La saison 2017/18 de l’Opéra de Paris

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La présentation de la nouvelle saison de l’Opéra de Paris par Stéphane Lissner ce 25 janvier n’était pas vraiment un dévoilement tant, de « bug » en « fuites » en tout genre ou en envoi prématuré aux abonnés, tout le monde a déjà pris connaissance de cette saison 2017/18 de l’Opéra de Paris. Quoi qu’il en soit, elle mérite un certain nombre d’observations avant le plaisir de découvrir les nouveaux spectacles et de retrouver un certain nombre d’autres, enrichis de distributions qui en justifient les reprises.

Trois reprises justement pour ouvrir la saison : La Veuve joyeuse dans la grisâtre production de Jorge Lavelli vaudra surtout par quelques individualités, le rôle-titre en particulier, dévolu à Véronique Gens. Elle était somptueuse cet automne en Iphigénie : aura-t-elle le pétillement particulier, le « chien » de l’héroïne de Franz Lehar ? Attendons de voir et d’entendre ! En revanche, on peut être assuré du dynamisme et du style vocal de l’excellente jeune moldave Valentina Nafornita (dont j’ai déjà dit ici même il y a plusieurs mois qu’elle était un soprano lyrique léger à suivre !). Deux originalités nostalgiques dans cette distribution avec les présences du cher José Van Dam et de Siegfried Jerusalem ! Et le plaisir de voir se croiser deux générations d’excellents barytons, le vétéran Thomas Hampson et le jeune Alexandre Duhamel. Avec Cosi fan tutte, c’est différent : non seulement la production est la même, celle d’Anne Teresa de Keersmaker, le chef est le même, le toujours parfait Philippe Jordan, et la distribution est la même. Pas de surprise donc : une reprise. Enfin Pelléas et Mélisande retrouve la mise en scène de Robert Wilson : pour les fans donc de cet académisme un peu défraichi. Et sous la baguette de l’infatigable Philippe Jordan, à la tête d’une distribution sans, là non plus, de grande nouveauté.


Jonas Kaufmann

En fait, la saison 17/18 s’ouvrira véritablement avec le Don Carlos de Verdi, en langue originale c’est-à-dire en français puisque c’était une commande de l’Opéra de Paris. Là c’est un feu d’artifice : Stéphane Lissner a réuni une distribution comme on ne pouvait plus en rêver depuis longtemps, une distribution de disque, une distribution de rêve. Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Ludovic Tézier, Elina Garanca, Ildar Abdrazakov, qui peut faire mieux aujourd’hui ? Et cela, bien sûr, sous la baguette du directeur musical, Philippe Jordan ! La mise en scène de Krzyztof Warlikowski divisera-t-elle le public ? C’est possible mais on peut aussi imaginer que la proposition du metteur en scène polonais ouvre des perspectives renouvelées pour jouir encore mieux de ce dont on peut être assuré, la splendeur musicale !

Encore une reprise ensuite avec le Falstaff de Verdi dans la mise en scène, honnête mais sans éclat, de Dominique Pitoiset (que le site de l’Opéra de Paris confond avec Christophe, son frère éclairagiste !...), mais avec Bryn Terfel dans le rôle-titre et quelques jolis gosiers féminins, ceux d’Aleksandra Kurzak (Mme Alagna), Julie Fuchs et Varduhi Abrahamyan. Reprise aussi avec La Clémence de Titus dans l’élégante production de Willy Decker et sous la baguette dynamique de Dan Ettinger, avec dans les distributions alternantes quelques joyaux à ne pas manquer, de Valentina Nafornita encore à Stéphanie d’Oustrac, Marianne Crebassa ou Antoinette Dennefeld. Reprise encore de l’inoubliable Maison des morts de Janacek monté par Patrice Chéreau, de surcroit dirigé par Esa-Pekka Salonen.

Après ce bouquet de trois reprises, une nouvelle production qui sera sans aucun doute très attendue, La Bohème de Puccini, dans une mise en scène de Claus Guth, le passionnant metteur en scène allemand, auquel on doit une formidable trilogie Mozart-Da Ponte à Salzbourg et quelques autres spectacles marquants. Sous la baguette de Gustavo Dudamel, dont la notoriété est venue de son généreux engagement en faveur des enfants vénézuéliens, on applaudira à nouveau une superbe distribution avec en particulier la Mimi de Sonya Yoncheva, la Musetta d’Aïda Garifullina ou le Rodolfo de l’excellent jeune ténor français Benjamin Bernheim. Et on restera avec Claus Guth qui mettra en scène un oratorio de Haendel, Jephta, dirigé par le grand William Christie et avec, entre autres, Marie-Nicole Lemieux.


Anna Netrebko

Une nouvelle reprise avec Un Bal masqué de Verdi, dans la mise en scène sans imagination de Gilbert Deflo, mais avec Marcelo Alvarez, Simone Piazzola et surtout, en Amelia, une alternance de luxe, celle de la germano-grecque Anja Harteros, inoubliable Tosca cet automne, et l’américaine Sondra Radvanovsky, un des plus beaux soprano lyrique d’aujourd’hui ! Et puis on attendra beaucoup du nouvel opéra de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, Only the sounds remains, sur un livret mêlant des poèmes de l’américain Ezra Pound à du théâtre nô japonais : c’est l’inventif et surprenant Peter Sellars qui mettra en scène et notre contre-ténor national Philippe Jaroussky sera de la partie ! Encore trois reprises, Le Barbier de Séville de Rossini dans la mise en scène virevoltante de Damiano Michieletto, qui nous permettra de retrouver le magnifique Figaro de notre grand baryton français Florian Sempey et de découvrir la piquante Olga Kulchynska, qu’on avait repéré lors du concours Operalia 2015 où elle avait obtenu le troisième prix. Et puis La Traviata, dans la toujours indigente mise en scène de Benoit Jacquot, mais avec – entre autres – Anna Netrebko, sous la direction de Dan Ettinger. Enfin Le Château de Barbe-Bleue et La Voix humaine, deux ouvrages réunis avec une grande intelligence par Krzyztof Warlikowski, et avec la présence de la géniale Barbara Hannigan.

On attendra ensuite – dans le cadre du cycle Berlioz lancé dès son arrivée par Stéphane Lissner – la production de Benvenuto Cellini signée du cinéaste Terry Gilliam, qui n’est pas à proprement parler une nouvelle production de l’Opéra de Paris puisqu’elle a été créée à l’English National Opera de Londres en 2015 et reprise à Amsterdam en mai dernier, mais dont la rumeur de « foldinguerie », propre à l’auteur de Brazil, fait espérer une formidable fête carnavalesque ! Et puis on y relèvera le nom de la déjà grande Pretty Yende en Teresa – même si on peut déplorer qu’un ouvrage phare de l’opéra français comporte si peu de chanteurs français !... En revanche L’Heure espagnole de Ravel, dans la mise en scène de Laurent Pelly et sous la direction du jeune chef français Maxime Pascal, bénéficiera de la présence de quelques excellents français, de Clémentine Margaine à Stanislas de Barbeyrac, Philippe Talbot, Thomas Dollié ou notre grande basse, Nicolas Courjal. On verra avec curiosité comment Ravel se marie avec le Puccini de Gianni Schicchi où l’on retrouvera une partie de ces voix françaises, Talbot, Courjal mais aussi Isabelle Druet et la magnifique Elsa Dreisig qui, en Lauretta, roucoulera avec le Rinuccio de luxe de Vittorio Grigolo !


Roberto Alagna

La fin de la saison verra encore la reprise du Trouvère où se croiseront un bouquet de grandes voix, de Roberto Alagna ou Marcelo Alvarez à Sondra Radvanovsky ou Anita Rachvelishvili et encore Ekaterina Semenchuk – et la jeune Elodie Hache, une voix à suivre, dans le petit rôle d’Inès. Mais auparavant, on aura pu voir trois productions caractéristiques des enjeux de cette nouvelle saison, celle de Parsifal de Wagner, dans la mise en scène attendue de l’anglais Richard Jones, et avec les voix superlatives de Peter Mattei, Anja Kampe ou Andreas Schager ; celle de Don Pasquale de Donizetti, dans une mise en scène de la coqueluche des scènes lyriques italiennes, Damiano Michieletto (dont la reprise du Barbier est déjà réjouissante), et avec notre cher Florian Sempey mais aussi la piquante Nadine Sierra ; celle enfin d’un des événements de la saison, Boris Godounov de Mossorgski, dans la version originale de 1869, âpre, tendue, ardente, que mettra en scène le belge Ivo Van Hove – dont on se souvient des Damnés l’été dernier à Avignon. Ilzar Abdrazakov dans le rôle-titre, une distribution quasi exclusivement russe et Vladimir Jurowski à la direction assurent d’un spectacle qui devrait marquer.

À la fin de ces observations au fil de l’eau, on notera la grande part des reprises dans cette saison, mais toujours avec des distributions éblouissantes, la pertinence musicologique des nouvelles productions (de la version originale de Don Carlos à la version originale de Boris Godounov), le choix récurrent de metteurs en scène ouverts à une vision renouvelée du théâtre (de Warlikowski à Van Hove ou de Michieletto à Claus Guth), le bouquet de très grandes voix internationales qui tourneront dans ce manège – mais aussi un déficit récurrent en voix françaises à quelques exceptions près, ce qui demeure préjudiciable pour notre Opéra national ! Une belle, une très belle saison donc, avec quelques vrais événements, Don Carlos, La Bohème, Parsifal, Boris Godounov, une saison qui va donner envie – et que nous suivrons pour vous, à opera online.     

Alain Duault

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