« Bühne frei » à l’Opéra de Francfort : plein feu sur de merveilleuses jeunes voix à découvrir

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Un gigantesque cadre baroque en fond de scène qui souligne une image imposante et un gigantesque lustre descendant des cintres. C’est la scénographie du Fedora  d'Umberto Giordano, dont les représentations étaient prévues à l’Opéra de Francfort. Mais une fois de plus, la pandémie en aura décidé autrement et la production a dû être annulée. Pour autant et pour faire en sorte que la salle ne reste pas silencieuse, la direction de l’établissement s’est attachée à organiser une série de quatre concerts intitulés « Bühne frei » donnés à partir de ce 8 janvier 2021, exécutés sans public mais captés et diffusés en ligne, en streaming, sur le site de l’établissement et sur YouTube.

Pour débuter cette série (dans le décor de Fedora), l’Opéra de Francfort a ainsi réuni quatre des jeunes interprètes de son ensemble – et l’intendant Bernd Loebe est réputé pour avoir la main heureuse dans ses sélections de voix. Le concert de ce 8 janvier se compose ainsi d’arias, de duos et de quatuors de divers opéras. En guise d’entrée en matière, la soirée débute avec la fameuse Barcarole des Contes d’Hoffmann, de Jacques Offenback : les voix claires et cristallines de la soprano polonaise Monika Buczkowska et de la mezzo lettone Zanda Svede s’unissent à merveille et se révèlent particulièrement réjouissantes. Cette dernière fascine ensuite dans la Séguedille de Carmen de Georges Bizet, grâce à une voix à la fois mélodieuse, sombre et ronde. Dans le rôle de Don José, le ténor austro-australien Gerard Schneider déploiement un timbre merveilleusement lyrique, aux aigus assurés et au charme certain, ponctués de piani incroyablement intimes – qu’il déploie tout autant dans son aria du très rare opéra L'Amico Fritz de Pietro Mascagni.
Puis il cède la place à un redoutable méchant : du fait de la crise sanitaire, l’Américain Nicholas Brownlee fait là sa première apparition sur la scène de l’Opéra de Francfort, en tant que membre de l’ensemble. Il interprète l’air de Kaspar du Freischütz de Carl Maria von Weber, déployant un baryton-basse aussi démoniaque que mélodieux et pittoresque. Avec Gérard Schneider, les deux chanteurs sont également merveilleusement convaincants dans le duo de Rodolfo et Marcello, extrait du dernier acte de La Bohème de Giacomo Puccini. Enfin, dans le redoutable « Marter-Arie » de L’enlèvement au Sérail de Mozart, Monika Buczkowska projette un impressionnant feu d'artifice de coloratures, suivi par le célèbre quatuor du Rigoletto de Giuseppe Verdi qui conclut cette soirée tout à fait réussie de manière impressionnante. Au terme de la soirée, un souhait s’impose : entendre davantage ces quatre interprètes à l'avenir !

En lieu et place d’orchestre, les chanteuses et chanteurs de la soirée étaient accompagnés au piano par le chef japonais Takeshi Moriuchi, qui a fait montre à la fois d’une grande habileté et de beaucoup de sensibilité.

Cette soirée divertissante était par ailleurs animée de façon de façon aussi instructive que pertinente par le dramaturge musical de la maison, Konrad Kuhn.

Les trois prochains concerts de la série Bühne frei se tiendront les 15, 22 et 29 janvier prochains à 19h30. Les programmes seront annoncés ultérieurement.

traduction libre de la chronique de Helmut Mayer
(streaming depuis Francfort, 8 janvier 2021)

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