GiampaoIo Bisanti dirige I Capuleti e I Montecchi au Teatro Nacional de Sao Carlos de Lisbonne

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On retiendra surtout de cette production dI Capuleti e i Montecchi de Vincenzo Bellini – venue de La Fenice de Venise où elle a été étrennée voici trois ans, avant d’être reprise ces jours-ci au Teatro Nacional de Sao Carlos de Lisbonne – le parti pris très original du metteur en scène français Arnaud Bernard (on se souvient de sa Manon l’an passé à l’Opéra de Monte-Carlo) qui situe toute l’action scénique dans un Musée, à l’instar d’un fameux Trouvère en 2014 au Festival de Salzbourg (avec Anna Netrebko). On voit ainsi les personnages sortir littéralement des tableaux, quand ils ne les reproduisent pas, dans des « arrêts sur image » assez saisissants. Des images de toute beauté se succèdent, grâce aux décors signés par le metteur en scène himself, mais il faut regretter qu’il parasite lui-même son travail avec une direction d’acteurs trop présente. En effet, tous les corps de métier qui font partie intégrante d’une structure muséale – ouvriers, femmes de ménage, gardiens et autres restaurateurs de tableaux – n’ont de cesse de vaquer à leur occupation quotidienne, même pendant les airs, ce qui vient souvent en phagocyter l’écoute. Pire encore, la proposition frise le ridicule quand elle force Giuletta à chanter son grand air assis sur le bord d'une baignoire dont la présence dans un musée nous interpelle encore...

Grâce à la mezzo italienne Alessandra Volpe (Romeo) et à la soprano roumaine Mihaela Marcu (Giuletta), l’art de la mélodie bellinienne est ici portée jusqu’à l’incandescence : les deux chanteuses forment un couple idéal, leurs timbres s’avérant parfaitement contrastés, mais se mariant à merveille, comme le désirait Bellini. La première compose un Roméo scéniquement tout à fait crédible, et chante avec une grande douceur : sa cavatine d’entrée « Se Romeo t’uccise un figlio » est détaillée avec mélancolie et émotion, et la cabalette immédiatement enchaînée « La tremenda ultrice spada » possède toute l’ardeur requise. Son chant vibrant et coloré est très mesuré et d’une remarquable variété d’accents. Le grave est plein et sonore, quand le registre aigu se montre complètement maîtrisé. De son côté, Marcu campe une Giulietta rayonnante, avec une voix plus corsée que de coutume dans ce rôle, mais qui sait plier sa ligne de chant à l’expression, sans jamais le briser. Elle dispose d’un soprano d’une grande beauté, d’une voix admirablement conduite et d’un timbre chargé d’une profonde sensualité : « Eccomi in lieta vesta » suivi de l’aria « Oh ! quante volte o quante » sont délivrés avec frémissement et élégie, et son impressionnant registre suraigu ne perd jamais de sa consistance. Après nous avoir enchanté dans le rôle de Nemorino (L’Elisir d’amore), d’abord à Liège en 2015 puis à Nice en début de saison, le ténor italien Davide Giusti confirme ses affinités avec le répertoire belcantiste, et incarne un Tebaldo à la fois généreux et contrôlé. Il séduit tant par l’élégance du timbre que par sa caractérisation très convaincante de ce personnage d’amoureux éconduit. Dans le rôle un peu sacrifié de Capellio, le baryton portugais Luis Rodrigues fait valoir une belle autorité et de beaux graves, ce dont manque quelque peu le baryton colombien Christian Lujan, dans le personnage de Lorenzo, rôle habituellement confié à une basse…

Enfin, vraie cerise sur le gâteau, la superbe direction de Giampaolo Bisanti, plébiscité dans nos colonnes il y a tout juste une semaine à la Semperoper de Dresde (dans Lucia), ainsi qu’il y a deux mois dans La Sonnambula à l’Opéra de Lausanne. Le chef italien dirige avec une énergie rythmique bienvenue dans les passages belliqueux, tout en laissant tous ses droits aux moments de pur lyrisme, et il obtient d’un excellent Orchestre Symphonique du Portugal une sonorité orchestrale où alternent avec autant de bonheur les teintes opalescentes et les flambées incandescentes qui illuminent le chef d’œuvre de Bellini. Il est le pilier de la réussite de la soirée, aux côtés des deux rôles principaux. 

Emmanuel Andrieu

I Capuleti e i Montecchi de Vincenzo Bellini au Teatro Nacional de Sao Carlos, jusqu’au 22 avril 2018

Crédit photographique © Bruno Simao
 

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