Le Coronavirus, ennemi des salles lyriques

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La nouvelle s'est répandue bien plus vite que l'épidémie elle-même : suite au coronavirus et au nombre d'individus touchés, le ministre de la santé Olivier Véran annonçait aujourd'hui que les rassemblements de plus de 1000 personnes étaient désormais interdits en France. Une décision qui impacte directement les salles de spectacles et donc le monde lyrique.

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les jauges des opéras et auditoriums français : 2400 places pour la Philharmonie de Paris, 2100 places pour l'Auditorium de Lyon, 1800 places pour l'Opéra de Marseille, 1900 places pour le Palais Garnier, plus de 2700 pour Bastille, 1100 pour l'Opéra de Lyon, 1200 pour celui de Montpellier et l'Opéra Comique, 1900 places au Théâtre des Champs-Elysées, et ainsi de suite. On imagine le début de semaine agité qu'ont connu toutes les salles en ce lundi matin, et le public reste souvent dans l'attente de découvrir les spectacles maintenus ou annulés. Quelques salles, comme l'Opéra de Rennes ou encore l'Opéra de Nancy (qui accueille la Première d'Alcina mercredi) dont la capacité est inférieur au nombre maximum autorisé, échappent encore à cette problématique.

En Suisse, les mesures d'interdictions de rassemblements sont déjà en vigueur depuis quelques jours et l'Opéra de Zürich y a répondu en diminuant la jauge de ses spectacles à 900 places, tandis que l’Orchestre de chambre de Lausanne se contente de retransmissions télévisées sans spectateurs. Cette solution de réduction a officiellement été choisie par l'Opéra de Montpellier qui a rapidement communiqué à propos des représentations de Falstaff qui débutent ce dimanche et dureront jusqu'au 22 mars. La maison prévient que "conformément aux directives de l’état, nous avons décidé de limiter la jauge des représentations de Falstaff à 800 personnes (200 personnes travaillant sur cette production)". Les différents concerts des 18, 19 et 21 mars ont eux aussi été maintenus, parfois avec une restriction de places, et les réservations pour Roméo et Juliette le 26 mars ont été bloquées en attendant de connaître les directives de la Préfecture.

A Paris, l'incertitude règne. Les deux salles de l'opéra national étant particulièrement importantes, cette solution de limitation est-elle possible ? Que faire si bien plus de 1000 places ont déjà été vendues ? On imagine les difficultés de la maison qui a déjà été grandement impactée par les grèves à répétition, que ce soit en terme d'accueil du public et financièrement. Pour l'heure, la représentation du ballet George Balanchine prévue ce soir est d'ores et déjà annulée, de même que celle de Manon demain soir et celle du concert Gustav Mahler le lendemain (voir sur le site officiel). Des annulations qui seront peut-être reconduites au-delà de ces dates. La Philharmonie, pour sa part, s'est vue "dans l’obligation d’annuler les prochains concerts programmés dans la Grande salle Pierre Boulez" selon son compte Twitter officiel, ce qui regroupe pas moins de 13 représentations jusqu'au dimanche 22 mars.

L'Opéra de Lyon ne s'est pour sa part pas encore prononcé sur la question, et on comprend son dillemne : le festival annuel de l'établissement doit débuter vendredi. Ce n'est donc pas une mais trois productions qui sont actuellement dans la balance, même si La Lune donnée au Théâtre du Point du Jour devrait ne pas poser problème. En attendant, le site de l'Opéra annonce :

"Dans le cadre des mesures destinées à lutter contre la propagation du « Covid-19 », le gouvernement a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 1.000 personnes. Nous sommes dans l’attente de précisions pour la portée de cette décision sur l’accueil du public à l’Opéra de Lyon, nous vous tenons informés dès que possible. Pour toutes les personnes souhaitant annuler leur venue dès à présent pour les spectacles et visites ayant lieu jusqu’au 2 avril 2020 (inclus), l’Opéra de Lyon s’engage à effectuer le remboursement de leurs places de spectacle".

En anticipant ainsi, la maison lyonnaise espère aussi peut-être réduire naturellement son nombre de spectateurs afin de passer sous le seuil de la limite autorisée. De son côté, l'Auditorium de Lyon a annulé le concert de jeudi (La Passion selon saint-Jean par le Bach Collegium Japan) mais maintient les concerts de la B!ME (Biennale des musiques exploratoires) du 13 au 15 mars. La maison déclare également :

"Nous attendons la publication d'un décret officiel et des précisions de la part de la Préfecture et du ministère de la Culture pour prendre des mesures pour les concerts de la semaine prochaine et des suivantes.
Nous proposons d'ores et déjà à nos spectateurs ayant acheté des billets pour les concerts programmés d'ici le 15 avril et qui souhaiteraient reporter leur venue d'échanger gratuitement leurs billets au profit d'un concert programmé plus tard dans la saison 2019/2020".

Enfin, malgré une lutte assidue pour descendre sa jauge selon les tweets de Florian Laconi, l'Opéra de St-Etienne s'est vu contraint d'annuler l'ensemble des représentations du diptyque Cavalleria Rusticana/I Pagliacci. On imagine la déception de l'ensemble de l'équipe, des artistes, ainsi que des spectateurs qui peuvent dès à présent demander le remboursement de leur place. Heureusement, l'Opéra de Dijon a réussi à négocier le maintient des représentations de Macbeth prévues les 22, 24, 27 et 29 mars, du moins "jusqu’à nouvel ordre", et "travaille de concert avec les services de la Préfecture de Région Bourgogne-Franche-Comté pour adapter les jauges au nouveau cadre demandé".

Il semble donc que chaque maison appréhende la problématique selon ses moyens et toujours en accord avec les préfectures. Evidemment, l'incertitude quant à l'ampleur et la durée de la mesure complique les choix des maisons d'opéra, en plus d'obérer leurs comptes et de susciter la déception des spectateurs. Mais prudence est mère de sûreté, dit-on. 

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