Une saison 2019-2020 « tournée vers l’avenir » à l’Opéra de Paris

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Voici quelques mois, on apprenait que le mandat de Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra de Paris ne sera pas reconduit lorsqu’il arrivera à son terme en 2021. Pour autant (et peut-être aussi un peu paradoxalement), le directeur de l’établissement parisien dévoile une nouvelle saison 2019-2020 se voulant « résolument tournée vers l’avenir ». Selon Stéphane Lissner, l’opéra ne doit « pas être considéré comme un art du passé, au sein d’un vaste magasin d’antiquités qu’il conviendrait de dépoussiérer vaguement », et cette prochaine saison entend en faire un « art résolument vivant, qui doit faire débat, (...) pour permettre la confrontation des idées, la réflexion sur les grandes questions politiques qui se posent à notre monde ».
Fort de cette philosophie, Stéphane Lissner dévoile une saison 2019-2020 comptant peu de nouvelles productions, mais se voulant ambitieuses, accueillant des metteurs en scène souvent audacieux (ce qui lui est parfois reproché) et ouvrant toujours ses scènes à quelques-uns des plus grands interprètes du moment, mais aussi à de jeunes artistes français (réparant ainsi un oubli qui lui a parfois été reproché dans le passé).

Les nouvelles productions de la saison 2019-2020 sont à l’image de cette philosophie et le point d’orgue devrait en être la production d’un cycle complet du Ring de Wagner – la « fusion idéale de la musique et du théâtre (...), l’expression de l’art total qui constitue l’essence même de l’opéra ». Dans une mise en scène signée Calixto Bieito et confiée à la baguette de Philippe Jordan, l’Opéra de Paris donnera donc L’Or du Rhin et La Walkyrie au printemps 2020, suivis de Siegfried et du Crépuscule des dieux à l’automne, avant que la Tétralogie ne soit donnée dans deux cycles complets à l’occasion d’un « festival » en novembre et décembre 2020. Et la distribution est à l’avenant de l’ambition du projet : Iain Paterson en Wotan, Eva‑Maria Westbroek en Sieglinde, Martina Serafin en Brünhilde et Ekaterina Gubanova en Fricka, ou encore Jonas Kaufmann en Siegmund et même Julie Fuchs en Waldvogel.

Outre ce rendez-vous déjà attendu par les amateurs wagnériens, la maison parisienne proposera également une nouvelle production de La Traviata dans une mise en scène imaginée par Simon Stone (amateur des relectures de grands rôles de femme) et dirigée par Michele Mariotti et Carlo Montanaro. Une double distribution prestigieuse attend le public pour les rôles des deux amants, partagés entre Pretty Yende et Benjamin Bernheim d'une part, Nino Machaidze et Atalla Ayan d'autre part, chapotés par le Germont de Ludovic Tézier et Jean‑François Lapointe.
On attend tout autant la nouvelle production des Indes Galantes ici confiée au metteur en scène Clément Cogitore, qui travaille sur l'histoire coloniale et entend faire ici se rencontrer l'oeuvre baroque de Rameau et le krump des ghettos de Los Angeles. La production est confiée à la baguette experte de Leonardo García Alarcón et Le plateau réuni pour l'occasion, faisant appel à la jeune garde d'artistes francophones, a de quoi attirer les foules : Sabine Devieilhe (Hébé, Phani et Zima), Florian Sempey (Bellone et Adario), Jodie Devos (l'Amour et Zaïre), Julie Fuchs (Emilie et Fatime), Mathias Vidal (Valère et Tacmas), Alexandre Duhamel (Huascar et Don Alvar) ou encore Stanislas de Barbeyrac (Don Carlos et Damon). Un véritable rassemblement de jeunes et grands talents déjà confirmés !
L'opéra français sera également à l'honneur dans la Manon imaginée par Vincent Huguet et dirigée par Dan Ettinger où le public parisien aura le plaisir d'entendre la talentueuse Pretty Yende ainsi que Sofia Fomina. Benjamin Bernheim sera également présent et partagera le rôle du chevalier des Grieux avec Stephen Costello face au Lescaut de Ludovic Tézier. Enfin, dernière nouvelle production de la saison, Le Prince Igor sera mis en scène par le très imaginatif Barrie Kosky (qui travaille ici pour la première fois pour l'Opéra de Paris) et dirigé par le chef attitré de la maison, Philippe Jordan. Evgeny Nikitin tiendra le rôle-titre, Elena Stikhina celui d'Iaroslavina, Pavel Černoch, Vladimir, Andrei Popov, Ierochka, et Anita Rachvelishvili celui de Kontchakovna.

Les reprises ne sont pas en reste, notamment du fait de leur distribution. En avril 2020, l’Opéra de Paris reprend par exemple la production d’Adriana Lecouvreur dans la mise en scène de David McVicar (donnée avec succès à Covent Garden) et y accueille notamment Anna Netrebko et Yusif Eyvazov. De même, l’établissement parisien redonne Boris Godounov, imaginé ici par le metteur en scène Ivo van Hove. Si la production nous enthousiasmait peu, René Pape endossera le rôle-titre en mai et juin de l’année prochaine.

La saison s'ouvrira par ailleurs avec la reprise des Puritains de Laurent Pelly créée originellement en 2013 avec ici Elsa Dreisig dans le rôle d'Elvira, et Javier Camarena en Arturo (personnage également interprété par Francesco Demuro). Bellini sera aussi présent dans une version de concert d'Il Pirata dans laquelle se retrouveront Michael Spyres, Ludovic Tézier, Kevin Amiel et Valentine Lemercier. Les compositeurs italiens seront à l'honneur avec notamment la reprise du Don Carlo événement de Verdi mis en scène fin 2017 par Krzysztof Warlikowski avec cette fois le couple Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna (qui succèdent à Sonya Yoncheva et Jonas Kaufmann) ; le Rigoletto de Claus Guth (que nous avions vu en 2016) sous la direction de Speranza Scappucci avec Željko Lučić dans le rôle-titre, Elsa Dreisig en Gilda et Aude Extrémo en Maddalena. Autre production du metteur en scène qui a marqué la maison parisienne (nous l'évoquions en 2017), La Bohème, où Ermonela Jaho, Elena Stikhina et Marina Costa-Jackson se partageront le rôle de Mimi, Elena Tsallagova et Julie Fuchs celui de Musetta, et Francesco Demuro, Vittorio Grigolo et Benjamin Bernheim celui de Rodolfo. Notons aussi l'enthousiasmant Le Barbier de Séville de Damiano Michieletto qui réunit Florian Sempey et Lisette Oropesa, ou encore Madame Butterfly (mise en scène par Robert Wilson), avec Ana María Martínez, Marie-Nicole Lemieux ou encore Giorgio Berrugi.

Parmi les nombreuses productions et grands classiques du répertoire donnés durant cette saison 2019-2020, quelques autres oeuvres se démarquent plus spécifiquement : par exemple la reprise de Lear dans la mise en scène de Calixto Bieito (qui marquait les esprits en 2016), avec le retour de Bo Skovhus dans le rôle-titre ou encore de Lauri Vasar, autre interprète que l'on retrouve à plusieurs reprises cette prochaine saison à Paris, et Yvonne, princesse de Bourgogne, l'opéra commandé à Philippe Boesmans et mis en scène par Luc Bondy. Dörte Lyssewski tiendra le rôle-titre auprès du Roi Ignace de Laurent Naouri, la reine Marguerite de Béatrice Uria Monzon ou encore le prince Philippe de Julien Behr. Mentionnons aussi le diptyque réunissant l’Après-midi d’un Faune (le ballet est chorégraphié par Anne Teresa De Keersmaeker) et L’enfant et les sortilèges de Ravel, ici mis en scène par Richard Jones et interprété par les artistes de l’Académie de l’Opéra.

Offenbach ne sera pas oublié avec Les Contes d'Hoffmann de Robert Carsen créés en 2000 avec la réunion de Jodie Devos, Ailyn Pérez et Véronique Gens dans les rôles des trois femmes marquant la vie d'Hoffmann (Michael Fabiano) face à la déclinaison du personnage sombre le poursuivant interprétée par Laurent Naouri tandis que Gaëlle Arquez prêtera sa voix à Nicklausse / La Muse. Mozart sera lui aussi de la partie avec le Cosi fan tutte imaginé par Anne Teresa De Keersmaeker auquel nous avions assisté en 2017. Philippe Sly reprendra le rôle de Guglielmo, Ginger Costa-Jackson celui de Despina et Jacquelyn Wagner celui de Fiordigli aux côtés de la Dorabella de Stephanie Lauricella et du Ferrando de Stephen Costello.

Si l’on pourra peut-être regretter l’absence de création, ou le faible nombre de nouvelles productions, cette saison 2019-2020 de l’Opéra de Paris promet néanmoins quelques belles soirées, que ce soit pour leur diversité d’œuvres, leur mise en scène ou encore leur distribution. 

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