Munich 2016/2017, au rendez-vous de la voix, de l’orchestre et du théâtre

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Un petit nombre de nouvelles productions, en majorité pour des œuvres à la marge du répertoire courant, et un vaste répertoire de productions plus ou moins anciennes et plus ou moins inoubliables pour le répertoire courant : Nikolaus Bachler continue pour sa neuvième saison à la tête de l’Opéra national de Bavière sur la lancée des saisons précédentes. La seule exception à la règle, c’est Tannhäuser : la mise en scène de David Alden, belle mais usée par le temps, devra s’effacer devant un nouveau travail de Romeo Castellucci. Cinq dates seulement fin mai et début juin, une seule autre fin juillet, et des prix inédits à Munich : la lutte pour les places sera féroce, puisque la fidèle Anja Harteros y reprendra son inoubliable Elisabeth aux côtés de Klaus Florian Vogt et Christian Gerhaher, sous la direction de Kirill Petrenko, qui n’avait pas besoin de sa récente nomination à Berlin pour être adulé par les Munichois. L’autre grand moment annoncé pour le répertoire germanique, ce sera en fin de saison avec une œuvre beaucoup plus rare : c’est Krzysztof Warlikowski et Ingo Metzmacher qui s’attaqueront aux Stigmatisés de Schreker, plantureux drame post-romantique que les scènes européennes semblent récemment avoir redécouvert. Ce sera ensuite au Prinzregententheater, une salle plus petite que l’Opéra utilise régulièrement, qu’aura lieu la dernière nouvelle production de la saison : Obéron de Weber sera dirigé par Ivor Bolton, désormais en poste à Madrid mais fidèle à une maison à laquelle il a tant apporté.

Outre Tannhäuser, Kirill Petrenko dirigera une seule autre première, qui constitue la part moderne de cette nouvelle saison : Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch ne cesse de fasciner les publics du monde lyrique, et c’est à Anja Kampe que reviendra la lourde tâche de faire vivre le rôle-titre, aux côtés de Misha Didyk et d’Anatoli Kotscherga. Harry Kupfer, qui a signé récemment un Chevalier à la Rose inoubliable à Salzbourg, sera aux commandes de cette nouvelle production.

Mais les compositeurs du romantisme italien ne sont pas oubliés – c’est même une des marques de fabrique du mandat de Nikolaus Bachler : après Lucia di Lammermoor il y a peu (avec Diana Damrau), c’est La Favorite, en français bien sûr, qui représentera Donizetti : le public international viendra sans doute surtout pour Elīna Garanča, mais elle sera bien entourée : sous la baguette de son mari Karel Mark Chichon, ses collègues seront notamment Matthew Polenzani et Mariusz Kwiecien. Après un Guillaume Tell très abrégé, Rossini sera quant à lui présent avec Semiramide, et les amateurs de bel canto seront là aussi comblés : Lawrence Brownlee, peut-être le plus grand ténor rossinien du moment (et pas seulement du moment), formera avec Daniela Barcellona, Alex Esposito et surtout Joyce DiDonato un quatuor de solistes suffisamment solide pour se confronter aux redoutables défis de la partition. Le public munichois retrouvera pour la mise en scène David Alden, qui avait été le metteur en scène principal de l’ère Peter Jonas (1993-2006) : tous ses spectacles n’avaient pas fait l’unanimité, mais sa capacité à faire vivre les personnages et les enjeux dramatiques des œuvres les plus directes devrait être fort utile pour donner à cette œuvre la force théâtrale qu’on lui refuse souvent.

Parmi les quelque trente-huit autres opéras présentés cette saison, il faut compter, naturellement, avec une proportion non négligeable de représentations de pure routine, que le voyageur lyrique fera bien de ne pas visiter, mais beaucoup de spectacles, malgré tout, valent le détour. C’est d’abord le cas de ceux dirigés par le maître de maison en personne : Kirill Petrenko ne dirige jamais qu’en pleine possession de ses moyens, et il faut notamment avoir entendu son Chevalier à la rose âpre et terriblement moderne, en contrepoint idéal de la nostalgie enthousiaste qu’y mettait dans la même salle, il y a quelques décennies, l’inoubliable Carlos Kleiber. Outre l’opérette préférée de ce dernier, La Chauve-souris, Petrenko redonnera aussi, dans la belle mise en scène de Krzysztof Warlikowski, La femme sans ombre, ainsi que Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg, dans une production de David Bösch qui sera créée dans quelques semaines.

Si prometteurs que puissent paraître le nom de quelques-uns des chefs d’orchestre de la saison (Andris Nelsons pour Rusalka, Tomáš Hanus pour Jenůfa…), il faut bien dire que nos lecteurs courront sans doute à Munich, d’abord, pour les chanteurs : Anna Netrebko reviendra pour quelques représentations de Macbeth, dans la production contestée de Martin Kušej qu’elle avait déjà interprétée, mais il ne faudrait pas oublier pour autant le couple vedette de l’Opéra de Bavière : outre Andrea Chénier, Anja Harteros et Jonas Kaufmann retrouveront ensemble La Forza del destino ; quant au Stolzing de Kaufmann, les wagnériens qui l’auront manqué ce printemps pourront se rattraper à l’automne. Mais d’autres chanteurs moins fréquents à Munich pourront aussi justifier le déplacement : Nina Stemme reprendra deux de ses grands rôles, Elektra et Turandot, Karita Mattila sera successivement la Sacristine dans Jenůfa et Ariane dans Ariane à Naxos, deux rôles qui occupent depuis deux saisons une place essentielle dans son agenda. Une triple série de Traviata répartie tout au long de la saison permettra aussi de voir quelques grands noms d’aujourd’hui et d’hier : Sonya Yoncheva y affrontera successivement les Germont de Leo Nucci et Plácido Domingo ! On pourrait encore continuer longtemps (Diana Damrau dans les quatre rôles des Contes d’Hoffmann ? l’inusable Edita Gruberova, idole des Munichois, dans Roberto Devereux ? Roberto Alagna dans La Juive ?) : c’est le charme de la maison que de permettre de voir souvent à quelques jours de distance une grande variété de grands noms et de grands artistes, dans une ville qui a bien d’autres atouts culturels pour justifier un voyage de plusieurs jours. Peut-être ce panorama pourrait-il se clore en citant quelques noms que le grand public n’a pas encore beaucoup entendu, parce qu’ils font partie de l’excellente troupe de la maison, mais qui se sont distingués récemment dans des rôles de premier plan : venez à Munich aussi pour découvrir Hanna-Elisabeth Müller, Golda Schultz ou Tara Erraught.

Dominique Adrian

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