L'Elisir d'amore à l'Opéra Royal de Wallonie

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L'Opéra Royal de Wallonie propose de clore sa saison avec une nouvelle production de L'Elisir d'amore, dans une mise en scène du maître des lieux, Stefano Mazzonis Di Pralafera. Pour cette adaptation du Philtre d'Eugène Scribe, réalisée par Felice Romani, Gaetano Donizetti a composé une musique encore très proche de l'esthétique de Rossini, et qui exige précisément des chanteurs une technique toute rossinienne, à laquelle le plateau réuni ce soir fait largement honneur.

Mais commençons notre recension par la proposition scénique, que Mazzonis Di Pralafera transpose dans le Far-West de Lucky Luke. Rien ne manque au village plus vrai que nature imaginé par Jean-Guy Lecat : son Saloon qui affiche « No horses allowed » à sa devanture, ses filles de joie aux fenêtres à l'étage, son église méthodiste, sa prison dans laquelle le Shérif local traîne des prisonniers vêtus comme les célèbres frères Dalton, son croque-mort placé juste en face, à qui ne manque pas d'ouvrage, et enfin son Rantanplan – omniprésent – transformé en mascotte du spectacle. Un peu contraignant, quand même, ce décor surabondant qui fait paraître le plateau exigu et donne une impression d'étouffement. Reste sinon un spectacle certes plaisant mais qui n'ouvre aucune perspective intéressante sur l'ouvrage, son principal mérite étant de ne pas violenter la musique - ni même le texte (si ce n'est que les ducats sont transformés en dollars...).

Non. Le vrai bonheur de cet Elisir est ailleurs : dans la réunion d'un plateau mieux que convaincant. Ainsi l'incarnation d'Ernesto par le jeune ténor italien Davide Giusti restera comme l'un des sommets de la production. Sa récente participation in loco aux Joyeuses Commères de Windsor d'Otto Nikolaï avait déjà confirmé l'équilibre d'une voix porteuse de lumière, d'un beau métier et d'une sensibilité juste. En Nemorino, il y ajoute un raffinement supplémentaire : avec une ligne bien conduite, sa façon de varier la couleur dans « Una furtiva lagrima » lui vaut des ovations méritées. Ces ovations vont sans doute aussi à l'expressivité de l'acteur qui sait allier simplicité et chaleur.

De son côté, la soprano italienne Maria Grazia Schiavo (Adina) offre une voix d'une agilité parfaite, d'une exemplaire sûreté dans l'émission et d'une musicalité sans faille. Sans doute va t-elle encore arrondir le grain de ses aigus, un peu serrés au début et qui vont en s'épanouissant au fil de la représentation. Les talents d'acteur, une aisance à brûler les planches et une diction syllabique d'une réjouissante verdeur font de l'excellente basse roumaine Adrian Sampetrean un Dulcamara intensément présent (grimé ici en Buffalo Bill). La voix fraîche de Julie Bailly nous vaudrait sans doute une délicieuse Giannetta, n'était un soupçon de vibrato indiscret, quand Laurent Kubla - chef d'un bataillon nordiste - possède le mordant et l'autorité requis par le personnage de Belcore.

Pour la partie orchestrale, on peut faire confiance au vétéran Bruno Campanella pour respecter Donizetti à la lettre. C'est avec un sens parfait de l'équilibre qu'il sait rendre à cette partition son mélange continuel de gravité et de légèreté. Le discours musical colle ainsi aux soubresauts de l'intrigue amoureuse en trouvant à tout moment l'expression la plus juste. Un peu comme les relations d'Adina et de Nemorino qui, d'une scène à l'autre, passent insensiblement du ciel bleu à l'orage, on est sensible à ces changements de ton, à ces camaïeux de couleurs qui font le prix de L'Elisir d'amore. Du beau travail assurément qui, associé à l'excellente préparation des chœurs (Marcel Seminara, leur chef depuis huit années, a fait ses adieux au public liégeois avant le second lever de rideau), confirme la haute qualité du travail effectué par Paolo Arrivabeni au sein de l'Orchestre de l'Opéra Royal de Wallonie.

Emmanuel Andrieu

L'Elisir d'amore de Gaetano Donizetti à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 27 juin 2015

Crédit photographique © Jacky Croisier

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