus (aujourd'hui disparue). Sa régie plonge d'emblée l'ouvrage dans une ambiance mortifère, soutenue par une scénographie particulièrement sombre et triste, renforçant cette sensation d'étouffement et cette atmosphère lugubre qui s'installent d'acte en acte : une véritable impression de malaise parcours l'audience la soirée durant. Sinon Ruth Berghaus tend à l'essentiel, offrant un portait de femme troublant et contradictoire, fort et épuré ; la société qui entoure – et broie – Violetta n'en prend que plus de relief, avec ses calculs, ses mesquineries, ses faux-semblants, et l'expression de cet amour qui ne parviendra à triompher des tabous et de la mort...

A la tête d'un Staatsorchester Stuttgart exemplaire de couleur et de souplesse, l'excellent chef italien Giuliano Carella enthousiasme par sa façon de mettre en valeur tous les détails de la partition de Verdi, en faisant sonner distinctement les différents pupitres, et en jouant fortement sur les contrastes et les dynamiques. Il est l'artisan majeur de la réussite de la soirée.

Le plateau vocal souffle, quant à lui, le chaud et le froid. Vocalement, la soprano macédonienne Ana Durlovski manque un peu de carrure (elle est foncièrement une soprano colorature) pour affronter sans pâlir toutes les facettes d'un rôle aux multiples exigences. Dès le cantabile de « Ah, fors'è lui », les limites du soutien sont patentes et les vocalises de « Sempre libera » manquent de mordant. La chanteuse faiblit aussi dans le grand concertato du II, où la ligne d'« Alfredo, Alfredo » reste assez incertaine, mais elle se reprend dans une scène finale très habitée.

On retrouve, chez le ténor brésilien Atalla Ayan, les qualités de vaillance et de style, le brillant dans l'aigu, la solarité du timbre, l'articulation parfaite, et le remarquable sens des nuances et des couleurs, déjà remarqués le mois passé in loco dans le rôle d'Ismaele (Nabucco). Son Alfredo est tout simplement électrisant, et l'on peut promettre à ce chanteur – pour l'instant en troupe ici-même à Stuttgart – une belle carrière.

En revanche, le baryton Motti Kaston déçoit. La voix est certes bien timbrée, mais les carences techniques sont trop nombreuses, le legato exigé par cette partie totalement absent, les demi-teintes oubliées, et l'acteur - raide comme un piquet sur scène – s'avère incapable d'exprimer toute forme d'autorité au I, puis de compassion au II, dont Germont père, malgré sa rigueur morale, devrait être touché. Le reste de la distribution est de bonne tenue, parmi laquelle le Docteur Grenvil de Kai Preussker mérite une mention, sans oublier le Staatsopernchor Stuttgart, le formidable chœur « maison ».

Emmanuel Andrieu

 

La Traviata à l'Opéra de Stuttgart (jusqu'au 28 février 2014)

Crédit photographique © A. T. Schaefer

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