Une saison 2017-2018 de l’Opéra d’Avignon sous le signe de la Liberté

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La maison avignonnaise a à son tour annoncé sa prochaine programmation, alors que cette fin de saison marque également le départ de Raymond Duffaut (l’actuel directeur) et que les deux années de travaux de mise aux normes au sein de son bâtiment contraignent l’Opéra Grand Avignon à s’installer dans une salle éphémère baptisée Opéra Confluence. La confluence est d’ailleurs l’un des enjeux de ce déplacement de l’opéra, puisque ce dernier souhaite profiter de cette occasion afin de faire confluer un nouveau public et de poursuivre le rayonnement de la salle au-delà de la cité papale, comme c’est déjà le cas depuis quelques années. Loin de souffrir du caractère éphémère de cette salle, la programmation annoncée se veut sous le thème de la liberté, comme l’annonce la plaquette.

La programmation sera composée de huit opéras et opérettes qui ne comptent presque que des nouvelles productions, auxquels s’ajouteront onze concerts lyriques et dix symphoniques, mais également des concerts de musique de chambre, des conférences, deux concours (Voix Nouvelles et Opéra Raymond Duffaut Jeunes espoirs), sans oublier dix concerts sans attributs particuliers mais qui compte dans leurs rangs le Conservatoire du Grands Avignon, le Chœur de France-Provence ou encore « Les 3 ténors français » (composés de Florian Laconi, Jean-Pierre Furlan et Christophe Berry), le tout en parallèle des pièces de théâtres également jouées dans cette même salle.

La saison s’ouvrira par ses deux concours : tout d’abord la quatrième édition de Voix nouvelles qui débutera en septembre pour se clore au printemps 2019, l’objectif étant de « détecter, auditionner, sélectionner de nouveaux chanteurs lyriques et de les aider dans la réussite de leur insertion professionnelle ». Ensuite, le troisième concours de chant lyrique Jeunes espoirs est rebaptisé cette année Concours Opéra Raymond Duffaut Jeunes Espoirs, en hommage au directeur actuel qui quitte l’opéra mais reste président du centre français de promotion lyrique. Ce concours durant quatre jours a pour objectif « d’inviter de jeunes artistes âgés de 16 à 26 ans à exprimer leur passion pour l’art lyrique » et se divise pour cela en trois catégories (Jeune Espoir, Jeune Talent, Révélation) pour un total de onze prix.

En octobre se tiendront les premiers concerts, dont celui de la contralto Delphine Galou accompagnée par Ottavio Dantone, suivi par un concert avec le Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, Richard Rittelmann et Daphné Touchais. Le mois suivant, le public pourra entendre « Les 3 ténors français », composé de Florian Laconi, grand habitué des lieux, ainsi que de Jean-Pierre Furlan et Christophe Berry. Angélique et Marc Mauillon se produiront également en famille dans un récital voix/harpe et dans un registre entièrement italien.

Il faudra donc attendre décembre pour assister au premier opéra de la saison, Orphée et Eurydice de Gluck dans la version retravaillée par Berlioz. Cette nouvelle production sera une véritable affaire de femmes puisque la mise en scène sera signée par Fanny Gioria, Julie Robard-Gendre (qui vient tout juste de briller en Carmen à Rennes) tiendra le rôle d’Orphée, Olivia Doray celui d’Eurydice et Dima Bawab celui d’Amour. La metteure en scène explique d’ores et déjà que « de multiples variations de jeux de transparences et l’expression des dualités mettront en lumière des personnages au-delà des apparences pour finalement interroger l’être humain dans sa vulnérabilité face à l’inéluctable… »

Le mois de décembre sera riche puisqu’il verra également le deuxième opéra de la saison, Les Mousquetaires au couvent, mis en scène par Valérie Marestin qui choisit « de "transposer" le contexte dans une époque moins lointaine… Le mousquetaire devient chasseur Alpin, le couvent prend des allures de pensionnat, la prise du voile est convertie en mariage arrangé, la tentative d’assassinat s’apparente à une menace d’attentat… » Dans cette autre nouvelle production, Claire de Monteil sera Simone, Pauline Rouillard, Marie, Amaya Dominguez, Louise, tandis que Frédéric Cornille sera Brissac, Antonio Figueroa, Gontran et Franck Leguérinel, toujours excellent dans les rôles comiques, sera l’abbé Bridaine.

Fin janvier, nous passerons du rire aux larmes avec une œuvre loin de l’opérette précédente puisqu’il s’agit des Dialogues des Carmélites, toujours dans une nouvelle production, cette fois mise en scène par Alain Timár pour qui « c’est à travers la destinée de Blanche que nous vivrons cette histoire car à la fin de la scène 1 de l’acte 1 se produit un évènement majeur : elle s’endort la tête reposant sur les genoux de son père. De là, les portes du rêve s’ouvrent... » Les carmélites compteront dans leurs rangs Marie-Ange Todorovitch en Madame de Croissy, Ludivine Gombert (déjà aux côtés de Marie-Ange Todorovitch ici-même dans Katia Kabanova) en Blanche de La Force, Sarah Gouzy en Constance ou encore Patrizia Ciofi en Madame Lidoine.

Le mois suivant, nous rebasculons du côté du rire avec L’Enlèvement au sérail mis en scène par Emmanuelle Cordoliani qui, d’après les propos de la plaquette, semble vouloir faire de Belmonte une star hollywoodienne revenant au Sérail, ou plus précisément sur son toit, le temps d’une représentation unique et d’une soirée « très privée ». Cette grande star sera ici interprétée par Blaise Rantoanina tandis que Pedrillo le sera par Cesar Arrieta, Blanche par Elisa Cenni et Constance par Katharine Dain.

Suivra en mars une opérette romantique, Le Pays du Sourire de Lehar, une nouvelle production en co-production avec l’Opéra de Tours. Pierre-Emmanuel Rousseau sera chargé de la mise en scène et veut « raconter l’histoire de ces deux solitudes qui jamais ne semblent se rencontrer ». Il ajoute : «  Je veux donner à voir deux êtres enfermés dans les carcans de leurs héritages respectifs, qui tentent de s’aimer. Ils s’aiment mal, maladroitement, dans une grande tension.[…] C’est aussi une peinture forte, saisissante, de l’exil, et de la souffrance que l’on a à se sentir loin de son pays, en terre étrangère. Exil de Sou-Chong en Autriche dans le premier acte, et, en miroir, exil de Lisa en Chine dans la seconde partie. Ces exils, cette incapacité à comprendre l’autre vont avoir raison de cet amour hors norme pour l’époque ». Amélie Robins tiendra le rôle de la Princesse Lisa, Norma Nahoun sera la Princesse Mi et Sébastien Droy sera le Prince Sou-Chong. Une production qui donc de belles promesses et qui devrait avoir de quoi donner le sourire !
Vanda, un opéra de chambre d’après Le Testament de Vanda de Jean-Pierre Siméon, sera ensuite mis en scène par Nadine Duffaut avec Ambroisine Bré. L’histoire de cette femme avec son bébé dans un centre de rétention, s’interrogeant sur sa vie et sur le poids de l’héritage qu’elle laisse à son enfant, devrait être un moment poignant de cette saison.

En mai, « fais ce qu’il te plaît »… et pourquoi pas Un Barbier plutôt que Le Barbier de Séville ? Offrir une version allégée et en français de l’opéra de Rossini, voilà ce que vous proposera l’Opéra d’Avignon afin de rendre encore plus accessible cette œuvre et l’ouvrir à un public plus jeune. Si certains sont conquis, ils pourront se rendre au dernier opéra de la saison, La Traviata, mis en scène par Stephano Mazzonis di Pralafera qui, dans cette production de l’Opéra Royal de Wallonie, « a voulu débuter l’opéra par la vente aux enchères des biens de l’héroïne après sa mort, comme dans l’œuvre originale de Dumas fils et conformément à ce qui s’est passé à la fin de la vie de Marie Duplessis ». Maria Teresa Leva tiendra le rôle de l’héroïne et Davide Giusti (actuellement dans La Nuit d'un neurasthénique / Gianni Schicchi à Montpellier) celui d’Alfredo Germont.

Toutefois, outre cette belle programmation, les concerts et récitals auront également de quoi ravir le public avignonnais avec notamment, en plus des noms déjà cités, Sabine Revault d'Allones dans la neuvième Symphonie de Beethoven, Franco Fagioli dans des airs de Haendel, Julie Fuchs s’entourera du Quatuor Ô-Cello et Léa Desandre (Révélation lyrique de l’année aux dernières Victoires de la Musique Classique) de Thomas Dunford au théorbe. Une belle année, qui laisse une place importante aux femmes metteures en scène, proposant tour à tour de rire ou pleurer en fonction des œuvres proposées, s’offrant la liberté de proposer un maximum de genres et de styles différents sans pour autant mettre de côté une certaine qualité. 

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