Bryn Terfel, immense Falstaff au Festival de Verbier

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Au Festival de Verbier, les étoiles se ramassent à la pelle. Piano, orchestre, instruments, chant... le gotha de la musique participe chaque année à ce rendez-vous estival. Et si un opéra est à l'affiche, on sait, avant même de le connaître, que la distribution sera prestigieuse. Cette année – après Fidelio il y a deux ans et Luisa Miller (en extraits) l'an passé -, le choix de Martin Tson Engstroem (le directeur de la manifestation valaisanne) s'est porté sur le testament de Giuseppe Verdi : Falstaff. Et c'est en toute logique qu'il a proposé le rôle à l'immense baryton gallois Bryn Terfel. Son Falstaff désormais anthologique réunit chez le même artiste toutes les qualités exigées par la complexité du rôle : subtilité et fraîcheur d'une voix incroyablement malléable et homogène, musicalité absolue et perfection stylistique. Par ailleurs, malgré la simple mise en espace (confiée à Claudio Desderi), un personnage est bien là, devant nous, avec sa rondeur et ses bleus à l'âme ; avec Terfel, le moindre geste de la main ou haussement d’épaule devient un moment de théâtre, et c'est en toute légitimité qu'il reçoit une immense ovation au moment des saluts.

Si l'ogre gallois écrase quelque peu – et bien malgré lui - ses collègues, il n'en est pas moins entouré d'artistes de grand talent, à commencer par le superbe baryton italien Luca Salsi (Ford) : le timbre procure une satisfaction immédiate, et l’artiste fait preuve d’une musicalité rare, à la diction claire et naturelle. Sans se départir de son élégance naturelle, il délivre un air de la jalousie « E sogno? o realta? » plein de fureur, mais aussi empreint de mille nuances. Souvent admiré dans des rôles verdiens plus lyriques - à l'Opéra de Stuttgart où il est en troupe (lire ici et ici) -, le ténor brésilien Atalla Ayan n'est pas (ou plus) le tenorino exigé par la partition, et sa voix (désormais) trop virile déséquilibre les duos d'amour entre Fenton et Nanetta (et l'on ne peut donc que regretter la défection de dernière minute de Javier Camarena...). Si Luca Casalin campe un Dr Cajus plutôt terne, le duo de serviteurs opportunistes que campent David Shipley (Pistola) et Carlo Bosi (Bardolfo) s'avère, quant à lui, parfait de bêtise et de drôlerie.

Côté dames, pour Krassimira Stoyanova initialement annoncée, la soprano italienne Erika Grimaldi (Alice Ford) possède une belle présence et fait valoir un soprano étoffé, malgré une émission quelque peu « en arrière », tandis que sa consœur roumaine Roxana Constantinescu, dans le rôle de Meg Page, s'avère un peu pâle vocalement autant que scéniquement. En revanche, la contralto suisse Yvonne Naef trouve dans Mrs Quickly un de ses meilleurs emplois. A son fort tempérament, formidable de drôlerie et de cabotinage, elle ajoute une voix au volume sonore impressionnant et aux graves somptueux. Mais c'est la soprano chinoise Ying Fang qui laissera le meilleur souvenir, grâce à sa Nanetta pleine de fraîcheur et de sensualité. Les pianissimi éthérés et limpides qu'elle déploie dans son air au IV « Sul fil d’un soffio etesio » provoque ainsi une salve d'applaudissements incontrôlée.

Difficile de proposer une version chambriste de l'ultime ouvrage de Verdi sous l'immense tente du festival, mais le chef espagnol Jesus Lopez-Coboz parvient néanmoins à préserver l'équilibre entre l'orchestre et les voix, et ce malgré les sonorités magnifiques du Verbier Festival Orchestra, phalange composée de jeunes musiciens venus du monde entier et sélectionnés sur audition. Ils tiennent une grande part dans la réussite de cette belle soirée verdienne.

Emmanuel Andrieu

Falstaff de Giuseppe Verdi au Festival de Verbier, le 29 juillet 2016

Crédit photographique © Nicolas Brodard

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